Christopher Mancini/Collaboration spéciale «L’idée, c’était de célébrer les origines culturelles du hip-hop, du jazz à la soul en passant par le blues», confie Butta Beats au sujet du dernier album de Nomadic Massive, The Big Band Theory.

Depuis plus de 12 ans, le supergroupe Nomadic Massive, qui sera au Divan Orange vendredi soir à 22h dans le cadre du festival MEG, affiche fièrement les couleurs de son hip-hop engagé, engageant et singulièrement montréalais.

D’origine haïtienne, algérienne, caribéenne, chilienne, argentine et j’en passe, le supergroupe de hip-hop montréalais Nomadic Massive a toujours su se distinguer de la masse. Depuis que la formation a vu le jour à La Havane en 2004, ces véritables bêtes de scène multilingues prennent un malin plaisir à interpréter leurs raps engagés et leurs mélodies soul entraînantes avec instrumentation live plutôt que la formule classique «platines + micro» de l’époque.

Les fans de la première heure se souviendront aussi qu’ils ont toujours fièrement affiché leurs revendications sociales. À une époque où le milieu du hip-hop local se faisait plus que discret (c’est-à-dire absent) dans les médias traditionnels, à part quelques radios étudiantes, ces nomades musicaux voyageaient de Saskatoon à São Paulo pour animer des ateliers et des activités visant à mieux outiller des jeunes de tous horizons pour l’avenir qui se dessinait devant eux. Alors que le groupe vient de lancer un nouvel album et de se produire à Nuits d’Afrique, nous avons rencontré deux de ses protagonistes – le rappeur Lou Piensa et le beatboxer/multi-instrumentiste Butta Beats – dans leur quartier général officieux de Côte-des-Neiges pour discuter langues, hip-hop et identité montréalaise.

Partout où vous voyagez, vous vous affirmez en tant que fiers ambassadeurs et ardents défenseurs de l’identité montréalaise. Comment décririez-vous cette identité?
Butta Beats: Il existe deux grandes familles de mélanges culturels : le melting pot, c’est-à-dire plusieurs identités culturelles qui en forment une seule, et ce qu’on nous apprend dans les cours d’histoire canadienne, soit la mosaïque multiculturelle. La seule mosaïque multiculturelle que je connaisse, où les communautés culturelles ne sont pas isolées les unes des autres, c’est à Montréal. La façon dont les cultures et les langues se mélangent ici est vraiment unique.

«J’étais en Roumanie en 1997 et les jeunes là-bas taguaient “Tupac Shakur” sur des murs, avec des polices de caractère plus que douteuses et les pires bombes aérosol imaginables… L’attrait de la culture hip-hop ne connaît aucune frontière.» – Butta Beats

Le fait de rapper et de chanter dans plusieurs langues, plutôt que de s’en tenir au français ou à l’anglais, a-t-il nui à votre succès au Canada au début?
Butta Beats: Je crois que oui. Les gens ne comprenaient pas trop notre formation et les labels ne savaient pas trop comment nous positionner dans l’écosystème commercial. Mais en même temps, elles sont précisément là, notre culture et notre langue.
Lou Piensa : Mis à part le fait de tous cultiver des liens très étroits avec Montréal, le hip-hop a été notre point d’ancrage. Nous avons tous grandi en écoutant du hip-hop d’autres pays, que ce soit de l’Amérique du Sud ou d’Haïti. Il allait de soit que nos paroles seraient écrites dans les diverses langues qu’on parle. Et nous sommes loin d’être les premiers à l’avoir fait! Muzion a été un vrai pionnier à cet égard au Québec. Les raps en franglais et en créole sur son premier album [NDLR : Mentalité Moune Morne… (Ils n’ont pas compris)] sont malades!

Qu’est-ce qui vous a amenés à faire de votre nouvel album, The Big Band Theory, un retour aux sources?
Butta Beats: Nous souhaitions vraiment ramener notre approche très éclectique aux fondements du hip-hop, car c’est ce qui a servi de point de départ pour Nomadic. C’est le point commun qui a facilité nos premières collaborations. L’idée était de célébrer les origines culturelles du hip-hop, du jazz à la soul en passant par le blues.

Vous mettez en pratique les préceptes du hip-hop dans le cadre de vos ateliers éducatifs auprès de jeunes, à Côte-des-Neiges comme à São Paulo. En quoi consistent vos interventions?
Butta Beats: Chacun d’entre nous a sa spécialité, qu’il s’agisse d’activités parascolaires, d’ateliers de beatmaking, d’initiation aux médias… L’idée de départ était d’encourager les jeunes à rester plus longtemps à l’école, de créer une culture en milieu scolaire où les jeunes se sentent à leur place.
Lou Piensa: Nous sommes de grands fervents de l’histoire du hip-hop, d’abord et avant tout d’un point de vue strictement symbolique. Des jeunes du Bronx qui étaient traités de racaille, qu’on disait voués à l’échec, ont fait quelque chose de révolutionnaire en décidant de créer la paix, l’amour et le plaisir au sein de cet environnement difficile. Ça peut paraître sirupeux sur les bords, mais lorsque tu es confronté au quotidien à la violence des armes à feu, c’est la chose la plus hardcore que tu puisses faire!

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