Woody Allen, qui préfère ne pas présenter ses films en compétition à Cannes, a dévoilé aujourd’hui son nouveau-né, Irrational Man, en dehors de la course. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’a pas eu droit à une œuvre pétillante d’humour et d’intelligence au sein de laquelle Emma Stone, Parker Posey et Joaquin Phoenix se retrouvent pris dans un classique triangle amoureux. «Le truc, quand on est réalisateur, a expliqué le cinéaste new-yorkais, c’est d’engager d’excellents acteurs. Après, on les laisse aller, on leur permet de modifier nos répliques et on reçoit le crédit de les “avoir dirigés”. Alors que, tout ce qu’on a fait, c’est de ne pas les bousiller!»

Clin d’œil à l’ouvrage des années 1950 de William Barrett, «L’homme irrationnel» du titre, c’est celui incarné par Joaquin Phoenix: un prof de philo porté sur la flasque qui a perdu le goût à la vie. Embauché dans une université de Newport, Rhode Island, il aura une liaison avec une collègue intense, flirtera avec une étudiante pétillante, résistera, craquera, fera un acte répréhensible et se dira que «c’est pour le mieux». Évidemment, les choses tourneront mal.

Dans la lignée de Magic in the Moonlight, ce nouveau Allen, agrémenté d’une touche de crime, revisite les thèmes chers au cinéaste new-yorkais, dont l’infidélité, les crises existentielles et la quête infructueuse du sens de la vie. Normal. Après tout, c’est à cela que sert le 7e art, a rappelé l’oscarisé septuagénaire en conférence de presse. «Quand vous allez au cinéma, vous VOULEZ voir des gens qui font des choix déchirants, des mecs qui ont des aventures, des femmes qui trompent leurs maris derrière leur dos et des gens qui pensent à se tuer!»

«TOUS!» – Woody Allen, répondant à la question «Et si vous pouviez tourner à nouveau l’un de vos films, ce serait lequel?»

C’est entouré «seulement» de ses deux stars féminines, Parker Posey et Emma Stone (le toujours excellent Joaquin Phoenix était tristement absent), que Woody, vêtu d’une chemise à carreaux et de ses éternelles lunettes, a parlé, se laissant aller à de grandes envolées sur moult sujets. Sur Kant, dont il est question dans le scénario et «sans lequel aucun d’entre nous ne penserait comme nous pensons aujourd’hui», sur la scène finale, volontairement ambiguë, sur le personnage d’Emma Stone, qui en apprend beaucoup durant son parcours… En fait, il en a tellement dit qu’à un moment, le modérateur de la discussion a demandé à la rousse actrice si le metteur en scène lui avait déjà expliqué sa vision du film en détail de la sorte. «Non! a-t-elle avoué. Et c’est très intéressant à entendre!»

C’était effectivement réjouissant d’écouter le réalisateur confier qu’il «tourne des films pour se distraire» et se désoler du fait que, de toute façon, «tout va disparaitre un jour, incluant les œuvres de Shakespeare et de Beethoven, peu importe à quel point on en prend soin». «La conclusion à laquelle je suis venu, c’est que la seule façon d’oublier cette triste finalité, c’est en se distrayant. Moi, je le fais en m’inquiétant: “Oh mon Dieu, est-ce que je vais réussir à faire en sorte que Emma et Parker jouent cette scène comme il faut?” Mais si je n’y arrive pas, ce n’est pas grave! Je n’en mourrai pas!» Sur une énergique lancée, il a enchaîné en disant que «les films nous empêchent de nous demander constamment: “Vais-je mourir? Mes proches vont-ils mourir? Vais-je attraper l’Ebola?”» «Quand je vais au cinéma, je ne pense ni à la mort ni à mon corps qui se désintègre ni au fait que je serai vieux. Un jour. Dans un avenir très lointain.»

S’il a lancé plusieurs pointes de son humour notoire durant la conférence, Woody Allen a aussi rappelé combien fort il a rêvé, longtemps, d’être «un réalisateur sérieux». «Mais il fallait que je sois drôle parce que c’était mon don et que personne ne voulait me donner de l’argent pour faire des drames!» a-t-il raconté, évoquant au passage à quel point il était une personne «ennuyeuse» quand il était jeune. «S’il n’en avait tenu qu’à moi, j’aurais fait un film lourd après l’autre!»

Pour ce qui est du côté plus «people», Woody Allen a été questionné sur son lien avec Cate Blanchett: «L’avez-vous vue depuis qu’elle a remporté l’Oscar pour Blue Jasmine?» «Tout ça, c’est très professionnel, a-t-il répondu. Je n’ai ni vu, ni parlé à Cate depuis ce film. C’est comme avec Emma: on a fait un film il y a deux ans et ensuite, nous en avons fait un autre. Chaque fois, c’est pareil: on se rassemble pour tourner, le dernier jour tout le monde est en larmes, et ensuite, chacun part de son côté et continue à vivre sa vie.»

Ils ont dit…

«Je me souviens d’un jour, sur le plateau de Magic in the Moonlight, où plusieurs d’entre nous débattaient de la signification du nom d’un personnage. Et Woody est arrivé en nous disant: “Vous êtes au courant que c’est un FILM, hein?”» – Emma Stone, sur la façon non prétentieuse dont Woody Allen voit le cinéma

 

«J’ai eu la chance de jouer dans un film de Woody Allen. D’être “l’une de ses femmes”. (pause) Tiens, c’est écrit “Paker” Posey sur cet écriteau.» – PaRker Posey, ravie d’avoir été choisie par le cinéaste et remarquant au passage que son nom, qui plaît tant au réalisateur, avait été mal orthographié sur le petit carton de présentation placé devant elle.

 

«Je n’aurais jamais dû m’embarquer là-dedans. Je pensais que ce serait facile de réaliser six demi-heures plutôt qu’un seul film. Mais non. C’est très, très dur. J’espère juste que je ne vais pas décevoir Amazon. Je ne suis pas bon là-dedans. Je ne regarde pas de téléséries. Je ne sais pas ce que je fais.» – Woody Allen, sur un ton joyeux, au sujet de la télésérie qu’il prépare présentement pour Amazon.

 

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