Graham Hughes / La Presse Canadienne Gabriel Nadeau-Dubois

MONTRÉAL – L’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois porte en appel le jugement qui l’a déclaré coupable d’outrage au tribunal pour des propos prononcés lors du conflit étudiant du printemps dernier.

S’il est envoyé derrière les barreaux, l’ancien porte-parole vedette de la CLASSE craint que les citoyens ne développent une peur de s’exprimer.

Commentant la décision de la cour, vendredi devant une meute de journalistes, il a dit croire que cette condamnation n’est que l’épilogue d’un conflit «politique qui s’est étiré» et qui prend racine avec l’ancien gouvernement libéral.

Se présentant comme le bouc-émissaire désigné du printemps dernier, Gabriel Nadeau-Dubois a avoué qu’il ne s’attendait pas à un tel jugement, qui selon lui détourne l’attention du véritable débat, soit l’accessibilité à l’éducation.

L’étudiant qui a repris ses livres a mentionné qu’il n’avait pas les moyens de financer seul sa défense et la poursuite des procédures juridiques. Et il a exclu de «vider les coffres» de l’organisation étudiante qui l’a porté sur la scène médiatique, précisant que d’autres militants ont aussi besoin de l’appui du fonds juridique de la CLASSE.

S’appuyant sur les élans de solidarité qui lui ont été témoignés depuis le début du mouvement, et encore dans les heures qui ont suivi la décision jeudi du juge Denis Jacques de la Cour supérieure du Québec, il a lancé un appel à la solidarité.

«Je n’ai pas prôné l’anarchie, je n’ai pas prôné le désordre», a lancé Gabriel Nadeau-Dubois, invitant tant ses supporters que ceux qui ne sont pas d’accord avec ses prises de positions, mais qui sont prêts à appuyer son droit de les exprimer, à soutenir financièrement sa démarche. Un site Internet a été créé pour recueillir les dons.

La députée de Québec solidaire, Françoise David, invite les militants de son parti à participer à cet appel à la solidarité pour financer la défense de l’ancien porte-parole de la CLASSE.

«On peut partager ou pas l’ensemble des moyens d’action de la CLASSE, (mais) résumer le Printemps érable à la condamnation d’une seule personne, pour l’ensemble des gestes, franchement, je trouve ça indécent. Et à la place du jeune qui a logé la plainte, je ne serais pas très fière», a mentionné la députée de Gouin.

La Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) a aussi répondu favorablement à la demande de contribution publique. Le président de la Fédération des enseignants, Mario Beauchemin, en fait une question de liberté d’expression et de droits démocratiques.

« Les multiples injonctions constituaient un non-respect de la liberté d’association des étudiants et favorisaient les droits individuels de quelques-uns aux dépens des droits collectifs», a indiqué M. Beauchemin, dans un communiqué.

Selon Gabriel Nadeau-Dubois, les révélations faites à la Commission Charbonneau au cours des dernières semaines rendent sa condamnation pour le moins inusitée.

«C’est ironique d’en demander plus à la population avec une taxe santé, une hausse des frais de scolarité et encore davantage à la classe moyenne, et de l’autre côté perdre autant d’argent dans le financement des partis politiques et de la mafia. Nous contestions une décision illégitime et voilà que je fais face à la justice. Quant à eux, des politiciens prennent des vacances après avoir fait des choses bien plus dommageables pour le Québec», a-t-il dénoncé.

L’avocat de Gabriel Nadeau-Dubois, Giuseppe Sciortino, a semblé plutôt confiant de voir la cause progresser.

«Il y a plusieurs motifs, conclusions et commentaires de la part de l’honorable juge Denis Jacques qui sont, à mon avis, manifestement déraisonnables», a soutenu Me Sciortino.

De manière plus large, Gabriel Nadeau Dubois a mentionné que le gouvernement de Pauline Marois devrait songer à prendre le dossier en délibéré.

« Nous avons pris, collectivement, la décision d’annuler la hausse des frais de scolarité, les injonctions ont été annulées, mais des milliers de gens ont encore des procédures judiciaires. Est-ce que ce serait possible de penser à annuler ces poursuites-là? Je pense que le gouvernement devrait y réfléchir», a indiqué l’ex-leader étudiant.

Dans son jugement, le juge Jacques a conclu que l’ex-porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) avait profité de sa tribune pour inciter au non-respect d’un ordre de la Cour.

En avril, alors que le conflit étudiant provoquait des tensions dans plusieurs institutions collégiales et universitaires, M. Nadeau-Dubois déclarait sur les ondes du Réseau de l’information qu’il était légitime que des gens prennent les moyens nécessaires pour faire respecter les votes de grève.

Jean-François Morasse, un étudiant en arts plastiques de l’Université Laval qui voulait retourner en classe, avait alors décidé de poursuivre le leader étudiant, considérant ses propos comme une incitation à défier une injonction interdisant les piquets de grève.

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