Paul Chiasson Pauline Marois Eliane Laberge. Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Sans psychodrame, le gouvernement Marois est parvenu à imposer l’indexation des droits de scolarité au Sommet sur l’enseignement supérieur qui a pris fin mardi.

En faveur du gel, les associations étudiantes ont protesté pour la forme mais n’ont pas claqué la porte pour autant. À moins de circonstances tout à fait exceptionnelles, le «Printemps érable» version 2013 n’aura pas lieu.

«Est-ce qu’on est les grands perdants? Je ne le pense pas. Il y a des avancées majeures qui ont été faites en termes de développement de notre réseau de l’enseignement supérieur, on en fait partie et on va pouvoir participer et continuer à exprimer notre voix», a affirmé la présidente de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Eliane Laberge.

Sa consoeur présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins, a tenté en vain de convaincre le gouvernement de reporter sa décision à plus tard, en créant un nouveau «chantier» de discussions sur les droits de scolarité.

«On est extrêmement déçu de voir qu’on est allé de l’avant malgré l’absence de consensus alors que le gouvernement a répété pendant des semaines qu’il voulait des consensus. Le seul élément sur lequel on n’a pas voulu développer de chantier, c’est sur la question des droits de scolarité», a-t-elle déploré.

Néanmoins, les ponts ne sont pas rompus entre le gouvernement et la FEUQ puisque la fédération «va travailler sur les autres aspects» abordés pendant le sommet, a souligné Mme Desjardins.

Le gouvernement péquiste voulait régler la lancinante question des droits de scolarité pendant le sommet, histoire de tourner la page sur ce débat à l’origine de la crise étudiante de 2012.

Un consensus était certes «souhaitable» mais remettre la décision sur les droits de scolarité à plus tard n’était pas non plus la solution, a fait comprendre la première ministre Pauline Marois.

«Il n’y a pas de consensus sur un aspect sur lequel il était vraisemblablement très difficile d’y parvenir, mais c’est au gouvernement à ce moment-là de prendre ses responsabilités et je l’assume. Je prends mes responsabilités», a déclaré Mme Marois en point de presse au terme de la rencontre.

À compter de septembre prochain, les droits de scolarité seront majorés de trois pour cent suivant l’indice de croissance du revenu disponible des familles. La charge supplémentaire pour les étudiants sera d’environ 70 $ par année.

Alliée des étudiants en faveur du gel et même de la gratuité, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a accueilli la décision du gouvernement avec un certain fatalisme.

«Ce qu’il y a sur la table, c’est un brin plus acceptable que ce qui était sur la table avec l’ancien gouvernement et ses hausses faramineuses. Il va falloir vivre avec les hausses qui sont proposées, malheureusement», a concédé le secrétaire général de la centrale syndicale, Daniel Boyer.

M. Boyer a tout de même trouvé matière à réjouissance dans la décision du gouvernement d’inclure le dossier des «frais afférents» refilés aux étudiants par les établissements à l’ordre du jour du «chantier» sur le financement des universités, l’un des cinq comités de travail créés pendant le sommet.

Les autres chantiers portent sur la gouvernance des universités, sur la création du Conseil national des universités, sur la formation collégiale et sur l’accessibilité aux études.

Sans surprise, les partis d’opposition se sont empressés de torpiller l’exercice des deux derniers jours.

Le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, a accusé le gouvernement de refiler la facture des étudiants à la vaste majorité des contribuables qui n’ont jamais fréquenté les universités.

«Les payeurs de taxes se font avoir et se font laver. (…) Sur 1,7 milliard $ de refinancement (dans les universités), les étudiants vont absorber 187 millions $ et les payeurs de taxes qui ne sont pas ici vont absorber tout le reste. Trouvez-vous ça juste et raisonnable? Quand on sait que ces payeurs de taxes, à 80 pour cent, ne vont pas à l’université», a-t-il soulevé.

De son côté, le leader de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a qualifié les discussions «d’inutiles et sans vision».

L’exercice a consisté à «s’obstiner à savoir si ça va être une augmentation de zéro, un, deux ou trois pour cent des frais de scolarité alors qu’on coupe 250 millions $ dans les universités, on coupe les postes, les laboratoires et dans ce qui va faire notre avenir», a-t-il décrié.

De fait, le gouvernement a adopté la ligne dure au sujet des compressions et la qualité de l’enseignement universitaire va en souffrir, ont prévenu les recteurs.

«À court terme, on réussit tant bien que mal à conserver la qualité, mais à moyen terme, elle est compromise», a dit la présidente de la Conférence des recteurs (CREPUQ), Luce Samoisette.

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