Étienne Hudon-Northon/Mon scoop La manifestation du 22 mars 2012

MONTRÉAL – Si le gouvernement libéral et les fédérations policières ont descendu en flammes le rapport de la Commission spéciale d’examen sur les événements du printemps 2012 (CSEEP), les principales fédérations étudiantes l’ont accueilli favorablement — même celle qui avait boycotté l’exercice.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) s’est réjouie de voir que la commission présidée par Serge Ménard a identifié deux éléments qui, selon le regroupement étudiant, ont contribué à la «création du climat de tension»: d’abord, le «refus clair du gouvernement de négocier», puis la remise en question de certaines techniques d’intervention des autorités policières.

La présidente sortante de la FECQ, Éliane Laberge, a aussi dit partager «clairement» l’avis des commissaires, qui ont émis des doutes quant au niveau de préparation de la Sûreté du Québec (SQ) à la veille du conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ) de Victoriaville. La manifestation organisée en marge de l’événement, le 4 mai 2012, avait rapidement viré à l’émeute.

«On peut craindre qu’il y ait eu de sérieuses lacunes au niveau des renseignements, quant à l’évaluation du risque» et «certaines lacunes au niveau de la préparation du site, lequel devait être sécurisé (nettoyé)», peut-on lire dans le volumineux rapport rendu public mercredi soir.

La SQ n’a pas souhaité réagir au contenu du document dans l’immédiat. «C’est un rapport très récent, alors évidemment, nous, on doit prendre connaissance du rapport, et s’il y a réaction, vous (les médias) serez avisés en temps opportun», a indiqué jeudi le sergent Claude Denis, porte-parole de la police provinciale.

Il reste que pour Mme Laberge, qui avait rencontré les trois commissaires à huis clos, ce rapport ne devrait pas devenir un instrument de blâme pour les différents camps ayant été impliqués dans ce conflit.

«Je ne pense pas que ce rapport-là doit mener à une chasse aux sorcières pour déterminer qui a été le plus méchant ou le plus coupable. Je pense que toutes les parties doivent avoir l’humilité de dire que des erreurs ont été commises et qu’il faut tabler sur ces erreurs-là», a indiqué celle qui cédera sa place le 1er juin.

Son prédécesseur à la barre du regroupement étudiant, l’ancien député péquiste Léo Bureau-Blouin, accuse pour sa part le gouvernement libéral d’avoir torpillé le document d’environ 450 pages quelques heures après sa publication.

«Quand je regarde la réaction de la ministre de la Sécurité publique (Lise Thériault) et du gouvernement en général, je trouve que c’est un peu décevant. On attaque beaucoup les messagers plutôt que le message», a-t-il déploré en entrevue téléphonique.

Contrairement à certains détracteurs de la commission Ménard, M. Bureau-Blouin estime que celle-ci n’a pas été mise sur pied à des fins purement partisanes par l’ancien gouvernement Marois, dont il faisait partie.

«C’était pertinent et nécessaire comme exercice, a-t-il fait valoir. Il ne faut pas mettre ça sous le tapis. Le gouvernement libéral peut ne pas être d’accord avec les gens qui ont été choisis pour mener l’exercice, mais ça n’empêche pas qu’il faut prendre le temps de regarder les différentes propositions à leur juste valeur.»

Son ancienne compagne d’armes de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la candidate péquiste défaite Martine Desjardins, n’a pas voulu faire de sortie médiatique pour faire part de sa réaction.

Elle a cependant écrit dans un échange de courriels avec La Presse Canadienne qu’elle était d’accord avec les recommandations du rapport, insistant sur le fait qu’elle «déplorait» l’attitude du gouvernement Couillard, puisque ce dernier refuse selon elle «de faire une rétroaction».

Le nouveau président de la FEUQ, Jonathan Bouchard, s’est pour sa part réjoui de constater que les commissaires avaient insisté sur l’importance de la communication et de la négociation dans ce type de situation.

Le gouvernement «n’est pas au-dessus de négocier» avec les différents acteurs sociaux, et son «refus de discussion» a mené ultimement à l’«escalade du conflit» au printemps 2012, a-t-il affirmé.

Quant à l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), qui avait refusé de témoigner devant la commission, elle a laissé entendre que celle-ci avait finalement accouché de constats intéressants, mais pas tout à fait «surprenants».

«On n’est pas de mauvaise foi. On a pris acte du rapport, on a regardé les différentes recommandations, et effectivement, ces recommandations-là ont en grande partie du sens», a dit le coporte-parole de l’organisation, Justin Arcand.

ll reste à voir ce que les décideurs en feront: «On ne s’attend pas à ce qu’il y ait d’énormes changements», a-t-il laissé tomber à l’autre bout du fil.

Les policiers fustigent le rapport

La Fraternité des policiers et policières de Montréal, qui avait refusé de participer aux travaux de la CSEEP, a estimé que le rapport «bidon» émanant d’une commission tout aussi «bidon» était «irréaliste» et manquait «totalement d’impartialité».

Dans un communiqué, l’organisation a écrit que Serge Ménard «avait fait la démonstration que les conclusions de son rapport étaient déjà écrites en déclarant à l’ouverture des travaux que les événements de 2012 avaient amené une profonde crise de confiance du public envers la police».

«Dans son rapport, Serge Ménard ne fait que répéter de façon plus officielle ses préjugés sur les événements», a dénoncé le président de la Fraternité, Yves Francoeur.

La grogne est tout aussi palpable du côté de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ), qui a dit n’accorder «aucune crédibilité» au rapport. L’organisation juge en outre que les conclusions figurant dans le document sont partiales.

«Les recommandations de ce rapport touchent presque exclusivement le travail policier alors que plusieurs autres acteurs étaient impliqués dans cette crise», a déclaré le président de la FPMQ, Denis Côté, qui se réjouit par ailleurs d’avoir boycotté l’exercice.

À l’opposé, la Ligue des droits et libertés juge que la commission a permis de démontrer «une fois de plus» que l’usage de la force policière au Québec devait être revu.

Les travaux de la CSEEP étaient présidés par l’ex-député bloquiste et ancien ministre péquiste Serge Ménard. Celui-ci était épaulé par l’ex-leader syndicale Claudette Carbonneau et le juge à la retraite Bernard Grenier.

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