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QUÉBEC – Le gouvernement Couillard a lancé des messages contradictoires sur la hausse des droits de scolarité au cours de son mandat, mercredi.

Questionné par l’opposition mercredi matin, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Yves Bolduc, a refusé de s’engager à épargner les étudiants et a plutôt soutenu que «tout est sur la table», contrairement à l’engagement du Parti libéral (PLQ) en campagne électorale de s’en tenir à l’indexation. L’opposition a dit craindre que le gouvernement ne réveille ainsi les vieux démons de la crise sociale de 2012.

Puis, en soirée, le ministre Bolduc a précisé ses propos en affirmant que «la hausse des droits de scolarité se limitera pour les quatre prochaines années à l’indexation annuelle en fonction de l’évolution du revenu disponible des ménages par habitant».

Cette mise au point a semblé apaiser les préoccupations des associations étudiantes. En soirée, la Fédération universitaire du Québec (FEUQ) et le Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) se sont dites «très satisfaites et «rassurées», après avoir laissé entendre que le ministre venait de sortir un lapin de son chapeau.

En commission parlementaire sur l’étude des crédits de son ministère, mercredi, M. Bolduc avait affirmé qu’on ne pouvait prédire ce qui arrivera dans deux, trois ou quatre ans, c’est-à-dire pendant le mandat actuel du gouvernement. Selon lui, il faudra d’abord voir les «conditions budgétaires» du gouvernement.

«On n’a pas l’intention de ‘jouer dans le même film’ (qu’en 2012, lors de la crise étudiante qui a durement éprouvé le précédent gouvernement libéral de Jean Charest), a déclaré M. Bolduc. À moyen terme, on ne voit pas d’augmentation très marquée.»

Il a répété qu’il n’y avait «pas d’intention gouvernementale d’augmenter» les droits de scolarité au-delà de la hausse du coût de la vie, mais en ajoutant que personne ne pouvait prédire l’avenir. «C’est là-dessus que je veux quand même être prudent, a-t-il précisé. Il faut se garder une marge de manoeuvre. (…) Ce serait irresponsable de la part d’un gouvernement de commencer à donner ses orientations pour même quatre, cinq ou six ans.»

«Comme ministre, je ne peux pas prendre l’engagement du gouvernement de savoir comment ça va être dans deux, trois ou quatre ans», a finalement lâché M. Bolduc. En point de presse après la séance de la commission, il a même soutenu que «tout est possible, tout est sur la table», autant une hausse qu’éventuellement une baisse pour certain étudiants.

«L’intention de notre gouvernement, c’est de demeurer très, très, très raisonnable», a-t-il insisté, en ajoutant qu’«il n’y a pas de crise sociale parce que notre intention est assez claire». Le comité de révision des programmes et celui sur la fiscalité se pencheront sur les droits de scolarité et feront leurs recommandations, a-t-il dit.

Le ministre a dit en avoir même discuté avec les associations étudiantes, qui étaient au front lors de la crise de 2012 pour contester les hausses prononcées des droits de scolarité. «Advenant le cas où il y aura des changements de position gouvernementale, on va les informer», a-t-il dit.

L’opposition stupéfaite

La porte-parole péquiste en matière d’éducation, Véronique Hivon, n’avait pas caché sa stupéfaction et avait bien pris note de refus du ministre de s’engager à aligner les hausses des droits de scolarité sur l’indice des prix à la consommation.

«Je suis très étonnée, voire inquiète de la réponse du ministre», a répliqué Mme Hivon, en relevant ainsi que le gouvernement Couillard renonce à la «mesure-phare» du précédent gouvernement Marois de s’en tenir à l’indexation des droits de scolarité.

Selon elle, le gouvernement risque de réveiller de vieux démons. «C’est très risqué quand on sait qu’on a vécu des moments difficiles, à quel point la crise étudiante a été marquante pour la société. On comprend que le gouvernement n’exclut pas de ‘rejouer dans ce film’.»

La députée Françoise David, de Québec solidaire, a elle aussi vivement critiqué le gouvernement, mais dit n’être pas étonnée. «Sur le fond, la recette libérale est la même qu’en 2012: faire payer davantage la population pour l’éducation», a-t-elle déclaré dans un communiqué.

«La véritable question devrait être à la place: devrait-on les réduire (les frais de scolarité), voire les abolir, jusqu’à la gratuité scolaire?»

Mise au point

Le ministre Bolduc a finalement clarifié la situation en soirée.

«Je tiens à rassurer les associations étudiantes ainsi que les oppositions parlementaires de la volonté de notre gouvernement de respecter son engagement quant au maintien de l’indexation annuelle des droits de scolarité. Aucun autre scénario n’est envisagé», a déclaré M. Bolduc dans un communiqué.

«Nous nous réjouissons que le ministre Bolduc démontre ainsi une sensibilité à nos revendications», ont affirmé Jonathan Bouchard, président de la FEUQ, et Alexis Tremblay, président de la FECQ.

Les deux associations ont indiqué qu’elles continueraient à travailler en collaboration avec le gouvernement, tout en demeurant vigilantes «en ce qui a trait à toute modification des frais de scolarité».

Plus tôt mercredi, la secrétaire aux relations externes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Emmanuelle Arcand, avait semblé stupéfaite à la suite de la sortie d’Yves Bolduc en commission parlementaire.

En entrevue à La Presse Canadienne, elle a soutenu que des représentants de son organisation ont déjà eu un entretien téléphonique avec lui et que, contrairement à ce qu’a avancé le ministre, «il n’a (alors) pas été question du tout de hausse des droits de scolarité». Elle a martelé que «ce n’est vraiment pas un sujet qui a été abordé».

Mme Arcand a ajouté qu’il s’agissait donc, à ses yeux, d’une mauvaise surprise, voire d’une «provocation» de la part de cet élu libéral.

La vice-présidente de la FECQ, Émilie Joly, a également laissé entendre que le ministre venait de sortir tout un lapin de son chapeau. Elle a souligné que son équipe avait eu l’occasion de dialoguer avec M. Bolduc depuis son entrée en fonction et qu’il n’avait jamais évoqué le scénario auquel il a fait allusion mercredi matin.

Cours d’histoire

Le ministre a par ailleurs défendu la décision du gouvernement de saborder le cours d’histoire obligatoire au collégial que voulait mettre sur pied le précédent gouvernement Marois. Yves Bolduc y voit un choix idéologique de son prédécesseur péquiste Pierre Duchesne, mais Véronique Hivon considère que les libéraux procèdent à une dévalorisation de l’histoire et rappelle que la plus récente réforme a imposé deux cours d’anglais, sans que cela ne soit jugé comme idéologique.

«Il n’y a rien de scandaleux à penser que les étudiants du collégial puissent avoir un cours d’histoire obligatoire si on a décidé que pour parfaire la formation en anglais il fallait mettre deux cours d’anglais au collégial, a-t-elle argué. (…) Je trouve la réponse du ministre fascinante. Il est en train de nous dire qu’un cours d’histoire est une décision politique, alors que c’est fondamental pour toute nation qui se respecte de connaître son histoire.»

Yves Bolduc n’a pas fléchi. Selon lui personne ne voulait de ce cours, un choix partisan du PQ et de son ministre Pierre Duchesne.

«Il (Pierre Duchesne) n’avait qu’une obsession en tête, ce n’était pas l’éducation, c’était comment faire pour que le Québec se sépare», a-t-il dit.

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