Métro Gilles Surprenant

Gilles Surprenant a poursuivi son témoignage devant la Commission Charbonneau lundi en expliquant le fonctionnement du système de collusion qui a culminé au milieu des années 2000 avec des budgets gonflés de 35%. M. Surprenant était alors ingénieur responsable de la conception des plans et devis du secteur des égouts. Sa position lui a ainsi permis de justifier ses hausses de budget auprès de ses supérieurs.

Loin d’avoir simplement fermé les yeux, certains superviseurs auraient également joué un rôle actif. À partir de l’an 2000, le coût des chantiers avaient considérablement augmenté. Si la crise économique et la hausse du prix du pétrole expliquaient en partie cette hausse, il était clair aux yeux de M. Surprenant que les entrepreneurs s’entendaient pour gonfler les prix. Il avait d’ailleurs touché quelques pots-de-vin à parti de 1991 pour avoir justifié des augmentations de budget à la demande des entrepreneurs.

Le supérieur de M. Surprenant, Yves Themens, et le directeur du service de la réalisation des travaux, Robert Marcil, approuvaient les budgets artificiels de l’ingénieur. Ils étaient donc au courant de la situation, a confirmé le témoin. M. Themens aurait même aidé M. Surprenant à trafiquer à quelques reprises les résultats des évaluations des budgets effectuées par leur système informatique.

Yves Themens, déjà cité par M. Zambito, a été suspendu le 2 octobre. Robert Marcil a démissionné en juin 2009 après qu’une enquête interne ait révélé qu’il avait voyagé en Italie avec Joe Borsellino de Garnier Construction. Ce n’est qu’en 2004 que la Ville aurait commandé une étude comparative des coûts des chantiers à Montréal par rapport à ceux d’autres grandes villes. Il en est ressorti que les prix étaient 35% plus chers à Montréal.

Mais selon M. Surprenant, rien n’a été fait pour changer quoi que ce soit. Toutefois vers 2006, une firme externe a été mandatée pour réviser certains contrats. Les budgets de trois d’entre eux ont été jugés trop élevés et les travaux ont été annulés. À ce moment, les entrepreneurs auraient réalisé que Gilles Surprenant n’avait pas ou plus le pouvoir de «faire passer» tous les contrats.

Ils ont donc beaucoup moins fait appel à ses services. Jusqu’en 2009, les paiements ont grandement diminué. L’ex-ingénieur a reconnu jeudi dernier avoir perçu près de 600 000$ entre 1991 et 2009. Des fonctionnaires affectés à la surveillance des chantiers participaient également au système.

Surprenant corrobore le témoignage de Zambito et salue son courage
M. Surprenant a confirmé lundi les informations de M. Zambito concernant une quote-part de 2,5% sur les contrats municipaux versés à la mafia. Il a ajouté qu’un autre 3% allait dans les poches du comité exécutif et non pas dans celles d’Union Montréal, comme avait affirmé Lino Zambito. M. Surprenant a d’ailleurs qualifié de «courageux» le témoignage de M. Zambito ajoutant que plusieurs des révélations de ce dernier étaient vraies.

Des trous de mémoire
À plusieurs reprises, M. Surprenant s’est contredit dans ses réponses, a évoqué des pertes de mémoire et a paru hésitant. Face aux reproches du procureur Me Gallant, M. Surprenant s’est excusé expliquant prendre plusieurs médicaments et calmants depuis quelques années lui occasionnant des troubles de mémoire. «Je peux vous assurer que je suis ici pour dire la vérité», s’est-il excusé.

L’ex-ingénieur est d’ailleurs revenu sur quelques épisodes de son témoignage de la semaine dernière. Il a tenu à préciser qu’il a vécu plusieurs années dans la peur de représailles s’il ne collaborait pas avec les entrepreneurs. Au cours de sa première rencontre avec l’entrepreneur Franck Catania, en 1991, M. Surprenant a indiqué que l’entrepreneur ne lui aurait pas dit: «Ceux qui nous empêchent de manger, on les tasse», comme il l’a affirmé jeudi, mais plutôt : «Ceux qui nous empêchent de manger, on les élimine.» C’est donc la peur qu’il l’a forcé à prendre une part plus active dans le système de collusion.

Partie de golf avec le parrain
En 1997, Gilles Surprenant est allé en voyage de golf avec son collègue Luc Leclerc et l’entrepreneur Tony Conte. Un quatrième joueur a aussi été invité et une fois à l’aéroport, M. Surprenant a reconnu qu’il s’agissait de Vito Rizzuto, parrain du clan mafieux. Ils ont joué au golf toute la semaine, sans parler affaires, selon M. Surprenant. Ce dernier a tout de même dû donner 25 $ à M. Rizzuto pour une gageure de golf perdue.

Le système de collusion à Montréal (cliquez sur l’image pour l’agrandir)

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