QUÉBEC – De nombreux élus péquistes et libéraux ont fréquenté le chic club privé 357C à Montréal pour y faire des rencontres de nature politique, et ils n’y voient, en général, aucun problème.

Les libéraux ont donc refusé de blâmer l’une des leurs, l’ex-ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, citée mercredi à la Commission Charbonneau pour s’être rendue à deux reprises au club privé afin d’y rencontrer des hauts placés à la ville de Montréal, des entrepreneurs et des dirigeants de firmes de génie-conseil. À l’une de ces rencontres, était présent l’entrepreneur en construction Paolo Catania, accusé par la suite de fraude et de complot.

Dans un communiqué, l’ex-ministre affirme que même si les apparences peuvent paraître trompeuses, elle a toujours agi avec un souci d’intégrité. Elle dit se mettre à la disposition de la Commission Charbonneau, si cette dernière veut entendre sa version des faits.

En entrevue téléphonique, l’ex-vice-première ministre a dit assumer pleinement tous ses actes, toutes ses décisions, et assure qu’elle n’a jamais cédé à l’influence indue de quiconque dans l’exercice de ses fonctions.

«Je ne suis pas une marionnette. Il n’y a personne qui n’a jamais tenu ma main quand j’ai apposé ma signature, quand j’ai pris une décision. Il n’y a personne qui était un ventriloque et qui me faisait parler dans un micro en me soufflant les mots. J’assume tout ce que j’ai fait», a déclaré Mme Beauchamp, en rappelant que c’est elle-même qui avait sollicité les rencontres au 357C.

«J’ai sollicité ces rencontres parce que c’étaient des acteurs du milieu économique importants à Montréal. Mais j’ai aussi sollicité des rencontres provenant de différents milieux», a-t-elle dit, persuadée que c’était une approche préférable à celle consistant à s’enfermer dans son bureau de ministre, en se coupant du terrain.

«Je suis une femme libre, une femme de principes», a-t-elle ajouté, soucieuse de défendre son intégrité.

Le chef par intérim du Parti libéral du Québec, Jean-Marc Fournier, a dit que cela faisait partie des tâches de ministre de se rendre dans ce genre d’endroits pour y rencontrer des gens de divers horizons.

Le député et candidat au leadership libéral Pierre Moreau s’est rendu à plusieurs reprises au 357C «avec des amis», mais il soutient n’avoir jamais discuté de politique à cet endroit. «L’important, c’est de savoir quel est l’objectif de ces rencontres-là, qui est-ce qu’on voit et quels sont les sujets qui sont discutés», a-t-il dit, en point de presse.

L’ex-ministre du Dévelopement durable, Pierre Arcand, en a été membre. Un autre ex-ministre libéral, Sam Hamad, s’y est rendu pour rencontrer le porte-parole de l’industrie du gaz de schiste, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard. Ce dernier y a aussi croisé la première ministre Pauline Marois.

La première ministre Marois a dit s’y être rendue à plusieurs reprises et tout récemment, notamment pour s’entretenir avec des chefs syndicaux, de même qu’avec un groupe de 15 jeunes entrepreneurs «pour les consuter sur les orientations que nous voulons prendre».

«Tout le monde qui sera allé là ne peut pas être accusé d’être allé là pour se faire acheter, là ça devient complètement inacceptable. J’espère que les gens feront la nuance», a dit Mme Marois, lors d’un bref point de presse.

Le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, y a été invité à deux reprises par l’ex-premier ministre Bouchard, qu’il décrit comme un ami.

C’est le seul élu à avoir formulé des réserves, mercredi, sur les repas partagés au 357C entre ministres et entrepreneurs. Son commentaire semble même contredire celui de la première ministre, car selon lui «des ministres en fonction ne devraient pas manger avec des entrepreneurs en construction, ni là, ni ailleurs», de crainte qu’ils veuillent influencer le gouvernement.

Il a fait valoir que ce type de contacts devait toujours se faire à visage découvert dans le cadre de la loi sur le lobbyisme.

Québec solidaire partage ce point de vue et demandera au Commissaire au lobbyisme de faire enquête en vue de déterminer s’il était légal de voir des ministres accepter l’invitation d’entrepreneurs de se rendre au Club 357C, et si cela pouvait être assimilé à une «communication d’influence» régie par la loi.

La ministre du Travail, Agnès Maltais, elle aussi s’est pointée «récemment» à ce club sélect. «J’ai exigé de payer ma facture», a-t-elle dit, sans préciser qui l’avait invitée.

Sur la liste des invités au club et des membres du club, figure aussi le nom du sénateur Léo Housakos.

Avant d’être nommé sénateur, il a été invité au club par une firme de génie-conseil. Dans le passé, M. Housakos a présidé le comité de financement de l’Action démocratique du Québec (ADQ), qui a fusionné avec la Coalition avenir Québec.

M. Housakos a aussi été membre du club sélect et, en juin 2007, a invité 11 autres personnes pour un cocktail pour l’ADQ, dont l’entrepreneur Joe Borselino, de Garnier Construction.

En entrevue à La Presse Canadienne, M. Housakos a dit qu’il connaissait assez bien M. Catania pour recevoir, par son entremise, une invitation pour se joindre au club, situé dans la Vieux-Montréal. Il a ajouté qu’il a rencontré Tony Accurso, autre magnat de la construction, «quatre ou cinq fois» par année pendant une décennie et a fréquenté un restaurant appartenant à M. Accurso près de son domicile à Laval.

Rien de ça n’est illégal, a noté M. Housakos. Et cela ne signifie pas non plus qu’il était au courant des accusations criminelles qui allaient un jour être portées contre ses associés.

«Je crois que nous tous, si nous avions su les choses que nous savons aujourd’hui il y a 20, 10 ou cinq ans, nous aurions probablement réagi différemment», a déclaré M. Housakos lors de l’entrevue.

«Mais quand vous interagissez avec des personnes, que vous rencontrez des personnes, que vous parlez avec des personnes, vous ne supposez pas qu’ils seront accusés de crimes sérieux dans deux, trois ou cinq ans…

«Quand j’ai rencontré ces individus, je n’avais aucune raison de croire que, trois ou quatre ans plus tard, les choses qui sont sorties allaient sortir.»

Dans un communiqué, le Cabinet du Premier ministre a indiqué que les allégations provoquées par l’enquête étaient «très troublantes», mais qu’il ne voyait pas comment M. Housakos aurait pu être impliqué dans tout ça.

Le premier ministre Stephen Harper a répondu directement aux allégations alors qu’il se trouvait aux côtés du président désigné du Mexique, mercredi.

Lors d’une conférence de presse conjointe, on a demandé à M. Harper s’il avait toujours confiance en son sénateur. M. Harper a répondu en citant un proverbe sur les rumeurs: «J’ai vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours».

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