Graham Hughes / La Presse Canadienne Jacques Duchesneau

QUÉBEC – Le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) Jacques Duchesneau a soutenu mercredi qu’il ne s’est pas ingéré dans le processus judiciaire en conseillant un témoin de la Commission Charbonneau, l’automne dernier.

M. Duchesneau a minimisé son rôle auprès de Martin Dumont, qui s’est retrouvé dans l’eau chaude cette semaine après avoir admis que des faits qu’il a exposés en octobre dans son témoignage pouvaient être inexacts.

Lors d’une entrevue, M. Duchesneau a déclaré qu’il avait tout simplement voulu apaiser M. Dumont, la veille de son passage devant la juge France Charbonneau.

«Depuis le début, j’ai travaillé pour qu’on ait la Commission Charbonneau, je suis allé témoigner pour collaborer avec la Commission Charbonneau et je pense que c’était mon devoir de ‘déstresser’ quelqu’un qui allait témoigner», a-t-il dit.

Les deux hommes, accompagnés de leurs épouses, se sont rencontrés dans un restaurant de Saint-Sauveur, quelques jours avant le témoignage de M. Dumont, a expliqué le député de la CAQ, qui représente la circonscription de Saint-Jérôme.

«Ça fait 45 ans que je témoigne devant les tribunaux, a-t-il dit. Il est normal, parce que je l’avais convaincu de me parler et je l’ai convaincu d’aller devant la commission, qu’il cogne à ma porte. Il n’était pas question que je lui dise: je ne te parle plus.»

M. Duchesneau a soutenu qu’il avait simplement conseillé M. Dumont sur la forme et la façon de témoigner et non sur les faits à exposer devant la commission.

«Sa préoccupation ce n’était pas d’être clair, parce que dans sa tête les réponses étaient claires pour lui, a-t-il dit. La préoccupation c’était: comment tu parles, où tu te situes. Des questions bien souvent naïves de quelqu’un qui n’a jamais été devant un tribunal.»

Cette intervention provoque cependant un malaise dans l’opposition libérale, qui voit là un accroc au principe de séparation des pouvoirs, dont l’objectif est notamment de préserver l’indépendance du processus judiciaire en le protégeant de toute intervention politique.

M. Duchesneau s’est insurgé contre cette critique, formulée par le député Gilles Ouimet.

«Pas du tout, c’est une couche très mince de glace et je ne vois pas du tout c’est quoi le problème, du tout, je ne le vois pas encore, a-t-il dit. Ça, c’est de la propagande libérale.»

Pour M. Ouimet, malgré les objections de son adversaire caquiste, son intervention auprès de M. Dumont pose problème.

«Si des gens peuvent penser qu’à titre d’élu M. Duchesneau a une influence potentielle sur les travaux de la commission, on est dans le mélange des genres entre le judiciaire et le législatif et ça n’est pas souhaitable», a-t-il dit

M. Duchesneau a accepté de rencontrer M. Dumont le 28 octobre dernier, soit la veille du début de son témoignage devant la juge Charbonneau. Les deux hommes se connaissent depuis 1998, alors que M. Dumont avait été candidat aux élections municipales de Montréal, dans l’équipe de M. Duchesneau, qui briguait la mairie.

Ils s’étaient revus au printemps 2012, quand M. Duchesneau préparait à titre bénévole un rapport explosif remis à la commission, dans lequel il soutient que 70 pour cent du financement des partis politiques est illégal.

M. Dumont avait livré un témoignage fracassant en octobre, relativement à son travail au sein du parti municipal de l’ex-maire Gérald Tremblay. Mais il a été contredit cette semaine par un autre témoin et il a lui-même reconnu que certains éléments clés de son témoignage pouvaient être inexacts.

Mercredi, M. Duchesneau a refusé de dire si M. Dumont lui avait rapporté ces faits qui ont ensuite été contredits. Selon le député, il est impossible de révéler cet aspect tant que la commission n’a pas rendu public le rapport qu’il a transmis.

«Ce que vous me demandez de faire, c’est dire ce qu’il y a dans le rapport, a-t-il dit. Ce que vous voulez qui m’arrive, c’est que je sois accusé d’outrage à la commission, alors je ne veux pas faire ça.»

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