Ryan Remiorz Bernard Trepanier. Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – L’ancien responsable du financement d’Union Montréal, Bernard Trépanier, a facturé plus de 900 000 $ à la firme de génie Dessau de 2002 à 2010, en plus de toucher son salaire annuel de 82 000 $ de la part du parti politique de 2004 à 2006.

Le procureur chef adjoint de la Commission Charbonneau, Me Denis Gallant, a déposé mardi une lettre obtenue de Dessau, décrivant le travail d’alors de M. Trépanier comme en étant un de représentation pour Dessau auprès des municipalités.

M. Trépanier avait alors sa firme Bermax, «pour Bernard au maximum», a précisé le témoin, qui faisait du travail de démarchage, et qui avait plusieurs clients, dont Dessau.

Mais M. Trépanier a catégoriquement nié avoir fait un tel travail auprès des municipalités. «Je n’ai jamais fait de représentation pour la firme Dessau dans d’autres municipalités.»

Il a plutôt attribué cette facture d’honoraires d’environ 100 000 $ à un travail pour aider Dessau à obtenir sa qualification pour des mandats avec Aéroports de Montréal (ADM), a-t-il expliqué. M. Trépanier connaissait un homme ayant déjà travaillé à Transport Canada, qui avait pu les aider à préparer la documentation requise. Et M. Trépanier versait à son tour à cet intermédiaire une somme d’environ 5000 $ «une fois par deux mois».

Me Gallant a déposé un relevé des factures envoyées à Dessau, soit par M. Trépanier lui-même, soit par Bermax, son entreprise personnelle. Ce relevé fait état d’un total d’environ 688 015 $ pour Bermax et 218 412 $ pour M. Trépanier.

Le procureur a douté du fait que Dessau ait payé 900 000 $ à M. Trépanier sur plusieurs années «uniquement pour ça», pour un simple travail de soutien pour se faire qualifier auprès d’ADM. Mais M. Trépanier a défendu l’importance de son travail. «Lorsqu’ils étaient qualifiés, ils étaient garantis pour X montant de chiffre d’affaires!» s’est-il exclamé.

La firme Dessau a pour sa part réagi aux propos de M. Trépanier en affirmant, par voie de communiqué, que sa direction _ incluant son président et chef de la direction Jean-Pierre Sauriol _ n’a pris connaissance de l’existence de ces paiements que lors du témoignage de Rosaire Sauriol à la Commission Charbonneau, le jeudi 21 mars dernier.

«Toute la direction de Dessau, à l’exception de M. Rosaire Sauriol, ignorait tout de l’existence de ces paiements, de même que de la nature des services rendus», a précisé la firme dans son communiqué.

Rosaire Sauriol a démissionné lundi de son poste de vice-président principal chez Dessau, quelques jours après son témoignage devant la Commission Charbonneau.

Dessau n’était pas le seul client de la firme Bermax et de M. Trépanier. Il a également eu à différents moments Tecsult et SM dans le domaine du génie, de même que Octane, dans le domaine des communications.

«J’étais ouvreur de porte», a-t-il résumé. Bermax faisait du démarchage, «du lobbying», à au moins 100 $ l’heure, mais il ne s’est jamais inscrit au registre des lobbyistes, a-t-il admis. Il demandait en plus une commission s’il réussissait à obtenir un contrat pour son client.

Une affaire de famille

Auparavant, M. Trépanier avait expliqué comment il en était venu à faire de la politique pour des gens qu’il considère comme sa famille.

D’abord organisateur pour des conservateurs fédéraux, il s’est ensuite engagé dans plusieurs élections municipales à Laval pour Gilles Vaillancourt, puis à Saint-Jérôme, Boisbriand, Rosemère, Longueuil pour le maire Claude Gladu, en plus d’élections complémentaires à Le Gardeur, Repentigny, Saint-Laurent, puis finalement Saint-Léonard, où il a rencontré le maire d’alors, Frank Zampino.

Il a été rémunéré pour chacune de ces élections, sauf à Saint-Léonard et Laval.

Dans les municipalités où il a été rémunéré, il a généralement été payé en argent comptant, mais une partie en chèque et une partie en argent comptant à Boisbriand, et seulement par chèque à Rosemère.

Quand il a travaillé pour Frank Zampino, il ne réclamait rien. «Un chum, c’est un chum», s’est-il exclamé devant la juge France Charbonneau qui lui demandait pourquoi il n’était alors pas rémunéré à Saint-Léonard.

«C’était une affaire de famille. On était là pour s’amuser», a résumé l’homme de 74 ans, qui a précisé avoir «encore de la mèche» à son âge.

Et à Laval non plus il n’a pas été payé, ni par le maire de l’époque, Gilles Vaillancourt, ni par quelqu’un d’autre de son équipe, a-t-il affirmé.

En 2001, M. Trépanier s’est engagé auprès de l’Union des citoyens de Montréal, «l’ancêtre» d’Union Montréal, pour faire gagner l’équipe (Gérald) Tremblay-Zampino. M. Zampino est ensuite devenu président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

C’est à cette époque aussi que M. Trépanier a connu le jeune Tony Tomassi, déjà intéressé à la politique, et qui allait devenir ministre de la Famille dans le gouvernement de Jean Charest, des années plus tard.

Élections clé en main

Avant 2004, a-t-il témoigné, il ne faisait pas de financement et ne voulait même pas toucher à ça. C’était alors l’époque des élections clé en main, a-t-il témoigné.

Dans ce concept des élections clé en main, y avait-il de faux bénévoles? lui a demandé le procureur chef adjoint de la commission, Me Denis Gallant. «Moi je ne l’ai pas vu», a répondu M. Trépanier.

Il a toutefois dû admettre que lui-même était alors présenté comme un «bénévole d’élection», alors qu’il était rémunéré, et généralement en comptant.

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