www.ceic.gouv.qc.ca Guy Gionet

MONTRÉAL – Le conseil d’administration de la SOLIM n’avait pas vraiment de réticence à faire des affaires avec Ronnie Beaulieu, même s’il savait que ce dernier avait un passé criminel, a admis mercredi l’ancien pdg de ce bras immobilier du Fonds de solidarité, Guy Gionet.

Même le grand patron du Fonds de solidarité de la FTQ, Yvon Bolduc, était au courant de ce fait et ne s’est pas objecté, a affirmé le témoin, lors de sa troisième journée de témoignage devant la Commission Charbonneau.

La question du passé criminel de M. Beaulieu a bel et bien été soulevée au conseil de la SOLIM, mais il a été convenu que M. Beaulieu avait payé sa dette à la société et que la SOLIM pouvait faire affaires avec lui, a relaté M. Gionet.

La SOLIM a ainsi été engagée dans trois dossiers avec Ronald (Ronnie) Beaulieu, soit l’immeuble commercial Pascal, dans le quartier des affaires à Montréal, les terrains du 10-35, à l’angle de l’autoroute 10 et de la route 35 en Montérégie, ainsi qu’un centre commercial à Port-Cartier. Le projet 10-35 incluait un bar de danseuses, qui éprouvait de la difficulté à obtenir du financement, à la suite de trois incendies.

Ces projets font partie des dossiers problématiques dont la SOLIM a voulu se départir, lorsqu’ils ont fait l’objet de reportages dans les médias.

Un «bilan social» avait même été fait par le Fonds sur M. Beaulieu _ une sorte de portrait du comportement social d’un éventuel partenaire d’affaires _ et celui-ci avait été «positif», a révélé M. Gionet. Ce bilan social est une condition pour engager la SOLIM dans une transaction; il doit être favorable pour l’autoriser.

«Je comprends qu’un bilan social sur une personne qui opère un bar d’effeuilleuses conclut positivement d’aller de l’avant, pareil, avec la transaction?» s’est étonné le commissaire Renaud Lachance.

«Euh oui», a timidement répondu le témoin.

M. Beaulieu était un ami de Jocelyn Dupuis, qui a été dg de la FTQ-Construction jusqu’en novembre 2008. M. Dupuis faisait d’ailleurs du démarchage pour M. Beaulieu après de la SOLIM.

Dans un extrait d’écoute électronique entendu, M. Dupuis et son ami Ronald Beaulieu insistent beaucoup pour que M. Gionet transmette une lettre permettant à M. Beaulieu de gagner du temps, alors que l’immeuble commercial Pascal est soumis à plusieurs demandes de saisie. M. Beaulieu lui donne carrément des directives sur ce qu’il doit écrire et il le presse, exigeant une «lettre sucrée».

«Vous étiez drôlement complaisant avec Ronnie Beaulieu! Si je comprends bien, vous pouviez faire la transaction tout seul. C’est ce que vous avez d’ailleurs fait; vous avez fourni 100 pour cent du capital!» s’est exclamée la juge Charbonneau.

M. Gionet a fait valoir que Ronald Beaulieu «aurait pu empêcher la transaction». La SOLIM croyait à l’époque que ce terrain situé dans le quartier des affaires de Montréal et tout près du quartier chinois était intéressant pour sa localisation.

Fait à noter, il n’y a toujours aucun développement dans cet immeuble aujourd’hui, a reconnu le témoin.

C’est finalement à la suite d’une enquête interne sur le dossier du bar de danseuses et des terrains du 10-35 que M. Gionet a perdu son poste de pdg de la SOLIM, au printemps 2009.

M. Gionet, quant à lui, soutient qu’il n’a fait que répondre à la demande en procédant à cette transaction, qu’il n’a fait que structurer la transaction de façon à ce que la SOLIM ne soit pas directement reliée au bar de danseuses, mais aux terrains.

Il affirme avoir servi de bouc-émissaire dans ce dossier, à cause de la tempête médiatique.

Les contre-interrogatoires de M. Gionet ont commencé en fin d’après-midi; ils se poursuivront jeudi matin.

Réaction à Québec

Les révélations de M. Gionet ont fait sursauter le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. «C’est clair et confirmé: des dirigeants de la FTQ avaient des façons de forcer la direction du Fonds de solidarité à prendre des décisions qui n’étaient pas nécessairement pour le bénéfice des actionnaires», a tonné M. Legault lors d’un point de presse à Québec.

Il réitère en conséquence sa demande voulant qu’à l’avenir, le poste de président du conseil d’administration et ceux d’une majorité de membres du conseil d’administration du Fonds soient indépendants de la FTQ. Cela, croit-il, est nécessaire «pour redonner de la crédibilité» au Fonds.

Il a par ailleurs déploré le silence du gouvernement Marois à ce sujet, ajoutant que le Parti québécois «a toujours été proche de la FTQ et des syndicats».

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