www.ceic.gouv.qc.ca Rock Savard

MONTRÉAL – La Commission Charbonneau a entendu d’autres aberrations concernant des chantiers de construction de la Côte-Nord et de La Romaine, mardi, dont une exigence d’obtenir de la soupe chaude tous les midis pour les ouvriers du chantier Mista à La Romaine… une soupe chaude qui se trouvait à 60 kilomètres.

L’entrepreneur qui a dû céder à cette demande du représentant syndical, Rock Savard, de Construction J & R Savard, a témoigné du fait qu’il a même dû affecter une employée à cette tâche de «charroyer la soupe» pour qu’il y en ait tous les midis, et chaude s’il-vous-plaît, pour la trentaine d’employés.

Le représentant syndical lui avait fait valoir que de la soupe chaude était disponible aux autres chantiers de La Romaine, que c’était devenu une coutume, et que lui devrait faire de même pour le camp du Mista.

Au bout du compte, c’est Hydro-Québec qui payait la soupe «et nous autres, on payait les croustilles et les à-côtés, les gogosses, les plats, les biscuits», a précisé M. Savard.

Seul face à 50 travailleurs

M. Savard a aussi raconté comment il s’est buté à un groupe de 50 à 100 ouvriers de la Côte-Nord, en octobre 2005, et qu’il a été menacé et insulté, quand il s’apprêtait à commencer son chantier avec ses travailleurs réguliers qu’il avait emmenés avec lui.

J & R Savard avait décroché un contrat de réfection de route et de ponceau sur la route 138 entre Forestville et la réserve Betsiamites. L’entrepreneur y est arrivé avec ses ouvriers, un matin.

Peu de temps après, trois dirigeants syndicaux de la FTQ-Construction, dont Bernard Gauthier, surnommé «Rambo», et Michel Bezeau _ il ne se souvient plus du troisième _ se sont présentés à son chantier, demandant de voir les cartes de compétence des ouvriers. M. Savard leur a demandé de revenir sur l’heure du midi afin de ne pas déranger la progression du chantier.

Plus tard, ce sont plutôt entre 50 et 100 travailleurs qui sont arrivés, sans les trois dirigeants syndicaux. Ils étaient mécontents du fait qu’ils étaient sans travail, dans leur propre région, alors qu’un entrepreneur de l’extérieur venait y faire des travaux avec ses propres ouvriers.

La situation s’est alors envenimée, au point où M. Savard a cru bon demander à ses employés de quitter pour éviter une bagarre. Il s’est alors fait insulter, menacer. «M’en vas te ‘slugger’ mon host… M’en vas te percer. C’est un show qu’ils faisaient, mais c’était assez stressant», a relaté M. Savard. Un ouvrier s’élançait pour le frapper et un autre le retenait pour l’en empêcher, a-t-il dit. «Ils me traitaient de toutes sortes de noms. C’était des showmen.»

Lorsque les trois représentants syndicaux sont arrivés, le calme est revenu. «Je n’ai eu aucune menace d’eux autres», a certifié le témoin.

M. Savard a alors pu négocier avec eux. Ils ont convenu qu’il garderait ses employés réguliers et embaucherait ensuite des syndiqués de la FTQ-Construction.

Après cet épisode, il n’a plus eu aucun problème avec la FTQ-Construction et ses syndiqués tout au long du chantier.

Son entreprise, qui a son siège social à Saint-Honoré, au Saguenay, a réalisé bien d’autres contrats à Québec, au Saguenay, à Chibougamau, Sept-Îles, Fermont, à La Romaine. «Jamais, jamais» il n’a rencontré de tels problèmes ailleurs que sur la Côte-Nord, a-t-il affirmé.

M. Savard a estimé qu’un contrat réalisé sur la Côte-Nord coûte en moyenne de 5 à 10 pour cent de plus que dans une autre région du Québec, à cause de ces exigences syndicales. «Il faut que tu mettes du personnel de plus», a-t-il justifié.

De même, l’entrepreneur qui a une quarantaine d’années d’expérience a admis avoir déjà été invité à retirer sa soumission, après avoir remporté un appel d’offres public. Un concurrent a alors tenté de lui soutirer le contrat en lui demandant de se désister, ce qu’il a toujours refusé de faire. «J’ai jamais embarqué dans ça», a-t-il dit. Cela lui est arrivé «une couple de fois» et sur des contrats importants, dont un à La Romaine.

M. Savard a pris la peine de souligner à la commission combien il était difficile pour un entrepreneur de venir y témoigner des difficultés qu’il a vécues avec les syndicats. Il espère encore décrocher d’autres contrats sur la Côte-Nord et auprès d’Hydro-Québec. «Un moment donné, s’ils se lèvent contre toi… Des séquelles, j’espère qu’il n’y en aura pas», a-t-il lancé.

Il a dit espérer que la commission ait permis de changer les choses dans l’industrie de la construction. «L’affaire des gros bras, il faut que ça soit fini là!»

Il doit y avoir moyen de se parler sur un chantier «sans sacrer» et sans parler contre le syndicat rival ou l’ouvrier syndiqué auprès d’une autre organisation, a-t-il plaidé.

La juge France Charbonneau a salué son courage. «J’espère que vous ne serez pénalisé d’aucune façon», a-t-elle dit.

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