Paul Chiasson/La Presse Canadienne La juge France Charbonneau

QUÉBEC – Le gouvernement Couillard réaffirme sa détermination à donner suite aux recommandations de la Commission Charbonneau, qui a publié mardi son volumineux rapport comportant 60 recommandations.

Il y a des leçons à tirer pour tout le monde dans ce rapport, a commenté brièvement le premier ministre Philippe Couillard, lors d’une mêlée de presse. «C’est l’ensemble de la classe politique qui est interpellée», a-t-il fait valoir, et non un parti en particulier.

M. Couillard a cherché à se faire rassurant en minimisant le temps consacré par les élus au financement de leur parti.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a indiqué de son côté que la commission avait fait oeuvre utile pour provoquer une prise de conscience collective sur le financement des partis politiques.

M. Fournier a convenu que des correctifs devaient être apportés et il a promis que le gouvernement allait agir dans le sens que souhaite la commission, ayant compris qu’il «y a des choses à changer».

Il a noté que les travaux de la commission n’avaient pas réussi à établir de lien «direct» entre l’attribution de contrats gouvernementaux et le financement des partis.

D’ailleurs, a-t-il ajouté, les règles de financement ont déjà été radicalement modifiées, en faisant désormais une large place au financement étatique, donc public. La cotisation annuelle qu’un électeur peut faire à un parti est passée de 3000 $, à 1000 $, puis à 100 $.

Ce changement rend les élus, notamment les ministres, moins vulnérables aux influences qu’avant, a-t-il noté.

Quand même, M. Fournier a indiqué que les ministres du gouvernement Couillard devaient toujours recueillir 15 000 $ par année pour financer les activités du Parti libéral du Québec (PLQ). Dans le passé, dans le gouvernement Charest, cette contribution annuelle était de 100 000 $.

Questionné à savoir s’il fallait éliminer ce quota de 15 000, M. Fournier a dit que les partis avaient besoin d’argent pour leurs activités et mener les campagnes électorales. «Vous faites des collectes de fonds, pour vous assurer d’avoir ces montants-là. Alors c’est pas tellement un quota, une cible, c’est simplement d’avoir un équilibre», selon M. Fournier.

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a dû par ailleurs justifier pourquoi les médias n’avaient pas pu consulter le rapport (un document de plus de 1600 pages) à huis clos, au moins une heure avant qu’il soit rendu public, comme c’est la norme lors de la publication de documents de cette taille et de cette importance (mises à jour économique, budgets, rapports du vérificateur général, etc.).

Québec a décidé que le rapport «serait connu de tous en même temps», a dit la ministre Vallée, qui en a fait une «question de transparence et d’équité».

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, a réagi brièvement au rapport en disant que la recommandation qui retenait le plus son attention était celle ayant trait à la création d’une Autorité des marchés publics, qui encadrerait ce type de contrats. Il a reconnu l’importance de créer un «fossé» entre le gouvernement et «les donneurs d’ordres».

Le leader parlementaire de l’opposition péquiste, Bernard Drainville, s’est montré satisfait que la commission ait contribué à hisser la lutte à la corruption et à la collusion au rang de «valeur nationale».

Il a déploré que la commission ait accepté d’entendre certains témoins à huis clos et aurait apprécié entendre l’organisateur et collecteur de fonds libéral Marc Bibeau, de même que l’ex-premier ministre Jean Charest.

L’opposition péquiste demande aussi au gouvernement d’adopter un nouveau régime de financement des partis municipaux.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a proposé aux autres chefs de parti de faire un «mea culpa», donc de reconnaître les erreurs du passé et les méthodes douteuses de financement. Il a visé directement le chef du Parti libéral et premier ministre Couillard, qui a refusé, un geste qualifié d’«arrogant» par M. Legault.

Le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, a conclu quant à lui qu’il y avait bel et bien un «lien direct», selon lui, entre le financement des partis et l’octroi de contrats publics.

Il a déploré lui aussi la «légèreté» de la réaction du gouvernement, qui a choisi la «pente glissante du déni», au lieu de faire son «mea culpa».

En Chambre, M. Khadir a été rabroué par le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, parce qu’il proférait des accusations «sans fondement» contre le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

M. Khadir voulait dénoncer le fait que M. Coiteux s’était placé, selon lui, en «conflit d’intérêts» en participant à un cocktail de financement du PLQ de Richmond en avril dernier.

M. Coiteux a tenu à réagir pour dénoncer ce qu’il qualifie de «campagne de salissage» de la part de M. Khadir «qui nage en plein délire».

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