Le conflit étudiant, qui n’est toujours pas réglé, aura donné l’occasion à plusieurs personnalités de s’exprimer dans les médias. Parfois, ce temps sous les projecteurs a mené à quelques dérapages linguistiques qui auront tantôt fait rire, tantôt choqué. Voici donc le gala Métro de ces sorties publiques frappantes!
Catégorie Juste pour rire : Jean Charest
Jean Charest a soulevé un tollé après son passage au Salon Plan Nord, alors que se déroulait à l’extérieur une manifestation qui a rapidement dégénéré en affrontements violents. Le premier ministre a précisé sa pensée quelques heures plus tard, affirmant qu’il avait été mal cité, mais le mal était fait.
«Le Salon du Plan Nord que nous allons ouvrir aujourd’hui, qui est déjà très populaire - les gens courent de partout pour entrer - est une occasion, notamment pour les chercheurs d’emplois. Alors à ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourra leur offrir un emploi, dans le Nord autant que possible.» – Jean Charest
Catégorie Science fiction : Yves Bolduc
Le ministre de la santé, Yves Bolduc, a vivement réagi à la découverte d’une affiche représentant la pochette d’un disque du groupe Mise en demeure chez Amir Khadir. L’affiche montre le premier ministre Jean Charest, mort sur le sol, à côté d’un Amir Khadir armé d’un fusil. M. Bolduc s’est dit inquiet de la signification de l’affiche.
«Honnêtement, moi, je regarde ça et il y a quand même des messages subliminaux qu’on voit dans ça.» – Yves Bolduc
Catégorie Gros ego : Amir Khadir
Au lendemain de son arrestation dans les rues de Québec, Amir Khadir a fait une déclaration pour expliquer son choix de désobéir pacifiquement à l’ordre établi. Sa comparaison avec les actions de Ghandi et de Martin Luther King a toutefois fait beaucoup réagir.
«J’accompagne mon peuple. Je fais ce que Martin Luther King aurait fait, ce que Gandhi aurait fait.» – Amir Khadir
Catégorie Cause toujours : Gérald Tremblay
Excédé par les manifestations qui se succèdent dans les rues de sa ville, le maire Gérald Tremblay a fait un appel au calme à la fin du mois de mai et a demandé aux manifestants armés de casseroles de rester chez eux pour faire du bruit.
«S’ils veulent faire du bruit avec des casseroles, qu’ils le fassent sur leur balcon. On va l’entendre, le bruit. Moi, je suis à Outremont et je l’entends, le bruit. Pas besoin d’aller sur la rue.» – Gérald Tremblay
Catégorie Enflure verbale : Christine St-Pierre
La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a associé le carré rouge à la violence et à l’intimidation après que le conteur Fred Pellerin eut décliné l’invitation de l’Ordre national du Québec, qui souhaitait l’honorer, en raison du climat social tendu. Mme St-Pierre a été forcée de s’excuser en raison de la vague d’indignation causée par sa sortie.
«Il a le droit de porter le carré rouge, on est dans la liberté d’expression, mais nous on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier.» – Christine St-Pierre
Mention à Robert Dutil
À la fin avril, le gouvernement y allait de demandes répétées aux porte-parole de la CLASSE pour que ceux-ci invitent leurs membres au calme. Devant le refus de la CLASSE, le ministre Dutil accuse Gabriel Nadeau-Dubois d’inciter à la violence en ne la dénonçant pas.
«M. Nadeau-Dubois s’exprime avec volubilité, dit toutes sortes de choses et quand on décode, quand on ramasse l’ensemble de ses déclarations et qu’on fait un portrait, on doit constater qu’à la fin ce qu’il dit c’est: tous les moyens sont bons pour obtenir satisfaction, y compris la violence.» – Robert Dutil
Catégorie Double message : Line Beauchamp
Au moment de sa démission, après 14 semaines de grève étudiante, l’ancienne ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a soutenu être «en mode solution». Ne considérant plus faire partie de cette solution, Mme Beauchamp a cédé sa place à Michelle Courchesne, qui a repris un discours semblable, sans toutefois parvenir à une solution.
«Je démissionne parce que j’estime que je ne fais plus partie de la solution.» – Line Beauchamp
Catégorie Joute verbale : Pauline Marois
Pauline Marois et Jean Charest se sont investis dans une joute verbale qui a perduré tout au long de la dernière session parlementaire. Le premier ministre a accusé à maintes reprises la chef de l’Opposition officielle de porter le carré rouge, un «symbole d’intimidation et de violence», alors que Mme Marois a accusé M. Charest de vouloir laisser le conflit s’éterniser, le tout à des fins électoralistes.
«Il faut voir les tensions, la hargne que cela génère dans la société. M. le premier ministre, cela n’a plus aucun sens, vous attaquez le tissu social du Québec.» – Pauline Marois
Catégorie Tourne ta langue sept fois avant de parler : Un négociateur de la CLASSE
Au terme de la quatrième ronde de négociation, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a affirmé qu’un négociateur de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) avait menacé de perturber le Grand Prix. Cette phrase a été dénoncée par le gouvernement, minimisée par la CLASSE et a mené, en partie du moins, à l’annulation de la journée portes ouvertes du Grand Prix du Canada.
«Avec une offre comme ça, on va vous l’organiser votre Grand Prix.» – Un négociateur de la CLASSE
Catégorie Vivement que les cours reprennent : Gabriel Nadeau-Dubois
Le coporte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois a fait mal à quelques oreilles sensibles lors d’une entrevue accordée à Anne-Marie Dussault, à l’antenne de RDI. À quatre reprises, M. Nadeau-Dubois a parlé de «festivaux» plutôt que de festivals! Il s’est d’ailleurs excusé au dictionnaire sur Twitter au terme de son entrevue.
«La CLASSE n’a pas l’intention de perturber les festivaux.» – Gabriel Nadeau-Dubois
Catégorie Maîtresse d’école : Martine Desjardins
Martine Desjardins avait le discours bien imagé à la sortie de la ronde de négociations tenue à la fin avril avec la ministre de l’Éducation d’alors, Line Beauchamp. Frustrée par un nouvel effort infructueux d’en venir à terme avec le conflit, Mme Desjardins a rabroué la ministre Beauchamp.
«On n’est pas dans une classe, la ministre doit arrêter de jouer à la maîtresse d’école, à donner des punitions et des conséquences à tout le monde» – Martine Desjardins
Catégorie Poésie : Léo Bureau-Blouin
Au moment de céder son poste de président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) à Éliane Laberge, Léo Bureau-Blouin a résumé de façon plutôt poétique la crise sociale dans laquelle le Québec est plongé.
«Jamais les jeunes n’ont soufflé aussi fort sur le paysage politique québécois et j’espère que ce souffle se transformera en une bouffée d’oxygène pour un Québec malade qui en a bien besoin.» – Léo Bureau-Blouin
Catégorie Qui veut entrer? : Éliane Laberge
Au lendemain de l’échec de la quatrième ronde de négociation entre les étudiants et le gouvernement Charest, une nouvelle présidente est entrée en fonction à la FECQ. Éliane Laberge n’a pas tardé à aller piger dans les formules du gouvernement en affirmant en point de presse vouloir garder sa porte ouverte pour d’éventuelles négociations, une formule utilisée par le premier ministre Jean Charest la veille. Depuis, deux portes sont ouvertes, mais personne n’est entré.
«Notre porte demeure ouverte.» – Éliane Laberge
Catégorie Dekésséça! : Arielle Grenier
Arielle Grenier a été invitée, avec le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, à prendre la parole à Tout le monde en parle, alors que le conflit étudiant en était encore à ses premiers balbutiements. Se positionnant du côté des carrés verts, Mme Grenier a tenté de faire comprendre à M. Nadeau-Dubois que la grève étudiante ne l’atteindrait pas.
«Il n’y a personne au monde, cette personne n’est pas née encore, qui pourra m’empêcher d’aller à mes cours.» – Arielle Grenier
Catégorie Je frappe (encore) un mur: Jacques Villeneuve
L’ancien champion de Formule 1 est parvenu, en quatre minutes, à se mettre à dos de très nombreuses personnes. Ses paroles, qu’il n’a pas reniées après avoir constaté le tollé causé, lui auraient d’ailleurs valu quelques menaces.
«Je pense que ces gens [les étudiants] ont grandi sans jamais entendre leurs parents leur dire non. C’est ce qu’on voit dans les rues en ce moment. Des gens qui passent leur temps à se plaindre. C’est devenu un peu ridicule. Ils ont parlé, nous avons entendu, et maintenant c’est le temps de retourner à l’école.» – Jacques Villeneuve
Catégorie Je mets de l’huile sur le feu et je m’étonne que ça me pète à la figure: Richard Martineau
Dans un tweet qui a rapidement fait le tour de la twittosphère, Richard Martineau a pointé du doigt certains étudiants buvant de la sangria. Un site web a rapidement été créé pour inonder le compte Twitter de répliques plutôt cocasses.
«Vu sur une terrasse à Outremont: 5 étudiants avec carré rouge, mangeant, buvant de la sangria et parlant au cellulaire. La belle vie!» – Richard Martineau
Hommage à Stéphane Gendron pour l’ensemble de son oeuvre
Alors qu’il était coincé sur le pont Champlain le 20 mars à cause d’un blocage étudiant, le maire d’Huntington et animateur télé, Stéphane Gendron, n’y est pas allé de main morte sur sa page Facebook.
«Les tabarnaks d’étudiants. Les criss, ça va finir dans le sang un moment donné. Ils ne cessent de provoquer… Câlisse on veut aller travailler bande d’esties de puants sales. La bastonnade, c’est pour quand?» – Stéphane Gendron
«Charest doit prendre des mesures pour garantir l’accès aux ponts de Montréal: L’armée et la bastonnade pour les esties de morveux puants sales.» – Stéphane Gendron
«On prend en otage des populations? L’armée, et si on ne dégage pas: On frappe. C’est pas la violence. C’est l’état de droit contre la violence et les agressions étudiantes. – Stéphane Gendron
Hors catégorie : Claude Poirier
Lors d’une chronique à l’émission Salut Bonjour, Claude Poirier a fait une véritable montée de lait contre l’attitude des étudiants qui en veulent aux journalistes de diffuser des images des jeunes qui ont mis des bombes fumigènes dans le métro de Montréal. Refusant de se faire dicter une conduite par ces «petits voyous», il a lâché un «Fuck Y’all» bien senti. Une vidéo qui a circulé énormément sur la toile.
«Fuck Y’all, on ne vous doit rien.» – Claude Poirier