Metro World News Le nombre des désastres naturels a doublé depuis 20 ans, passant de 200 à 400.

Les grandes variations météorologiques ne sont pas seulement dangereuses pour 
la planète, elles 
le sont aussi pour notre santé mentale. 
Métro s’est penché 
sur ce phénomène.

Aux premières lueurs de l’aube, le 1er avril dernier, de fortes pluies provoquent une inondation et des coulées de boue dans la ville de Mocoa, en Colombie. Trois cent quatorze personnes, dont 
92 enfants, perdent la vie, 
400 sont blessées et 106 sont portées disparues.

Cette catastrophe est l’une des plus récentes conséquences du réchauffement planétaire. La topographie, la déforestation et l’élevage intensif de bétail sont quelques-uns des facteurs ayant contribué à amplifier la force destructrice des coulées de boue, avance l’organisation environnementale Corpoamazonia. Bien que de nombreux experts appréhendaient ce désastre, les autorités locales ont ignoré les signes avant-coureurs, et c’est la population qui en a payé le prix.

La catastrophe de Mocoa n’est que la pointe de l’iceberg. Les chiffres révèlent que le phénomène s’aggrave. Un rapport du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes datant de 2015 confirme que 9 catastrophes naturelles sur 10 sont causées par les changements climatiques.

Cette année-là, 98,6 millions de personnes ont été affectées par leurs effets néfastes et ont dû être délocalisées ou ont tout perdu, contre 20 millions il y a 10 ans, selon des statistiques de l’organisation. Le nombre de désastres naturels a doublé depuis 
20 ans, passant de 200 à 400.

Les séquelles des survivants
En 2014, l’association américaine Climate for Health and EcoAmerica, qui regroupe des experts du milieu de la santé, a signalé dans un rapport les effets à long terme (traumatismes, chocs nerveux, sentiments d’incertitude) des désastres naturels. Ces effets sont aussi documentés dans les nombreuses études consacrées aux suicides causés par le syndrome du stress post-traumatique (SSPT) à la suite de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans en 2005. Un résidant sur six y a reçu un diagnostic de SSPT.

De plus, certains gouvernements ne sont pas outillés pour s’occuper de ces problèmes de santé mentale, qui leur sont méconnus. Ceux qui en souffrent sont alors confrontés à la nécessité de vivre dans une société qui ne leur offre aucun soutien. «Si les gouvernements nient les changements climatiques, on ne peut pas s’attendre à ce que les gens comprennent toute l’ampleur du phénomène, avance Manuel Rodríguez-
Becerra, professeur à l’université des Andes, en Colombie, et ancien ministre de l’Environnement. Le débat est très polarisant. Il y a bel et bien une partie de la population qui croit que les changements climatiques sont un problème. Il y a eu une campagne de sensibilisation qui a bien fonctionné. Cela dit, il y a encore beaucoup de gens qui ne comprennent pas toutes les conséquences pour l’avenir de la planète.»

Sur une note plus 
optimiste, des recherches révèlent que les nouvelles générations sont préoccupées par la question et que cela pousse des villes et des communautés à exiger des lois et des politiques encourageant le développement durable et les actions communautaires.

Un des survivants de la gigantesque coulée de boue qui a ravagé la ville colombienne de Mocoa il y a 3 semaines, faisant plus de 323 morts. / Photo: Alejandro Pino/Metro World News

«On peut s’occuper de la vulnérabilité»

Entrevue avec Jeferson Galeano, professeur 
d’éducation de l’environnement à l’université de la Sabana, en Colombie.

Pourquoi y a-t-il de plus en plus de tragédies liées aux catastrophes naturelles?
Le réchauffement climatique est un phénomène naturel et touche toute la planète. L’industrialisation, qui est une activité humaine, accélère le processus de réchauffement, ce qui amplifie les effets néfastes naturels, rendant les pluies diluviennes et les vagues de chaleur plus intenses, par exemple. Cela devient un processus naturel et, quand les citoyens ne sont pas préparés à y faire face, leur bien-être est affecté, comme on l’a vu à la suite de l’ouragan Katrina, qui a causé des ravages, ou de la coulée de boue qui a tué des centaines de personnes à Mocoa, en Colombie, récemment. Au Japon, des secousses sismiques sont régulièrement ressenties, mais la communauté est préparée socialement et 
économiquement à faire face au phénomène

D’ou proviennent les problèmes sociaux et de santé mentale auxquels font face les victimes de catastrophes environnementales?
Le contexte varie d’une communauté à une autre, et donc les conséquences sur l’écosystème environnant diffèrent de l’une à l’autre. Ils seront différents si une personne vit sur le bord de l’eau ou si elle vit dans les montagnes. Les solutions varient donc selon la situation et le contexte, mais l’accès aux services de base – vêtements, sécurité, nourriture, éducation – est essentiel. C’est une question primordiale. Quand on n’a pas accès aux services de base, c’est là que les problèmes commencent. Si je suis un parent qui dépend de ma récolte de tomates pour survivre et qu’une catastrophe naturelle détruit tout, c’est là que les difficultés arrivent et peuvent mener à des suicides, à des affrontements entre communautés et à des violences de toutes sortes.

Donc, plusieurs 
communautés ont 
souffert du phénomène 
du «développement»?
Oui! Le concept de développement a beaucoup changé avec le temps. Jusqu’aux années 1980, le développement était mesuré selon le produit intérieur brut (PIB). Aujourd’hui, on y inclut l’éducation et l’espérance de vie. Le dénominateur commun, dans tous les désastres récents, est que les gens les plus affectés sont ceux qui vivent dans des situations précaires. Les communautés les plus touchées vivent ainsi souvent dans des zones à risque, près de cours d’eau ou de terrains accidentés.

On ne peut pas contrôler certaines menaces, mais on peut s’occuper de la vulnérabilité. Quand on vit dans la pauvreté, avec peu d’éducation, et que notre capacité 
à faire face aux désastres 
est donc faible, notre vulnérabilité augmente de façon importante. Tout dépend 
de la capacité des communautés à faire face aux désastres.

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