Quand on pense au réchauffement climatique, à la fonte des glaces, à la disparition de la faune et de la flore, Demain est gris, Demain est triste, Demain est un cul-de-sac, une catastrophe. Mais si Demain était mieux, beau, possible? Cyril Dion nous donne envie d’y croire.

En juin 2012, la respectée revue Nature publiait une étude signée par 21 scientifiques. Quelques idées qui ressortaient de l’article? «Les changements climatiques, la destruction des ressources et la surpopulation nous amènent à un point de bascule.» «La biologie de la Terre va connaître un bouleversement au moins aussi radical que lors de la dernière glaciation, il y a 11 000 ans.»

Le poète et activiste français Cyril Dion était tombé sur l’article, et tombé, du même coup, de très haut. Bouleversé, il a contacté Mélanie Laurent. L’actrice et réalisatrice, alors enceinte, a à son tour lu l’étude. Et pris pleinement conscience du fait que son enfant risquait de vivre dans ce monde chamboulé. Une fois passé le choc initial, impossible de «rester les bras croisés». «On voulait tous faire quelque chose!»

Ce quelque chose, ce fut un méga road trip – Copenhague, Reykjavik, San Francisco, Détroit, La Réunion– pour trouver des solutions aux bouleversements écologiques et rencontrer des passionnés qui réfléchissent et remédient à ces problèmes, à leur façon. Comme Nick Green, le bien nommé, jardinier en chef de Todmorden, en Grande-Bretagne. Un sympathique docteur en biochimie (et en salopette), spécialiste de l’agroécologie, qui plaide pour «laisser la terre aux gens».

Porté par une musique originale de la Suédoise Fredrika Stahl, à laquelle s’ajoutent des classiques comme What a Wonderful World, interprété par Joey Ramone, le long métrage à la facture hip, qui a remporté le César du meilleur documentaire, propose de repenser l’alimentation, l’agriculture, l’économie… avec le sourire. Comme dit Cyril Dion, qui a dirigé une ONG pendant sept ans : «Il n’est pas trop tard, mais il faut nous bouger! Maintenant!» Go.

Dans le format comme dans le propos, votre film est lumineux, optimiste, rempli d’espoir. C’était vraiment le but, de ne pas tomber dans le «ça ne sert à rien, la planète est gâchée, on va tous mourir de toute façon»?
Dans les dernières années, j’ai regardé beaucoup de documentaires plutôt angoissants sur des questions écologiques. Chaque fois, les gens sortaient de la salle en disant : «Bon, ben, OK. On a compris que ça va mal. Mais qu’est-ce qu’on peut faire?» Je voulais que le film soit une réponse à cette question. Qu’il montre tous les gestes qu’on peut poser.

J’ai aussi été très influencé par un livre de Nancy Huston, L’espèce fabulatrice, qui dit que les êtres humains passent leur temps à inventer des fictions. Après l’avoir lu, je me suis dit que c’était peut-être justement une fiction qui nous avait conduits à construire la société comme ça : à croire que vivre avec beaucoup de confort matériel, avec beaucoup de technologie, allait nous rendre heureux. Donc, la chose la plus forte qu’on pouvait faire pour essayer de changer les choses, c’était de raconter une autre histoire. Qui donne envie aux gens de construire un autre monde.

En voix hors champ, après la présentation de quelques solutions de permaculture qui semblent si simples, et si efficaces, Mélanie Laurent lance: «Alors, pourquoi on ne le fait pas?» On imagine que c’est une question qui vous a rongé pendant tout le tournage? Mais pourquoi on ne fait pas déjà tout ça, partout?
En fait, moi, c’est une question qui me rongeait depuis des années déjà, parce que ces initiatives, je les connaissais avant et j’avais envie, justement, de partager ça avec plein de gens. Je voyais plein de solutions partout et je me disais : on pourrait le faire! Si on est suffisamment nombreux à connaître ces idées, on VA le faire! À un moment ou à un autre.

«Une des choses qui me fait le plus pleurer au cinéma (et dans la vie, d’ailleurs), ce sont des gens qui se mettent ensemble pour accomplir quelque chose de grand.» –Cyril Dion, poète, activiste et coréalisateur de Demain

Un truc que vous rappelez dans votre film, c’est que les ordures peuvent être des ressources incroyables, transformables, réutilisables. Souhaitiez-vous briser les préjugés? Dire : acceptez vos déchets?
Kiss your garbage! (Rires) En fait, c’est un leitmotiv du film: changer notre regard sur les choses. Changer de perspective, changer de point de vue. Donc, effectivement, au lieu de regarder les ordures comme telles, pourquoi ne pas les voir comme des choses précieuses qui, dans quelques années, vaudront très cher? Parce que, quand on aura de plus en plus de mal à extraire des matières premières, que ce sera de plus en plus cher parce que de plus en plus rare, on va se rendre compte qu’en fait, tous ces déchets, c’est des sacrées ressources! Donc, on a plutôt intérêt à les utiliser.

Dans une scène, vous faites jouer la chanson Everybody Knows, de Leonard Cohen, interprétée par Rufus Wainwright. Ce grand morceau semble bien résumer la situation: everybody knows, tout le monde sait. Mais maintenant, tout le monde devrait agir. Non?
Ça, c’est un clin d’œil spécialement pour vous, à Montréal! (Rires) Je trouve que cette chanson raconte tellement de choses! Et puis, j’adore Rufus. C’est un peu à cause de lui que j’ai eu un déclic pour faire ce film. Vous savez, j’étais comédien, j’écrivais de la poésie… Et à un moment, j’ai laissé tomber l’art pour aller vers l’activisme. Mais je me desséchais. Un jour, j’ai été voir un concert piano-voix de Rufus à la Cité de la musique. Il s’exprimait tellement! En plus, sur scène, il est comme à la maison. C’est son «living room area» comme il dit! (Rires) C’était comme un miroir sur tout ce que moi, je ne faisais plus, tout ce j’avais écrasé de moi-même. J’ai démissionné de l’ONG et j’ai dit bon, allez! Il faut absolument que je recommence à créer en essayant d’être utile. Faire ce film, c’était une façon de réunir les deux parties de moi-même qui étaient un peu écartelées.

Parlant de créativité, qu’en est-il de tous ces plans où vous imitez la pochette d’Abbey Road, avec John, Paul, George et Ringo?
On appelait ça les Plans-B, quoi. Les Plans Beatles! (Rires) Chaque fois qu’on visitait un lieu, on s’en faisait un. C’est devenu un running gag. Qui donnait un aspect «on ne se prend pas au sérieux» au film. Il fallait des moments plus légers! Il faut qu’on rie, quoi! Parce que rire, c’est ça qui nous permet d’avoir de la distance. C’est ça qui nous permet d’arrêter de nous prendre au sérieux, et de nous dire ben oui, dans le fond, libérons notre créativité!

Diriez-vous que ce film, c’est un peu votre «meilleur de», votre «best of» des solutions pour changer le monde?
Oui! (Rires) En fait, c’est un peu tout ce que j’ai l’impression d’avoir appris et compris depuis 10 ans. Dans ce film – comme dans le livre qui l’accompagne, et qui sort d’ailleurs au Québec, chez Actes Sud – j’ai eu envie de partager tout ce que j’ai vu depuis des années. C’est pour ça qu’on a fait une mise en scène comme un road movie: pour vraiment permettre aux gens de partir en voyage avec nous.

Demain
En salle dès le 27 mai

Le 22 avril, à 10 h en version française, au cinéma Beaubien.
Et, à la même heure en version anglaise, au cinéma du Parc.

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