Ici en Amérique du Nord, nos légendes automobiles ont des noms un peu plus communs. Lorsqu’on pense aux grands visionnaires du domaine, on pense à Shelby, Enzo, Ferdinand ou même Musk. Mais au Japon, il existait un homme tout aussi légendaire qui a su faire sa marque dans l’industrie d’une manière un peu moins conventionnelle. Comme les voitures qu’il a mises au point, Kenichi Yamamoto était souvent mal perçu, œuvrant dans l’ombre des géants, mais comme ses créations mécaniques tout à fait uniques, l’impact qu’aura eu Yamamoto aux yeux des passionnés est incomparable.

Kenichi Yamamoto est décédé hier, au Japon, à l’âge de 95 ans. Il est l’homme qui a apporté l’idée du moteur rotatif de type Wankel aux véhicules Mazda. Il est celui qui a aidé à élaborer deux des voitures sport japonaises les plus légendaires du 20e siècle : la Mazda Cosmo et la Mazda MX-5.

L’homme qui a sauvé Mazda

Au début des années soixante, le gouvernement japonais développa un plan industriel permettant au pays de grandir économiquement. Ce plan incluait, entre autres industries, la manufacture automobile. Voyant le succès commercial de certains constructeurs comme Toyota, Nissan et Isuzu autant au Japon qu’à l’international, le gouvernement japonais proposa un programme de subventions pour ses « constructeurs de choix ». Ces entreprises manufacturières deviendraient les marques « chouchous » de l’état.

À l’époque, Mazda, qui se nommait Toyo Kogyo et qui n’était qu’un constructeur niche de petits camions industriels, ne figurait pas dans l’entente. Si Mazda voulait demeurer vivante dans cette nouvelle ère industrielle fort concurrentielle, elle devait se démarquer sur le plan de l’ingénierie.

Peu de temps avant l’annonce économique de l’état, Mazda venait tout juste de signer une entente avec le constructeur allemand NSU – l’ancêtre d’Audi – pour produire en masse le moteur rotatif de Felix Wankel (l’inventeur du moteur rotatif). Yamamoto, qui venait tout juste d’être promu chef du design des moteurs et des véhicules chez Mazda, voyait un potentiel économique à cette entente. Pour lui, le moteur rotatif permettrait à Mazda de se distinguer des autres constructeurs japonais. Ayant l’approbation d’un des grands dirigeants de l’entreprise, Tsuneji Matsuda, qui tomba rapidement en amour avec l’idée du moteur rotatif, Yamamoto décida donc, avec l’aide de son équipe, de concevoir la première voiture sport munie d’un moteur du genre : la Mazda Cosmo.

L’idée fut non seulement révolutionnaire, mais aussi un peu absurde. Personne n’en comprenait vraiment l’utilité et le moteur rotatif était une technologie qui avait, jusqu’à ce jour, eu de la difficulté à se montrer viable.

Le bolide fut d’abord présenté au Salon de Tokyo en 1963. C’est là où Yamamoto et Matsuda ont tenté de vendre la technologie à des investisseurs potentiels et convaincre au grand public qu’un moteur rotatif peut être utilisé à des fins de performance. Ils ont ensuite fait le tour du Japon à bord de la Cosmo, rencontrant des concessionnaires et des banques afin de sécuriser l’avenir de la marque Mazda en la promouvant en tant qu’entreprise hautement technologique.

Les efforts portèrent ses fruits, et Mazda recevait, elle aussi, le support du ministère du Commerce international et de l’industrie (MITI), lui permettant d’obtenir les subventions nécessaires à sa croissance. Voilà l’importance du moteur rotatif pour Mazda.

Mais surtout, l’impact qu’aura eu Yamamoto au sein de l’entreprise. La Cosmo donna ensuite naissance à la RX-7, ce qui fut probablement l’une des voitures sport japonaises les plus iconiques jamais produites et la seule voiture sport équipée d’un moteur sans pistons.

En 1985, Yamamoto fut promu président de Mazda et ensuite président du conseil d’administration en 1987. Il a ensuite approuvé le projet MX-5 (Miata), une idée venue originalement d’un journaliste automobile américain qui proposa de faire renaître la petite décapotable (Roadster) anglaise sous un nom japonais – question qu’elle démarre à tous coups. Yamamoto sauta sur l’occasion de la construire. Pour lui, c’était une idée de génie. Et il avait raison d’y croire, car la Mazda MX-5 existe encore aujourd’hui, 30 après son invention.

C’est également sous l’administration de Yamamoto que Mazda vit son plus grand succès en course automobile. C’est à bord de la 787B, la seule voiture de course disposant d’un moteur rotatif, où le constructeur nippon remporta sa première victoire aux 24 heures du Mans en 1991. Mazda demeure, à ce jour, le seul constructeur japonais à avoir remporté l’épreuve fastidieuse.

Kenichi Yamamoto a pris sa retraite en 1992, mais son implication demeure aujourd’hui très présente chez Mazda. À ce jour, le constructeur demeure fidèle à la conception de produits uniques et un peu différents. Récemment, on nous a présenté le moteur SKYACTIV-X, un moteur à essence qui ne consommera presque rien du tout. La MX-5, quant à elle, n’a jamais été autant amusante à conduire et si vous posez la question aux gens de Mazda, il y’a, quelque part dans les coulisses de l’entreprise, un nouveau moteur rotatif actuellement en conception.

Si tout ça ne fait pas de Kenichi Yamamoto une légende à vos yeux, alors je ne sais pas ce que ça vous prend. Cependant, si vous êtes passionnés de voitures sport et de tout ce qui sort de l’ordinaire, vous vous devez, au moins, de lever votre verre à un individu qui a osé faire les choses autrement au risque de tout perdre.

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