Amine Esseghir/TC Media Le niveau de la rivière lors des inondations de mai est encore visible sur les immeubles de la rue Cousineau.

Deux mois après les inondations printanières, des locataires sinistrés sont toujours logés dans des hôtels et peinent à trouver un logement qui leur convient et en fonction de leurs revenus.

Mohamed Abaka Mustapha se dit épuisé. Depuis que le demi-sous-sol sur la rue Cousineau à Cartierville qui lui servait de demeure a été inondé, il réside dans la chambre d’hôtel que lui procure la Croix-Rouge à titre d’hébergement d’urgence.

«Pour des adultes, cela est supportable, mais pour trois enfants, dont deux jumeaux en bas âge, cet espace étriqué n’est pas vivable», dit-il. Son espoir le plus cher est de trouver un autre logement en fonction de ses revenus.

M. Abaka ne travaille pas. Cet immigrant originaire du Tchad nouvellement arrivé n’a pas encore sa carte de résident permanent. Il est toutefois en règle, car il a déjà son Certificat de sélection du Québec.

«Je crois que c’est cette situation qui fait qu’on me refuse un logement social», croit-il.

Un peu plus bas sur la même rue, Hichem Mebarek n’en peut plus de classer la liasse de documents administratifs qu’il a constituée depuis qu’il a été évacué par les pompiers le 7 mai, à 4h du matin.

«Je suis toujours à l’hôtel et je ne sais pas combien de temps cela va durer», soupire-t-il.

Il refuse catégoriquement de retourner vivre dans l’appartement qu’il loue depuis près de 10 ans.

«L’inspection de la Ville est claire, l’immeuble est inhabitable», soutient-il en présentant le certificat fourni par l’arrondissement.

Il ne comprend pourquoi le service de référence de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) se contente de lui présenter des annonces de logements en location. Un appartement dans le privé est trop cher pour 670 $ qu’il payait par mois.

Il espérait être relogé dans un HLM. «On me dit que mes revenus sont trop élevés, je ne savais pas que j’étais riche», plaisante-t-il.

Embauché par une école privée, il perçoit 25 000 $ annuellement. En 2016, il a augmenté son salaire à 36 000$  grâce à un second emploi d’agent d’entretien et une allocation chômage.
«J’ai dû prendre « un deuxième job » l’année passée pour pouvoir faire venir ma femme que j’ai parrainée», explique-t-il.

Pour des gens dans le besoin
«Nous n’avons jamais reçu le mandat de fournir des logements aux sinistrés», assure Valérie Rhème, chargée de communication à l’OMHM.

Par ailleurs, les critères pour bénéficier d’un logement social sont très stricts.

Dans le cas de M. Mebarek, un couple avec un enfant, il faudrait avoir un revenu de moins de 32 500$ et les listes d’attentes sont longues.

«Si parmi les sinistrés il y a des gens déjà inscrits chez nous, il est sûr que leur ordre de priorité change à cause de la situation d’urgence. Sinon, les HLM sont destinés aux ménages à faibles revenus.»

«Les critères de l’OMHM sont immuables, observe Harout Chitilian, conseiller de Bordeaux-Cartierville qui soutient M. Mebarek dans ses recherches. Mais, ils m’ont promis de l’accompagner pour trouver un logement privé.» Pour l’élu local, les pistes à explorer sont les ONBL d’habitation ou les coopératives.

En attendant, M. Mebarek a renouvelé l’hôtel le 20 juin pour une semaine encore. Il craint qu’un jour ou l’autre sa demande ne soit plus recevable.

«Tant que les sinistrés n’ont pas de logements, la Croix-Rouge continuera à leur fournir un hébergement. Personne ne restera à la rue», assure Carl Boisvert, porte-parole de l’organisme de secours.

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