MONTRÉAL — Lid arrive au bout de sa réserve de couches et de lait maternisé. Après, la maman, qui a demandé l’asile au Canada, ne sait pas trop comment elle va se débrouiller avec son nouveau-né de quelques jours, dans son appartement infesté de coquerelles.

C’est pour des familles comme la sienne, nouvellement arrivées au pays, et qui se trouvent dans une situation précaire, que le Comité pour l’accueil des nouveaux arrivants de Bordeaux-Cartierville lancera mardi un appel urgent à la générosité du public.

Lid n’est pas son vrai nom. Elle n’ose le révéler pour ne pas nuire à ses démarches auprès des autorités d’immigration. «Parce qu’après, on n’a nulle part où aller».

Elle est arrivée au Canada l’an dernier, comme des milliers d’autres, par le chemin Roxham, à la frontière des États-Unis, près de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Elle a franchi la frontière avec son mari et son petit garçon, mais les mains vides après un long périple depuis l’Amérique du Sud, en passant par de nombreux pays. Elle raconte avoir marché parfois des jours à la fois dans la forêt, et avoir effectué d’autres segments dans des conteneurs.

«Plusieurs sont morts pendant le parcours». Elle a aussi perdu deux amies, rapporte-t-elle.

La femme est à Montréal depuis l’été dernier. Le bébé est né ici.

«En sortant du stade (olympique, où beaucoup de réfugiés ont fait un séjour à leur arrivée), j’ai gagné à la loterie», a-t-elle dit en regardant sa petite fille. Elle avait appris à ce moment qu’elle était enceinte.

Elle est partie de chez elle comme bien d’autres quand la vie est devenue intenable, a raconté la femme dans la trentaine, dans son appartement aux meubles abîmés et aux objets dépareillés, sans télé ni radio, pendant que des insectes se promenaient sur les murs.

Même si son mari travaille — et elle aussi, dans une usine, jusqu’à ce qu’elle fut proche d’accoucher — cela ne suffit pas aux besoins de la famille, qui a dû repartir de zéro, sans vêtements, ni meubles, ni argent.

Et les couches et le lait maternisé — dont elle a besoin, car sa petite fille est née hypoglycémique et que son lait maternel ne suffit pas — coûtent très cher.

Elle en a reçu gratuitement jusqu’à maintenant, a-t-elle confié, répétant que les «gens d’ici» sont très gentils. «Mais je ne sais pas quoi faire quand ça va être fini.»

Grâce à la générosité de gens et l’aide d’organismes locaux, elle a notamment reçu un ensemble layette de départ, une poussette, un moïse et un lit de bébé. Malheureusement, le landau est sans coquille de transport — donc inutile pour le moment vu la taille du bébé — et il manque des morceaux au lit de bébé. Elle aimerait mettre la main sur un berceau.

Ainsi que déménager. Son propriétaire a installé des trappes à coquerelles sur le plancher, mais elles ne suffisent pas. «Ce n’est pas bon pour le bébé», dit-elle avec hésitation. Elle hésite à quitter son deux pièces dans un sous-sol, car elle n’a pas l’argent pour l’instant pour s’acheter des électroménagers.

Elle n’est pas seule à avoir besoin. Les intervenants terrain de Bordeaux-Cartierville, à Ahuntsic dans le nord de l’île de Montréal, où se sont installés de nombreux demandeurs d’asile, disent n’avoir jamais vu une telle situation, tant pour ce qui est du nombre de familles démunies que de la gravité des cas. Et c’est beaucoup en raison de l’arrivée de nombreux demandeurs d’asile depuis un an.

Le Comité, piloté par la Table de quartier de Bordeaux-Cartierville, espère obtenir des dons et effectuer une redistribution de ce qu’ils auront obtenu aux familles dans le besoin.

Il a organisé une conférence de presse mardi à 14 h à La Corbeille Bordeaux-Cartierville pour expliquer l’état de la situation dans le quartier.

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