Le Centre communautaire Laurentien (CCL) dispense des connaissances et des apprentissages religieux musulmans, mais se défend de diffuser de la propagande intégriste, comme certains médias l’en ont accusé. Entretien avec un responsable du CCL, Samer Elniz, qui a accepté de rencontrer le «Courrier» et d’ouvrir les portes de sa mosquée Al-Rawdah.

«Le jour de la publication de l’article, j’ai reçu des dizaines d’appels de parents qui demandaient si c’était sécuritaire de ramener les enfants pour des activités», raconte Samer Elniz, directeur exécutif du centre. Une situation difficile pour un centre qui dit vouloir s’intégrer à la communauté.

Questions de sécurité
Interrogés au sujet des accusations qui pèsent sur le CCL et ses liens suspects, les élus locaux ont évité la question et renvoyé la balle à une plus haute instance. «M. Fournier n’a jamais eu connaissance, avant la publication de l’article du «Journal de Montréal», de l’existence possible de liens entre le centre communautaire Laurentien et la mosquée Al-Rawdah avec des réseaux destinés à diffuser de la propagande islamiste, a expliqué Félix Rhéaume, attaché de presse de Jean-Marc Fournier, député de Saint-Laurent. S’il existe un doute quant à la sécurité, c’est à la sécurité publique de faire enquête.»

Un avis partagé par Maria Mourani, députée fédérale indépendante, candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) pour la circonscription fédérale d’Ahuntsic-Cartierville. «Dans ce genre de situation, s’il y a des fondements dans ce qui est dit, il faut qu’il y ait enquête policière et que les autorités compétentes agissent, assure-t-elle, le jour de son investiture. Est-ce que c’est des rumeurs ou autres choses? Je ne le sais pas, je viens de rencontrer les animateurs de cet organisme.»

Les publications douteuses
Quant aux livres de propagandes cités dans les médias, M. Elniz assure qu’il n’y en a pas dans ses locaux. «Je vérifie tout ce qui s’affiche sur les murs du CCL, mais on ne peut pas tout contrôler», avoue-t-il. Quant aux ouvrages que son organisme distribue gratuitement, on trouve un «petit guide pour comprendre l’islam» et un livre intitulé «dialogue entre un chrétien et un musulman». Des argumentaires pour un prosélytisme actif, mais dans un discours pacifique dénué de toute violence.

S’il est fier de faire visiter les locaux du CCL, c’est que M. Elniz souhaite en faire un lieu de rencontre et de convivialité. «Nous voulons que les membres de la communauté aient un lieu de rassemblement, mais que les gens du quartier sachent aussi qu’ils sont les bienvenus.»

La mosquée
Dans les locaux du centre, l’ambiance est calme. La mosquée est à l’étage. «Elle peut accueillir 700 personnes», indique M. Elniz. Alors que d’habitude, un mur sépare les fidèles selon leur sexe, dans ce lieu de prière, une simple rampe de bois délimite les deux zones, faisant en sorte que les hommes et les femmes se voient et se parlent. «Des membres de la communauté nous ont demandé de séparer par un mur les deux parties de la salle de prière, nous avons refusé», signale M. Elniz.

Une dizaine de salles de cours ou de pratiques sportives ont été aménagées dans le CCL, notamment une salle de gym et deux dojos pour pratiquer le taekwondo et le judo. «Nous avons une salle de gym avec des horaires pour les femmes et d’autres pour les hommes. Pour les arts martiaux, les pratiques sont mixtes», fait observer le directeur du CCL. Le centre offre des cours d’arabe et d’apprentissage du Coran, mais aussi une panoplie d’activités sociales et éducatives principalement à l’adresse des jeunes.

Du bénévolat, des actes de charité, une collecte de vêtements pour la Syrie, des clubs de discussions pour les adolescents, une campagne de don du sang avec HÉMA Québec, il propose aussi un service de rencontres pour les mariages dans la communauté musulmane et des cours d’art plastique. Une bibliothèque dispose également de nombreux ouvrages sur le culte musulman. Rien de suspect à première vue.

Le défi d’aller vers l’autre
S’il assure que le CCL veut développer des relations courtoises avec le voisinage et les autres organismes, religieux ou non du quartier, M. Elniz admet qu’il a des efforts à faire pour aller à la rencontre des autres. «On doit bouger, il n’y a pas eu suffisamment de travail au niveau de la communication», déplore-t-il. Il prévoit organiser une journée portes ouvertes le 15 février avec pour thème «qui sont les musulmans?» Il assure toutefois que les activités du centre et de la mosquée sont tout à fait transparentes. «Nous avons une chaîne YouTube pour diffuser tous nos prêches, en arabe et en français|

Relations suspectes

Le directeur du CCL affirme que les publications de propagande haineuse sont interdits dans son établissement.

Le directeur du CCL affirme que les publications de propagande haineuse sont interdits dans son établissement. Photo : Amine Esseghir/TC Media

«Nous avons un programme très varié de conférences présentées par des experts», signale M. Elniz. C’est justement à l’occasion de certaines conférences que le CCL a été cité dans les médias.
L’organisme avait invité Ekrima Sabri en 2009 pour donner une conférence. M. Sabri est l’ancien mufti de Jérusalem (haute autorité de jurisprudence musulmane), accusé d’encourager les attentats suicides en Israël.

En 2011, il avait également accueilli Abdur Raheem Green et Hamza Tzortzis, deux prédicateurs islamistes dont les propos controversés sur l’amputation des voleurs et le châtiment des homosexuels avaient suscité une vague de protestation qui est arrivée jusqu’à l’Assemblée nationale du Québec. C’est cette instance qui a été évoquée par Djemila Benhabib dans un texte publié en 2012 à propos des petites filles voilées. Une photo de fillettes, portant le hijab, inscrites au Centre avait été publiée pour illustrer le propos de Mme Benhabib dans un blogue. Cela lui a valu une poursuite intentée par la mère des petites filles.

Quant aux liens du CCL avec la Muslim association of Canada (MAC), qui se réfère aux frères musulmans d’Égypte, M. Elniz les assume entièrement, mais écarte toute accusation de soutien aux groupes extrémistes. Il soumet à ce propos la déclaration en anglais publiée par la MAC le 28 janvier. «Quand des allégations spécifiques sur la relation d’IRFAN avec des groupes dont les valeurs sont en contradiction avec celles de la MAC ont surgi, nous avons immédiatement arrêté toutes les donations à ce groupe», lit-on dans la déclaration de la MAC. IRFAN est «l’International Relief Fund for the Afflicted and Needy», un organisme de charité, actif au Québec et en Ontario classé par le Canada comme une entité du financement du terrorisme depuis avril 2014.

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