TC Media/Catherine Paquette Le travailleur de rue Yannick Paradis arpente depuis 10 ans les rues du quartier pour l’organisme Dopamine.

Dans quelques semaines, le travailleur de rue Yannick Paradis raccrochera son sac à dos, après avoir parcouru des centaines de kilomètres dans le même quadrilatère pour l’organisme Dopamine. Des appartements aux «crackhouses», en passant par les parcs, il témoigne d’un quartier où l’entraide prime sur la misère.

Yannick Paradis côtoie depuis 10 ans les résidents les plus vulnérables de Hochelaga-Maisonneuve. Son travail permet de créer progressivement des liens avec les personnes marginalisées afin de leur offrir du soutien, les référer à d’autres organismes et prévenir les infections transmissibles sexuellement (ITSS).

«Les gens m’appellent pour toutes sortes de choses. Pour aller plaider à la cour, ou juste pour jaser. Ou encore pour aller chez le médecin. Quand ça fait 10 ans que tu vis dans le déni, aller chez le médecin ça peut faire peur», raconte-t-il, attablé dans un café de la rue Ontario.

L’intervenant a commencé à travailler avec Dopamine à l’âge de 25 ans, après avoir eu comme mentor Luc Morin, ex directeur-général de l’organisme.

Dans son sac à dos, Yannick Paradis transporte depuis un an la dose nécessaire de Naxolone (antidote qui inverse les effets des opiacés comme l’héroïne) pour sauver la vie de quelqu’un qui serait en overdose. Signe que son travail est reconnu par les gouvernements, estime-t-il.

«Heureusement, je n’ai jamais eu à m’en servir», affirme-t-il.

Toutefois, «Hochelag» est à ses yeux loin d’être la piquerie dépeinte dans les médias depuis si longtemps.

«Hochelaga-Maisonneuve n’est pas une montagne de seringues, affirme le travailleur de rue. On en trouve beaucoup moins que ce que les gens peuvent penser.»

D’abord, beaucoup de récupération de seringues s’effectue par les organismes du quartier, assure-t-il. Mais surtout, les résidents du quartier manquent d’information et ont une image déformée de ce qui s’y déroule.

«L’entraide est le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à Hochelaga», affirme-t-il d’emblée lorsqu’on lui demande de décrire son lieu de travail.

«Sur le terrain, mais aussi chez les citoyens, les gens sont prêts à coexister. Les résidents m’appellent beaucoup plus parce qu’ils sont inquiets pour la fille en bas de la rue que pour la déloger.»

Approche essentielle
En quelques années, davantage de travailleurs de rue ont investi les parcs et ruelles de la ville. Dopamine en compte maintenant quatre, dont deux pour le secteur jeunesse, deux pour le secteur adulte. Les organismes Stella et L’Anonyme font aussi du travail de proximité, à l’échelle montréalaise.

«Il en faut encore plus. C’est une approche qui fonctionne à Hochelaga-Maisonneuve», indique le travailleur de rue. Selon ce qu’il a pu constater, ses allées et venues sont essentielles pour maintenir une bonne cohabitation entre les gens qu’il aide et les nouveaux résidents du quartier.

Transformations
Son travail d’intervention et son rôle ont changé au rythme des transformations qui s’opèrent Hochelaga-Maisonneuve, dont la clientèle se diversifie.

«Tous les nouveaux commerces, ça crée une mouvance. Il y a huit ou neuf ans, je me tenais sur la rue Ontario. Là, avec la Place Simon-Valois ce n’est plus le même monde du tout», soutien-t-il.

La façon de consommer des gens a aussi évolué grandement au fil du temps. Si le nombre de seringues est selon lui à la baisse, la quantité de drogues prescrites qui se retrouvent sur le marché noir est à ses yeux alarmante.

Selon des chercheurs montréalais, 40 % des utilisateurs de drogues consommaient des opiacés en 2011.

Bien que le travail de Yannick Paradis l’amène à vivre avec les gens des situations difficiles, son quotidien est aussi parsemé de bons moments, de petites et de grandes réussites.

Car une fois coordonnateur clinique pour Dopamine, poste qu’il occupera bientôt, le travailleur de rue continuera de recevoir les coups de téléphone de personnes qui ont finalement redonné un sens à leur vie.

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