Courtoisie Prise de vue du cockpit de LHASA - les quais disparaissent sous l'eau, les bateaux flottent.

Après notre rendez-vous écourté avec la ville de New York, nous nous dirigeons vers la baie de Sandy Hook dans le New Jersey, question de finir notre préparation avant de goûter pour la première fois en famille aux eaux de l’Atlantique.

Une première navigation

L’endroit est agréable, les services, proches,  la température, clémente.  Nous nous y attardons donc, alternant travaux sur le bateau et visite au parc ou à la plage, au grand bonheur de nos filles.

Le glas de ces vacances sonne par une belle fin d’après-midi, une semaine après leur début: une tempête tropicale -Sandy – se dirige droit sur nous, au plus avons-nous 4 jours  pour nous mettre à l’abri.

Nous bâclons le plus important sur notre liste et, avant l’aurore le lendemain, nous levons l’ancre vers la baie du Delaware, une naviguation de plus de 24 heures. Nous espérons nous abriter dans le canal entre cette baie et sa voisine, la baie de Chesapeake.

Une fois doublée la pointe de Sandy Hook, c’est l’océan qui nous accueille avec ses vagues brutales venant du large. Privé de vent, fonctionnant à moteur, le voilier roule comme un bouchon de liège. Nous ne nous sentons d’abord pas très frais, mais heureusement, tout le monde retrouve ses couleurs en après-midi.

Avec la disparition du soleil revient le malaise: les vagues ont redoublé de violence, le bateau roule brutalement, s’inclinant comme un pendule entre babord et tribord. Heureusement, les filles s’endorment vite. Mais  pour nous commencent les quarts de nuit.

Lorsque je prends le quart à 3 heures  du matin, nous sommes dans la Baie du Delaware. Mais nous ne sommes pas les seuls aux petites heures du matin à naviguer dans le coin: d’énormes porte-conteneurs, murs sombres, monstrueux et insensibles, avançant à toute vitesse, se dressent parfois devant ou derrière nous. Ces obstacles silencieux et menaçants surgis de nulle part ponctuent mon séjour derrière la barre.

Lorsque nous mouillons l’ancre après 36 heures de navigation, un coup d’œil à la météo révèle une mauvaise surprise: la trajectoire de Sandy s’est infléchie vers le sud, sur nos talons. Nous sommes maintenant presqu’en plein dans son chemin. Que faire pour protéger bateau et mousaillons ?

La tempête fait rage

Quelques heures après, nous levons l’ancre pour nous diriger vers Georgetown, au fond de la rivière Sassafras.

Nous naviguons encore jusqu’au coucher du soleil.

Le lendemain, le ciel est lourd et menaçant. Les oies sauvages poussent des cris affolés en volant en désordre vers le nord: l’ouragan arrive au sud.  Nous enlevons toutes les voiles: ainsi dépouillée, Lhasa donnera moins de prise aux vents violents qui s’acharneront sur elle.

La pluie s’installe, de plus en plus drue. Les prévisions météorologiques, de plus en plus précises d’heures en heures, révèlent que nous serons en plein dans l’oeil (2) de la tempête. Nos préoccupations sont doubles: les enfants et le bateau. Nous trouvons un quai où nous amarrons Lhasa à double tour, on nous offre une chambre dans une auberge adjacente où je vais me réfugier avec les filles.

Occupées à dessiner, à faire de l’origami ou à se maquiller en prévision de l’Halloween, ce n’est que le lendemain que mes filles auront conscience de l’ampleur de la tempête qui leur est passée au-dessus de la tête.

Yanick, par contre, resté au bateau pour veiller sur celui-ci, sent le vent augmenter d’heures en heures. Dehors, les amarres qui nous relient au quai souffrent et se plaignent. Fouetté par la pluie qui tombe à torrent, Yanick sort régulièrement vérifier l’état de celles-ci: si l’une d’entre elles lâchait, ce serait l’urgence.

Autrement, il s’affaire à éponger l’eau qui coule dans le bateau.

Au milieu de la nuit, le vent tombe tout à coup: c’est l’oeil qui passe. En plein jour, on peut parfois même y voir le soleil. Yanick veille, s’attendant à tout du retour des vents. Heureusement, ceux-ci reviennent calmés et il se couche quelques heures.

Marée haute

À son réveil, les eaux ont montés. Rapidement, la marée haute engloutit les quais, puis les bornes électriques posées à quelques pieds au-dessus de ceux-ci.

Lorsque les filles et moi descendons de l’auberge au matin, plage et quais ont disparus. De façon surréelle, les bateaux flottent, attachés à des poteaux qui sortent de nulle part à travers les vagues. Quelques hommes généralement âgés, hagards et consternés, se tiennent au bord de l’eau et nous jetent des regards surpris.

Comme la marée descend, Yanick arrive à nous rejoindre pour déjeuner avec nous. Mais Sandy n’a pas dit son dernier mot. Le repas n’est pas terminé qu’on vient nous avertir qu’il nous faut partir. En effet, les vannes d’un barrage en amont s’ouvriront en début d’Après-midi, libérant des déchets de grande taille dans la baie et rendant la navigation périlleuse.

Nous voici donc repartis sur des eaux tumultueuses suite au passage de l’ouragan. Le bateau tape dans la vague courte et rapprochée, pendant huit heures, nous avons l’impression de naviguer dans la grosse caisse d’une fanfare folle.

Heureusement que ce n’est pas ainsi tous les jours!

Pour en lire plus, visitez : www.voilierLHASA.wordpress.com

(1) Genois: voile de grande envergure située à l’avant sur un voilier

(2) Oeil de la tempête: zone d’accalmie située en général au plein centre de la formation orageuse

Catherine Desgagnés

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