Je déteste me retrouver du même côté que quelqu’un dont je ne partage absolument pas les opinions parce que je me sens alors toujours un petit peu sale. Et je ressens ainsi l’urgent besoin de courir pour aller prendre une douche.

C’est exactement ce qui m’est arrivée après que la sphère Twitter ait littéralement explosée après la déclaration du sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu. Je me suis alors souvenue des paroles de l’auteur américain, Tim Seidell (@badbanana sur Twitter) : «Pour toute action, il y a une réaction égale et opposée. Et une enflure démesurée des médias sociaux.»

Voici ce qu’a déclaré M. Boisvenu aux reporters : «Dans le fond, il faudrait que chaque assassin (ait) droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie. Mais je suis contre la peine capitale.»

Il a lâché ces paroles en plein processus d’adoption du controversé projet de loi C-10 modifiant le code criminel canadien, avant une réunion du caucus conservateur.

Les réactions furent, bien sûr, instantanées et indignées. Tout y passa, de «stupide» à «irresponsable», en passant par «odieux». Tout ça lancé par de simples citoyens, des journalistes, des experts en politique, des spécialistes en prévention du suicide et l’Opposition.

Les réactions de l’Opposition me laissèrent plutôt froide, parce que c’est là sa raison d’être; s’opposer et être outragée par à peu près tout ce que fait le gouvernement.

Mais les réactions du grand public me rendirent un tantinet perplexe. Alors que les commentaires de M. Boisvenu sont loin d’être acceptables (d’autant plus qu’il siège sur un comité étudiant la justice criminelle), je ne suis pas particulièrement perturbée par sa déclaration.

Il s’agissait là d’une opinion émanant de quelqu’un qui a des idées très arrêtées sur le sujet et qui ne les a jamais cachées. M. Boisvenu est un politicien, mais aussi le père d’une fille qui fut enlevée, violée et abattue par un criminel récidiviste. Je peux rester assise là à prétendre que mes opinions sur la peine capitale ne changeraient pas même si l’un de mes proches était brutalement abattu, mais je ne le sais pas vraiment, et à vrai dire, vous non plus.

Après tout, plusieurs citoyens de ce pays partagent ses opinions sur les droits des victimes et il n’y a rien qui fondamentalement nous empêche d’avoir un débat public là-dessus. Une récente étude d’Angus Reid pourrait vous étonner. 62% de la population canadienne est en faveur de la peine capitale et un spectaculaire 65% chez les Québécois. On n’est pas si différents des Américains, n’est-ce pas?

Pour votre information, je suis contre la peine capitale, mais en faveur de la liberté d’expression. Je suis aussi en faveur du suicide assisté. Alors, assister à un débat déclenché par quelqu’un qui appartient à un parti politique qui réclame des peines plus rigoureuses au criminel, tout en refusant de rouvrir le dossier du suicide assisté, me laisse perplexe. Donc des criminels devraient avoir le droit de mourir, mais pas des malades en phase terminale?

Voilà pourquoi la journaliste Molly Ivins disait : «La démocratie implique une savoureuse dose de confusion.» La vie en général aussi, ajouterais-je.

Ce qui doit être débattu cependant est si M. Boisvenu devrait siéger sur un comité qui étudie un projet de loi d’ordre criminel, permettant ainsi à ses opinions personnelles d’influencer une politique gouvernementale. Ce qui peut être également débattu est l’argument de M. Boisvenu sur les coûts élevés du système judiciaire actuel, alors que l’on tente d’adopter un projet de loi dont les retombées seront des plus onéreuses.

Les crimes ont diminué au cours des dernières années, alors que les conservateurs vantent les mérites d’un projet de loi qui augmenterait les peines carcérales et les dépenses inhérentes à de telles politiques. Ce projet de loi coûtera à l’Ontario seulement, plus d’un milliard de dollars en frais supplémentaires reliés aux effectifs policiers et aux services correctionnels.

Plusieurs Canadiens craignent que le projet de loi C-10 augmente le nombre de détenus dans nos prisons déjà surpeuplées et le nombre d’individus en libération conditionnelle; ce qui créera une surcharge de dossiers à devoir être gérés par les agents de libérations conditionnelles. Plus grave encore, la plupart des détracteurs de cette loi craignent que le pays ne soit pas plus sécuritaire, mais plus intolérant.  

Quant au citoyen qui vient de déposer une plainte au criminel contre le sénateur, même si les propos de ce dernier étaient douteux, il n’y a pas eu violation du code criminel pour autant.

La seule chose que M. Boisvenu a pu lui-même  prouver est que si l’on donne suffisamment de corde à un homme pour qu’il se pende, il le fera.

  

 

 

 

 

 

 

 

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