J’ai toujours été un ardent partisan de la présomption d’innocence. Pour moi, le plus grand crime qu’une société peut commettre, c’est de condamner une personne qui n’est pas coupable. Et, pourtant, dans les premiers instants où l’affaire Shafia a été révélée au public, il m’apparaissait évident que le père était l’un des responsables de ce terrible drame.

On connaît la suite. Au fil des témoignages et des contradictions des accusés, il devenait de plus en plus évident que la mort de Zaïnab, Sahar, Geeti et Rona n’était pas un accident. Les enquêteurs ont bien fait leur travail et ils ont accumulé des informations accablantes contre les accusés. Devant des preuves aussi concluantes, il n’est pas surprenant que les membres du jury n’aient mis que quelques heures à rendre leur verdict.

On ne connaît pas toutes les circonstances de ce meurtre. Plusieurs questions sont restées sans réponses, sans explications. Il n’y avait pas de témoins et cela soulève encore certaines réserves dans l’esprit de quelques défenseurs des droits de la personne. S’il fallait obligatoirement tenir compte de ce facteur, il suffirait de se rendre au fond des bois, sans pouvoir être vu, pour commettre les pires crimes en toute impunité. Dans l’affaire Shafia, le «doute raisonnable» a été effacé par l’abondance des preuves circonstancielles mises en preuve et par les propres déclarations des accusés.

Pour moi, la culpabilité des trois suspects ne fait aucun doute. Les quatre victimes ne respectaient pas le «code» édicté par le chef de la famille et dans l’esprit tordu de leurs bourreaux, elles ne méritaient plus de vivre…

Ce crime horrible indigne la plupart des gens et il ne faut pas s’en surprendre. Par contre, je pense qu’on aurait tort de s’en inspirer pour condamner toute la communauté afghane ou tout autre groupe ethnique qui partage des valeurs morales différentes des nôtres.

Il est vrai que dans plusieurs pays, les droits des femmes sont bafoués. On les maltraite, on les tue, parce qu’elles osent agir à contre-courant des lois, des religions et des traditions. Cela est inacceptable, mais il ne faudrait pas, pour autant, se convaincre que tous ceux qui proviennent de ces régions restent soumis à ces règles. D’ailleurs, il a été clairement démontré que les trois filles Shafia voulaient s’intégrer à leur terre d’accueil et adopter le code de vie de leurs nouveaux concitoyens. Elles savaient qu’elles encouraient des risques, elles avaient peur, mais elles ont persisté. Elles ont payé le prix ultime pour défendre ce qu’elles estimaient être leurs droits. N’est-ce pas la meilleure preuve de leur volonté à vouloir s’intégrer?

Il ne faudrait pas que leur mort ne serve à rien. Il faudrait que l’on s’en souvienne pour établir de façon plus claire les règles auxquelles doivent s’astreindre ceux et celles qui viennent s’établir chez nous. Il faudrait aussi assurer un meilleur soutien aux personnes qui tentent de se dégager du carcan dépassé et immoral qu’elles apportent souvent dans leurs bagages.

Il faudrait surtout se souvenir qu’il y a moins de 50 ans, des jeunes mères bien de chez nous étaient souvent forcées d’abandonner leurs enfants pour sauvegarder l’honneur familial…

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