(Photo courtoisie) Ammar Haidar, personnalité d’affaires du mois de février.

Sous les néons blancs se distingue une foule d’épicuriens, de curieux et d’habitués. Des hommes et des femmes en quête d’odeurs et de saveurs venus des quatre coins du monde… Nous sommes au Marché Branche d’Olivier, sur Wellington. Au fond du magasin, Ammar Haidar, son directeur, pèse délicatement des petits sachets de curcuma, un rituel quotidien.

Ce jeune homme d’affaires, tiré à quatre épingles, se fait rassurant et discret derrière le comptoir: «Aujourd’hui nous allons pouvoir discuter tranquillement, il n’y a pas grand monde!» Et pourtant, dans ce dédale de produits, entre les épices, les légumineuses, les aliments sans gluten, les condiments, mais aussi les produits de maison, on découvre une clientèle emmitouflée qui sait pourquoi elle visite régulièrement ce paradis olfactif. «Aujourd’hui, je dois fournir les meilleurs produits à ma clientèle. Bio ou pas, elle s’attend à vivre une expérience qui lui procurera bien-être et santé», explique ce gamin de Karbala, qui a grandi en déambulant dans les rayons. Ces mêmes rayons garnis par son père Sami depuis 1992.

«La boutique, c’est lui, il en est le fondateur. Jamais, je ne prendrais une décision sans l’aval de mon père… par respect», chuchote-t-il, comme si, plus loin, Sami en proie avec sa caisse enregistreuse pouvait l’entendre. Il se rappelle les moments où, lui et ses amis jouaient dans le magasin, y mangeaient, mais y travaillaient aussi. Très tôt, il a pu gagner de l’argent. «Mon père est un homme juste, nous avions un salaire pour ce que nous faisions, explique-t-il. La boutique était et demeure le point de ralliement de mes amis, des amis de mon père, de ma mère, de mon frère, et finalement de toute la famille… Je ne sais pas si c’est le commerce qui nous tient réunis ou si c’est notre union familiale qui tient le commerce, sourit-il. Sûrement les deux!»

Il en profite pour rendre hommage à cette mère qui l’a mis au monde et éduqué dans des valeurs de respect et d’honnêteté, ainsi qu’à son épouse et ses sœurs, qui l’ont soutenu sans faiblir dans cette aventure.

Une clientèle de tous les instants

Ce diplômé en microbiologie a vite dû choisir. «J’étais passionné, mais la recherche en laboratoire c’est différent. J’avais besoin de voir les gens, de leur parler. J’ai grandi ici, et j’ai vu la clientèle grandir, comme elle m’a vu grandir. Elle est l’essence de notre commerce, sans elle et la persévérance, nous n’existerions pas.» Une clientèle qui l’a amené à développer sa gamme de produits, à se diversifier et finalement à ouvrir deux autres boutiques. Son jeune frère Ali perpétue la tradition dans Saint-Henri et son beau-frère Munaf, sur Mont-Royal. «Nos clients viennent de toute l’île de Montréal, certains nous ont même « obligés » à livrer des produits dans le Grand Nord, incroyable non!?», s’esclaffe-t-il.

Difficile pour Ammar de ne pas parler de cette famille élargie si présente, avec semble-t-il, quelques excuses à formuler. «Contrairement à mon père, j’ai une très mauvaise mémoire des noms, je sais qui est qui, mais des fois cela m’échappe», dit-il, avec beaucoup d’humour. Finalement, il revient sur cet épisode à la fois difficile et heureux de sa vie, où sa clientèle s’est immiscée dans sa vie privée. «Mon épouse, Zahra, d’origine irakienne vivait en Iran. Nous étions mariés, mais les formalités n’ont pas été si simples. Notre clientèle, au courant de nos difficultés, s’est empressée de témoigner pour nous… Un moment inoubliable.»

Ce père de trois enfants, polyglotte, gérant et directeur des achats pour les trois commerces remercie ses clients de «vouloir vivre plus longtemps en se nourrissant différemment». Il salue chaque membre de sa grande famille et son personnel en majorité verdunois. Il conclut en citant, avec une petite gêne, cet agent immobilier qui, à chaque rencontre, dit vendre Verdun avec son bord de fleuve, sa proximité du centre-ville et sa branche d’olivier… Une blague reçue avec beaucoup d’honneur.

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