Groupe Pacific se tourne de nouveaux vers les tribunaux pour ordonner la canalisation de la rivière qui traverse le terrain de golf Meadowbrook dont il est propriétaire. Déjà, il avait obtenu que la Ville de Montréal décontamine les sols après une saga judiciaire débutée en 2013.

Le promoteur, qui souhaitait ériger un complexe domiciliaire, réclamait l’arrêt des déversements en provenance des raccordements inversés de quelque 200 immeubles, situés principalement dans les villes voisines de Montréal-Ouest et Côte-Saint-Luc. Ces eaux usées polluent lourdement le petit ruisseau Saint-Pierre qui traverse le terrain  acquis pour 3 M$ en 2006.

Le jugement de la Cour oblige la Ville à régler le problème dans les 18 mois. Or, outre la canalisation, d’autres solutions ont été évoquées, notamment le déplacement en amont de l’égout.

Avant toute action, Montréal devra déposer une demande d’autorisation de travaux auprès du ministère de l’Environnement.

Arrêt de mort

Insatisfait des possibilités, Groupe Pacific souhaite une décision «complète et permanente», et donc une canalisation, appuyant sa défense sur le fait que la source est artificielle et que la Ville ne peut pas le contraindre à recevoir des eaux contaminées sur son terrain.

«Ce que souhaite le promoteur, c’est faire disparaître la rivière à tout prix», s’insurge Louise Legault, présidente de l’association Les Amis de Meadowbrook, qui se bat pour préserver ce qui est aujourd’hui un parc.

Elle craint que la décision de la Cour se traduise par un arrêt de mort pour le vestige d’une rivière qui coulait du Mont-Royal jusqu’au Vieux-Montréal, aujourd’hui utile pour la biodiversité composée d’une grande flore et d’oiseaux migrateurs.

Mme Legault a toujours clamé que ce grand espace vert devrait être récupéré par le domaine public pour qu’il soit aménagé et qu’il puisse profiter aux résidents du quartier enclavé de Saint-Pierre.

Non-sens

Plusieurs cartes datant du 19e siècle, retrouvées par la professeure Valérie Mahaut de l’Université de Montréal, notent déjà la présence de cette rivière.

«Faire disparaître des rivières du paysage urbain est un réflexe datant du 18e. C’était nécessaire pour lutter contre la propagation d’épidémie. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est une manière intelligente de gérer les eaux pluviales pour qu’elles ne finissent pas dans les stations d’épuration», explique Mme Mahaut.

Depuis une dizaine d’années, elle voit les mentalités changer, mais aussi clairement une volonté de faire revivre des anciens cours d’eau.

«Enterrer un ruisseau c’est un non-sens historique et environnemental», ajoute la professeure.

L’arrondissement de Lachine soutient quant à lui la Ville de Montréal. «Nous devrions valoriser les eaux de surface et les intégrer au paysage bâti. Le ruisseau Meadowbrook devrait aussi être regardé dans le cadre du projet de renaturalisation de la rivière Saint-Pierre et du lac à la Loutre dans le cadre de la réfection du complexe Turcot», souligne la mairesse, Maja Vodanovic.

La Ville de Montréal, tout comme le Groupe Pacific et le ministère de l’Environnement se sont abstenus de tout commentaire sur l’affaire en raison des procédures en cours.

Quelques dates :

  • 1917 : Le Canadien Pacifique acquiert le terrain pour en faire des installations récréatives destinées à ses employés.
  • 1949 : Le terrain est transformé en golf public.
  • 2006 : Groupe Pacific achète le terrain pour 3 M$.
  • 2008 : Le propriétaire propose un projet immobilier de 1500 unités d’habitation.
  • 2010 : Jugé trop couteux en termes d’infrastructures municipales, la Ville refuse le projet.
  • 2013 : Groupe Pacifi réclame 44 M$ en dédommagement de la Ville de Montréal.
  • 2017 : La Ville de Montréal obtient gain de cause.

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