Comme une centaine d’autres familles nigériennes qui sont arrivées dans le quartier Duff-Court à Lachine, Nora*a fui son pays avec sa fille pour le Canada, où elle a demandé l’asile. Malgré ses multiples diplômes et ses efforts pour apprendre le français, elle n’a toujours pas obtenu de travail et se bat pour survivre avec le peu d’aide qu’elle reçoit.

Quand elle apprend que sa fille de 9 ans devra être excisée, Nora* s’y oppose et fait affront à son mari ainsi qu’à une partie de leur famille, à l’origine de la décision.

«Mon mari avait déjà convenu d’une date pour effectuer l’excision, alors j’ai décidé de fuir avec ma fille et de laisser derrière moi ma famille, mon travail de banquière que j’avais depuis 20 ans et ma maison», lance la mère de la fillette.

C’est en plein hiver qu’elle arrive aux États-Unis, grâce à un visa temporaire obtenu depuis son pays. Elle rejoint ensuite la frontière du Canada en taxi avec une autre mère nigérienne de trois enfants. Elle et sa fille n’avaient encore jamais vu la neige. C’est par le chemin de Roxham qu’elles la découvrent, au beau milieu d’une nuit glaciale. Cette route est empruntée par des milliers de demandeurs d’asile.

Comme d’autres d’immigrés, elles sont recueillies par des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), puis transportées au poste de frontière où ils effectuent leur demande de statut de réfugiés. Elles sont ensuite emmenées au YMCA à Montréal, où elles sont logées durant un mois. Là, Nora* est guidée par le Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA), qui lui permettra de trouver son premier logement, à Lachine, à deux pas du quartier défavorisé Duff-Court. Elle y obtient un logement privé, plus cher que les logements sociaux auxquels les demandeurs d’asile n’ont pas accès dans l’immédiat.

:Une fois installée dans son nouveau lieu de vie, Nora* bénéficie du soutien de la communauté. Son propriétaire concède à lui offrir son premier mois de loyer, elle reçoit aussi des vêtements d’hiver via le presbytère de St Stephen’s et obtient de l’aide alimentaire de voisins, mais surtout du Comité de vie de Quartier (COVIQ), où elle devient bénévole pour aider les autres familles nigériennes.

Elle inscrit sa fille à l’école et commence de son côté les cours de français offerts gratuitement à Lachine, deux fois semaine.

«Je veux rester au Québec et apprendre le français, même si la langue est très difficile, j’essaie d’obtenir plus de cours, mais je ne peux pas me permettre de débourser trop d’argent», explique la mère de famille. Alors que ses classes de viennent de prendre fin, elle doit patienter jusqu’à octobre pour commencer de nouveaux cours.

Sans la maîtrise de la langue, Nora* se heurte à un mur.

«J’ai un master en administration publique, mais quand je postule on m’explique que je ne peux pas travailler si je ne comprends pas le français», déplore-t-elle. Elle tente actuellement de trouver un financement de quelques centaines de dollars afin de suivre une formation de préposée aux bénéficiaires.

Le COVIQ a vu plus que doubler le nombre de familles à qui il vient en aide, entre octobre et décembre, l’année dernière. Plus d’une centaine de familles nigériennes se sont installées dans le quartier Duff-Court et aux abords. Même si l’organisme a réussi à augmenter l’aide alimentaire provenant de Moisson Montréal, ils n’ont pas reçu de financements supplémentaires.

«On aurait besoin de plus d’employés pour être capable de mieux accompagner ces personnes qui vivent des situations difficiles», lance Shawn Bourdages, directeur général du COVIQ.

Le comité organise des activités pour divertir les enfants du quartier, de la prévention, des ateliers de formation thématiques, de l’aide aux devoirs, des fêtes de quartier et des événements interculturels.

*Nora est un nom d’emprunt, car elle souhaite préserver son anonymat.

 

 

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