Jean-Paul, Chantal et d’autres connaissent la précarité de vivre dans les rues de Lachine, faute de trouver des logements abordables. Le Messager les a rencontrés à deux pas de la rue Notre-Dame.

«J’ai travaillé toute ma vie comme briqueteuse-maçonne. Désormais j’ai le corps usé et je vis avec 640$ d’aides sociales. Si je n’avais pas mes amis et un peu de famille pour m’aider, je dormirais tous les jours dans la rue», confie Chantal Boyer.

La dame de 51 ans s’est résignée à passer des nuits à la belle étoile, au bord de l’eau, à plusieurs reprises, faute de trouver un toit.

Il y a quelques mois, elle avait une chambre avec salle de bain partagée pour 300$, près de la 6e Avenue, dans une bâtisse qu’elle a quittée, parce qu’infestée d’insectes.

Manque de ressources

«Si j’ai besoin d’aide en urgence, il n’y a rien à Lachine. Il faut aller absolument au centre-ville de Montréal pour en avoir», explique Mme Boyer.

Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) confirme qu’il y a peu de services pour les itinérants dans l’arrondissement.

«Il faudrait des ressources ailleurs que dans le centre-ville. Les personnes qui se retrouvent en situation d’itinérance dans l’Ouest-de-l’Île doivent se déplacer. Cela ne fait que les isoler davantage et leur faire perdre le peu de repères qu’ils ont», explique Alice Lepetit, organisatrice communautaire au RAPSIM.

Selon l’organisme, ce manque de ressource peut conduire les personnes dans le besoin à loger dans des appartements privés parfois insalubres ou peu sécuritaires. Aussi, certaines femmes restent avec des conjoints dangereux.

Embourgeoisement

Pour Jean-Paul, dont le nom est fictif pour préserver l’anonymat, la situation est aussi compliquée.

Malgré sa pension, l’homme de 72 ans ne parvient plus à vivre au centre-ville et a fini par migrer à Lachine, où il a trouvé place dans des maisons de chambres après quelques nuits à la rue.

Malgré les ressources existantes sur place, Jean-Paul ne sait pas à qui s’adresser dans cet arrondissement qui n’est pas le sien.

«Je suis resté trois jours sans faire un vrai repas ici, parfois je passe devant des organismes, mais je ne sais pas ce que je pourrais leur demander», lance l’homme, en jetant un œil au Groupe d’Entraide Lachine, sur le trottoir d’en face.

Ce phénomène ne semble pas isolé pour l’intervenante du RAPSIM.

«L’embourgeoisement des quartiers comme Saint-Henri, avec le développement des condominiums, conduit des personnes qui n’ont plus d’autres options pour se loger de manière abordable à se déplacer», souligne Mme Lepetit.

Même si cette migration vers des secteurs comme LaSalle ou Lachine n’a pas été mesurée, le phénomène est selon elle bien réel.

Une fois dans un nouveau quartier, ces personnes se retrouvent sans repères et ne connaissent pas forcément les ressources sur place.

Selon le RAPSIM, il faudrait être capable d’offrir une diversité de réponses compte tenu du profil varié des personnes dans le besoin. Il faut par exemple à la fois du logement social, des hébergements d’urgence, des ressources en toxicomanie ou encore en santé mentale.

«Lachine fait face à une nouvelle réalité, celle de l’itinérance dans les quartiers périphériques. Nous travaillons en ce moment avec l’ensemble des intervenants afin d’aider les personnes dans la rue», mentionne la mairesse de l’arrondissement, Maja Vodanovic.

Sans mentionner de projets particuliers, l’administration lachinoise entend continuer de travailler avec les organismes locaux, les gouvernements du Canada et du Québec, la Ville de Montréal et le ministère de la Santé et des Services sociaux, afin d’offrir des solutions tout en prévenant l’itinérance.

 

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