Le reflet de Noël, perdant sa luminosité, ne scintille plus de boule en boule. Les lumières du sapin s’éteignent. Lentement, les guirlandes contournent l’arbre pour s’enrouler dans leur sac. Les boules rouges et les boules dorées se dirigent dans leur stalle respective. Une fois en place, les rebords du haut de la boîte s’entrecroisent délicatement pour bien les protéger.

Les réverbères n’éclairent plus le petit village, cette bourgade de Noël. Aucune chandelle aux fenêtres des maisons; les villageois, ces nomades hivernaux, ont déserté. Aucune âme ne circule dans les rues.

La rue principale est entourée de cônes orange: «Défense de passer». Il semble que le tapis de neige ait fondu sans laisser de marre d’eau. Les casse-noisettes, avec leur pas militaire, se dirigent en silence vers leur caserne. Dans un dernier salut, leur mission est terminée.

Le départ se prépare…

…les flocons mélancoliques se posent sur mes souvenirs.

La visite des Mages a été brève. Après la remise des cadeaux, ils se sont sentis pressés par le destin. Ayant perdu leur bonne étoile, les mages empruntent un autre chemin de retour guidés par leur GPS qui ne cesse de répéter : « Recalcule! » « Recalcule! »

Il y a un va-et-vient. Des préparatifs s’organisent dans la bergerie où crèche la nouvelle famille, la famille Sainte, c’est ce qui est écrit sur le registre du dernier recensement. Sans faire appel au clan Panneton, le père, la mère et le bébé quittent. Ils ramassent tout leur butin.

Marie s’assure que Joseph passe l’aspirateur avant de partir. «Ben voyons donc Marie!», s’exclame Joseph. «C’est une bergerie!» Calmement Marie dit: «Tu ne sais pas mon vieux, elle peut encore servir à quelqu’un d’autre. Et que vont-ils penser si le ménage n’est pas fait!»

Un bouquet de points d’interrogations entourent Joseph. D’ailleurs, depuis quelques mois, plusieurs énigmes prennent refuge dans l’esprit de Joseph. Mais le sourire de Marie suffit, à ce conjoint fidèle, pour lui redonner goût à la vie. Pendant ce temps-là, Jésus grignote une galette laissée par les rois.

C’est un départ…

…le soleil se cache derrière mes souvenances.

Joseph aurait sûrement apprécié l’aide du Clan Panneton. Il en a plein les bras. Il y a plus de butin au départ qu’à l’arrivée. Un bébé, ç’a prend de la place: un berceau en bois d’olivier vernis et un carrosse à quatre roues pouvant se «clipper» aux arrières d’un âne comme on accroche un «Fifthwheel» que les bergers ont fabriqués dans un «Alléluia».

De plus, le chargement comprend un approvisionnement d’un an de couches pour bébé offert par l’aîné aux cheveux blancs des mages, Gaspard, dit l’écologiste; douze caisses de petits pots Gerber, à différentes saveurs, que le rouquin sans barbe Melchior, dit le gourmant, s’est empressé de présenter au nouveau-né; un «Magnum» de champagne «Veuve Clicquot» pour les heureux parents de ce nouveau-roi, offert, dans un geste d’accommodement raisonnable, par Balthazar, dit le sommelier. Toute une cargaison! Joseph a bien pris soin de tout ranger pour un voyage sécuritaire. Droit devant va l’âne, le pauvre!

Ils sont partis…

…dernier tour de la pièce pour m’assurer que rien n’a été oublié.

Ils sont tous partis…

… j’entends l’écho du « Minuit Chrétien »,

J’ai le mal du pays…

…il fait grisaille dans mon cœur.

Au loin, je les vois…

…tendrement, je les salue,

…je leur crie : « Au revoir! – Bon voyage! – Une carte postale serait appréciée. – Je vous attends à la fin novembre. – Bonne route! »

C’est le silence de « l’après-départ ». C’est le vide. C’est un deuil.

Soudain, on sonne à la porte. Pourtant, je n’attends personne. Je me dirige vers la porte. J’ouvre! Avec un grand sourire, il me dit « Fore! » C’est mon sac de golf. Il me tend la main, dans une poignée de fers il me dit : « Le golf de demain est plus près que le golf d’hier! »

Je roule dans l’espérance des mages…

…il fait vert dans mon cœur !

Gilles Beauregard

beauregardgilles@hotmail.com

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