J’arrive chez elle. J’avais pris un rendez-vous depuis plus d’un mois. Madame Étoile est très populaire dans les alentours, surtout les vendredis, sa journée préférée pour faire les cartes. On m’avait dit que c’était tout un numéro. Poussé par une curiosité presque maladive, je me pointe à sa porte, comme un pissenlit sur une pelouse au printemps. On est vendredi; il est 19h. Ding dong!

D’abord, je me suis inscrit sous un nom d’emprunt. Pour la circonstance, je m’appelle Robert Laporte. Robert parce que c’était le prénom de mon père et Laporte… euh, j’allais la prendre à l’instant. Je sonne, fébrile comme une souris devant un morceau de Velveeta. J’attends trois instants et voilà qu’elle ouvre avec un chat dans ses bras (noir naturellement). Elle n’a pas d’âge. Ses cheveux roux traînent sur son châle bleu nuit. Le parfum qu’elle dégage m’indique qu’elle est d’une autre époque.

– «Entrez M. Laporte, me dit-elle et fermez la porte, s’il vous plaît. Suivez-moi. Vous n’avez pas peur des chats?»

Je lui dis que non.

– «Tant mieux, j’en ai quatre… tous noirs, sauf ma vieille Noirette, qui est blanche comme une annonce de lait.»

L’appartement est aseptisé et une odeur d’encens court dans la maison peu éclairée. Une musique exotique plane dans l’air. Le set up parfait. Il ne manque que la petite fille dans The Exorcist. Madame Étoile dépose Séraphin, son chat, et me prie de pénétrer dans la chambrette près de la cuisine.

Une petite table ronde, une nappe rouge, un jeu de tarot et deux chaises «provinciales françaises» occupent le centre de la pièce. Sur les murs, trois cartes du ciel et la photo de Benoît XV1.

– «Assis toi Robert! Tu permets que je t’appelle Robert?», me lance-t-elle avec les yeux rieurs.

– «Noui», lui dis-je.

Moi, c’est madame Étoile, mais mon vrai nom, c’est Yvette.

Elle commence à me faire les cartes avec grand sérieux. Face à face. Madame Étoile-Yvette me défile ma vie avec plusieurs exactitudes. Elle me dit.

– «Je vois un ordinateur, du monde, du papier, des téléphones cellulaires (« un c’est bien en masse », me dis-je). Tu travailles beaucoup avec le public, on dirait? Tu es très impliqué socialement». (Touché!)

Elle me parle d’un pont (comme toutes les tireuses de cartes), «mais, dit-elle. Tu ne le traverses pas pour aller travailler».

Pendant que Mrs Scarlett me lance une foule de vérités, je l’observe. Ses mains me révèlent qu’elle n’a plus vingt ans depuis longtemps. Elle a tout à fait l’air d’une sorcière moderne et sa voix vient d’ailleurs. Elle me fait brasser les cartes pendant que je me prépare à l’inévitable thé. Je vous fais grâce de certains petits détails (petits curieux!).

Je suis quand même assez sonné. Une heure passe et son «don» me cloue, très surpris qu’elle fait de moi un portrait assez juste. Ses yeux plissent, elle me questionne habilement, approche son visage ciré du mien. Je sens parfaitement son parfum «Air du Temps de Nina Ricci», mais c’est un détail. Le trémolo dans la voix, elle murmure des choses très intimes. Elle frôle ma main, comme pour attirer d’avantage mon attention.

– «Une personne vous veut du bien». (Une seule?, me dis-je)

Trente minutes plus tard, je me lève et lui paye le 80$ que je lui dois. Encore assommé par ses révélations, je la trouve «inquiétante» mais excellente. En sortant, je m’enfarge dans la litière de Séraphin et que vois-je? Tout au fond du bac, une page du Messager avec ma face qui acccompagne mon billet hebdomadaire!

Et bien… On repassera pour la boule de cristal!…

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