Le récent choix de Michael Ferguson comme prochain vérificateur général du Canada a provoqué, avec raison, l’ire des députés de l’opposition et a été interprété comme une véritable insulte pour les francophones du pays.

Encore une fois, le pays est plongé dans une querelle linguistique alors que même s’il est officiellement bilingue, dans les faits, le Canada ne l’a jamais été.

Il y a une immense différence entre ce qui a été édicté en 1967 par la commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme et le vrai visage de ce pays.

Actuellement, le Canada n’est aucunement bilingue. Il s’agit simplement d’un pays doté de deux langues officielles et d’un peuple qui les parle rarement toutes les deux.

Au fil des ans, les Canadiens ont émis toutes sortes d’opinions sur le bilinguisme, allant de l’exaspération à la fierté la plus éclatante, en passant par l’indifférence la plus complète. Mais près de 35 ans plus tard, l’on est à même de se poser des questions sur l’utilité de cette loi.

«Le bilinguisme en tant que religion est un dieu qui a échoué. Il n’a servi ni à l’unité ni à l’équité et n’a fait que coûter des millions de dollars aux contribuables», a déjà déclaré M. Harper, dans une autre vie.

Même Pierre Trudeau, l’homme éternellement associé au concept du bilinguisme, a déjà dit regretter l’emploi de ce terme, parce qu’il donnait l’impression que les Canadiens parlaient les deux langues. En fait, la vision de M. Trudeau était celle d’une confédération bilingue où le multiculturalisme prévaudrait.

Les chiffres de Statistique Canada sont révélateurs: près de 95% des Québécois parlent le français, mais seulement 40,6% d’entre eux maîtrisent l’anglais. Dans le reste de ce pays soi-disant bilingue, 97,6% de la population parle l’anglais, mais seulement 7,5% parlent le français. En tout, 55% des Canadiens bilingues sont Québécois.

Maintenant pensez à ça: 88% des allophones du Québec (comme moi) qui parlent couramment deux ou trois langues résident dans la grande région métropolitaine de Montréal et 80% des anglophones de la province (dont la majorité maîtrise le français) sont concentrés dans la région de Montréal.

Tout ça pour dire que selon moi, alors que le bilinguisme demeure un projet hautement chimérique dans le reste du Canada, Montréal est ironiquement devenu la représentation quasi parfaite de ce que ce pays peut offrir de mieux en fait de société bilingue. Même si cela déplaît à certains.

Cette «fluidité linguistique» – comme l’appelle la spécialiste montréalaise en équité sociale, Celine Cooper – quand elle n’est pas victime de politicailleries ou de revendications insignifiantes, est une source de fierté pour plusieurs Montréalais.

Je suis une allophone qui a étudié en anglais, qui lit La Presse avant de parcourir The Gazette et qui préfère regarder «Tout le monde en parle», les dimanches soirs, plutôt que «Desperate Housewives».

J’habite une ville où le groupe de rap francophone «Radio Radio» a récemment offert une performance aux côtés du band anglophone «Chromeo», il y a deux semaines, sans que personne n’en soit contrarié.

Le comédien montréalais, Sugar Sammy, a annoncé une série de spectacles humoristiques bilingues intitulée «You’re Gonna Rire» et douze représentations ont été vendues à guichets fermés en quelques jours!

Au grand dam de plusieurs et pour le plus grand plaisir des autres, le «franglais» triomphe dans cette ville et cela me convient tout à fait.

Pierre Trudeau a déjà déclaré: «Bien sûr qu’un état bilingue est plus dispendieux qu’une société unilingue – mais elle n’en est que plus riche.» Je suis plutôt d’accord avec ce point de vue. Il existe dans cette ville un bilinguisme des plus stimulants que le reste du pays aurait intérêt à découvrir.

 

 

 

     

 

 

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