(Photo: gracieuseté) (Photo: gracieuseté)
Je ne sais pas pour vous – ça doit dépendre de votre âge et de votre degré d’optimisme, j’imagine – mais personnellement je ne me souviens pas avoir vécu un été si régulièrement chaud et ensoleillé. Bon, c’est vrai qu’on a souvent la mémoire courte quant à ce type de considérations, alors j’exagère sans doute un peu. Je réalise pourtant qu’autour de moi, c’est une remarque qui revient de plus en plus souvent cet été. Oh, on ne s’en plaint pas trop, surtout quand arrivent les vacances et qu’on a l’occasion d’aller se rafraîchir au bord d’un bucolique plan d’eau.

C’est qu’il est beau, notre Québec, en été: des lacs, des rivières et des voitures remplies de gazoline pour y accéder, envers et contre les étouffants embouteillages! Par contre, au coeur de la Métropole, même quand on se dit qu’on va se les geler dans la gadoue dans même pas six mois et qu’on n’a pas le droit de chialer, difficile de ne pas admettre que la canicule peut être pénible à endurer par moments…

Je disais donc : été spectaculairement ensoleillé, l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de vivre. Mais dans les faits… 

Dans les faits, au moment d’écrire ces lignes, la sécheresse est bien réelle: les lacs et rivières sont anormalement bas, à tel point que l’oxygénation de l’eau se fait difficilement, menaçant du coup la survie de certaines espèces de poissons.

En navigant sur le site de Météomédia, j’apprends qu’une étude publiée par le gouvernement du Québec affirme que la température de la province a augmenté en moyenne de 1,3 °C entre 1961 et 2010.

À l’échelle mondiale, le constat est sérieux et de moins en moins contesté. Depuis quelques mois, des rapports accablants liés au réchauffement climatique fusent de toute part. Les chiffres semblent de plus en plus alarmants, et nombreux sont les scientifiques qui croient qu’il est déjà trop tard pour renverser la vapeur.

Je ne suis pas scientifique, et il est vrai que le Web comme les bibliothèques regorgent d’articles et de livres qui se contredisent les uns les autres. Je connais des tas de gens qui nient ce que plusieurs voient comme une évidence: ces septiques croient que nous traversons simplement un cycle normal sur lequel nous n’avons aucune emprise ni contrôle, puisque selon eux, l’humanité à elle seule ne peut pas avoir d’influence réelle sur le climat.

La citoyenne, la mère, la journaliste que je suis, n’est pas de cet avis. Après des années de lectures, de discussions, d’observations et de réflexions autour de cette question, je me suis forgée l’opinion suivante: l’activité humaine a très certainement un impact négatif sur l’environnement, nos écosystèmes et, conséquemment, sur le climat. Industrialisation. Exploitation. Surconsommation. Pollution. Dévastation. Alouette…

Comment ne pas s’apercevoir qu’un bouchon de circulation fait grimper le mercure de plusieurs degrés et contribue à embrumer le ciel de smog? Comment ne pas constater qu’une dense agglomération d’habitations urbaines, concentrée sur une petite portion de territoire, exacerbe la chaleur causée par les rayons du soleil et surchauffe l’air ambiant?

Oui, il fait chaud sur le Plateau. Très. Trop? Sa température, comme dans d’autres quartiers centraux, y est souvent plus élevée qu’ailleurs à Montréal en raison de la forte concentration de bâtiments, et parce que les grandes cours verdoyantes y sont plus rares. Le Plateau est densément peuplé: 13 096 habitants par kilomètre carré. De plus, il est continuellement traversé par un grand nombre de véhicules, notamment parce que sa situation géographique centrale sur l’île de Montréal en fait un passage obligé pour beaucoup de monde. Si on ajoute à cela le fait que la majorité des bâtiments du Plateau possèdent un toit plat en bitume et en gravier, il est facile de comprendre que le phénomène d’îlots de chaleur est considérable dans notre arrondissement.

Nous avons tout de même la chance de disposer, sur le Plateau, de parcs magnifiques où respirer un peu d’air frais pendant la canicule. Plutôt que d’étouffer dans un appartement dont les murs de brique et le toit foncé ont surchauffé toute la journée au soleil, nous choisissons d’investir les espaces verts en fin de journée pour y picniquer entre amis, avec nos enfants et nos chiens. Le grand Parc Laurier et sa piscine nouvellement améliorée – mon préféré!  Le très grand Parc Lafontaine et son bassin à canards – que j’adore traverser en Bixi! Et ces dizaines de jolis petits parcs, qui font le charme des quartiers du Plateau. Les soirées s’étirent, on jase avec ses voisins, les enfants ne veulent plus rentrer se coucher et c’est là qu’on se dit qu’on est donc bien, l’été, à Montréal.

Car c’est un fait: dans les parcs, en plein centre urbain, la température est souvent de 2 à 4 degrés moins élevée que sur la rue.  Sur le Plateau, depuis quelques années, les efforts pour réduire les îlots de chaleur sont manifestes: aménagement de ruelles vertes, distribution gratuite de vignes grimpantes, verdissements et agrandissement des espaces publics, ajout de saillies de trottoir avec aménagements floraux, plantation d’arbres, aide au financement pour les citoyens qui souhaitent réaliser un projet d’agriculture urbaine.

Je crois qu’on est plutôt bien partis. Mais, contrairement à Rosemont qui a introduit l’an dernier un réglement interdisant dorénavant les toits noirs sur son territoire, rien n’empêche les résidants du Plateau de refaire leur toiture à l’ancienne, soit en asphalte et gravier, des matériaux conducteurs qui absorbent et recrachent une chaleur étouffante, surtout la nuit… Mais les mentalités évoluent, et de plus en plus de propriétaires consciencieux et visionnaires se débarrassent de leur vieille toiture et la remplacent par un toit blanc, ou encore par un toit vert – ce qui est encore mieux, il va sans dire!

Imaginons maintenant le Plateau du futur… celui où chaque bâtiment plat serait végétalisé, fleuri, peuplé d’oiseaux et d’abeilles… imaginons la douceur et la qualité de l’air qui émanerait de tous ces pâtés de maisons débordants de verdure… et imaginons comme on dormirait mieux, les soirs de canicule…

 

 

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