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En une semaine, le décor a radicalement changé sur le Plateau-Mont-Royal. Les bancs de neige et de glace qui ont suscité la grogne de la Ville de Montréal et des citoyens, la semaine dernière, ont cédé la place à quelques amoncellements agonisants ici et là, principalement aux abords des ruelles. N’empêche, les mécontents souhaitent que l’expérience ne se répète pas l’hiver prochain.

Si la fin de mars et le mois d’avril nous proposent des températures clémentes, le Plateau-Mont-Royal n’aura effectué qu’un seul chargement de neige sur son territoire depuis janvier, contrairement à trois – en moyenne – pour les autres arrondissements montréalais. Entre la tempête du 24 février et la deuxième semaine de mars, les bancs de neige et la glace ont élu domicile dans les rues du Plateau. Jusqu’à maintenant, les élus disent avoir économisé 1,8 M $ qu’ils pourront réinvestir dans des services aux citoyens. Un argument qui laisse froid plusieurs d’entre eux.

Lors du conseil d’arrondissement de mars, Daniel Cousineau, qui a grandi sur le Plateau, fulminait.

« C’était mon premier conseil. Pour y aller, il fallait vraiment que je sois mécontent. C’est le pire hiver que j’ai vu en termes de déneigement. Ça été l’enfer pour se stationner, et tout ça pour des économies de bouts de chandelle », estime-t-il, affirmant que les bancs de neige des deux côtés de la rue l’ont plusieurs fois empêché de trouver une place pour garer sa voiture ».

« C’était très frustrant de voir les rues du Plateau complètement embourbées dans la neige, alors que les rues des autres quartiers étaient dégagées », avance-t-il.

« Sur l’avenue du Mont-Royal, j’ai vu des gens incapables de passer par la rue pour entrer dans leur voiture, car la porte était bloquée par le neige côté trottoir. Ce n’est pas sécuritaire», ajoute-t-il.

« Ça fait deux semaines qu’on escalade les montages de glace et de neige pour se stationner. Je trouve ça inadmissible, argue de son côté la Johanne Tessier. Il y a un service de base à offrir aux citoyens, déjà que le stationnement n’est pas simple sur le Plateau… Chaque personne à qui j’en parle est hors d’elle ».

« Je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec l’augmentation vertigineuse des taxes dans l’arrondissement depuis deux ans, continue la résidente du Plateau, dont les taxes foncières ont davantage augmenté au cours des deux dernières années que dans la foulée des 15 années précédentes. D’une part on égorge les citoyens et les commerçants au niveau des taxes et de l’autre bord on coupe drastiquement dans les services à la population ».

Michel Tanguay, porte-parole à l’arrondissement, a tenu à rappeler que c’est la Ville-centre qui récolte l’argent généré par les taxes foncières. « Le maire l’a maintes fois répété; il est conscient de cette situation et c’est pour cela qu’il réclame une dotation juste. Les taxes ne viennent pas dans les coffres de l’arrondissement ».

Obstacle au travail?

Pour livrer les colis de Postes Canada sur le Plateau-Mont-Royal, Stéphane Gauthier se déplace en camion. « Je suis resté pris début mars sur Saint-Dominique et Drolet, entre Villeneuve est et Saint-Joseph est. C’était particulièrement difficile de circuler dans ce coin-là, à cause des bancs de neige. En plus, il y a moins de place pour stationner et les gens se mettent n’importe où », déplore-t-il.

La semaine dernière, les pompiers ont ajouté leur voix à celles des citoyens, à la suite d’un incident survenu sur la rue Chapleau. Le 4 mars au soir, un véhicule de la caserne 26 a reçu un appel de premier répondant. Il n’y a pas eu de délai d’intervention pour se rendre à bon port, mais, en quittant, le véhicule de pompier et l’ambulance appelée en renfort ont été bloqués par une voiture garée en angle qui obstruait la voie. « Le véhicule et l’ambulance ont été obligés de faire des manœuvres de reculons. Ça a créé un délai pour se remettre en service », explique Ronald Martin, président de l’association des pompiers de Montréal.

« Il s’agit d’une auto qui était mal stationnée. Une des consignes de la Ville-centre pendant l’hiver est d’éviter de se stationner en angle pour ne pas nuire au passage des véhicules d’urgence. Malheureusement, il y a plusieurs personnes indisciplinées. Mais c’est le seul cas qui a été rapporté », réplique Michel Tanguay, soulignant que des équipes sillonnent chaque jours les rues pour en vérifier l’état ou pour faire de l’épandage d’abrasifs. « Si on juge qu’il y a un risque pour la sécurité, on lâche l’opération rues étroites. La semaine dernière, un chargement a été fait sur le quart du territoire », informe M. Tanguay.

« Dans n’importe quel quartier densément peuplé, quand la neige n’est pas ramassée et qu’elle est tassée sur le bord du chemin, ça rétrécit encore plus la voie, rétorque M. Martin. Les camions de pompiers – des mastodontes – doivent aller plus lentement sur les rues. Prendre la décision de ne pas récupérer la neige sur les voies peut augmenter le temps de réponse. Et le délai de réponse, c’est notre pain et notre beurre. Plus vite on intervient, plus vite on limite les dégâts ».

Les pompiers ont interpellé la direction du service des incendies à la suite de cet incident. « Là, le printemps s’en vient, mais il ne faudrait pas recommencer la même discussion sur la même problématique l’hiver prochain », ajoute Ronald Martin.

Lors du conseil d’arrondissement, le maire a reconnu que la position des élus du Plateau « était atypique » et il a répondu aux doléances des citoyens en invoquant des contraintes liées au contexte budgétaire. « On s’est dit, on annonce du temps doux pour les prochains jours, si on est capable de rendre sécuritaire les trottoirs et les rues pour ne pas que ce soit glacé, on peut sauver 1 M $. C’est notre pari. C’est beaucoup d’argent de vos taxes qu’on est capables d’investir dans des services qui vous reviennent pour trois jours de désagrément. Ce n’est pas l’idéal et c’est vrai que ce n’est vraiment pas pratique pour le stationnement. Mais il n’y a pas beaucoup de façon d’économiser au niveau des arrondissements. Celle-là en est une et on l’a prise ».

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