Isabelle Bergeron/TC Media Les ensembles de L'étoile de Bethléem et du Jugement dernier de l'artiste Olindo Gratton ont retrouvé leur place à l'église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End le 12 juin dernier.

Restaurées au coût de 90 000 $, les statues d’anges de l’artiste-sculpteur Olindo Gratton ont retrouvé leur place sur la façade de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End, après 37 longues années d’exil, le 12 juin. Histoire d’une restauration qui a mobilisé la communauté.

Sonnez les cloches! Les anges de L’étoile de Bethléem et du Jugement dernier sont de retour. «C’est une longue pérégrination qui se termine, se réjouit Kevin Cohalan, membre de la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal et instigateur du projet de sauvetage de ces deux ensembles créés par l’artiste-sculpteur Olindo Gratton (1855-1941). Ce sont des éléments patrimoniaux importants qui n’ont rien de comparable dans l’histoire religieuse québécoise en terme de sujets et de composition.»

«C’est un petit miracle que les statues aient été restaurées après tant d’années, lance Bernard Mulaire, arrière-petit neveu du sculpteur et historien de l’art. Olindo Gratton doit se servir un gros verre de caribou au moment où l’on se parle!»

En 1978, M. Mulaire remarque l’état de détérioration avancée des statues, sculptées dans le bois et plaquées de feuille de cuivre, qui ornaient l’église depuis presque 80 ans. «À l’époque, je m’intéressais au travail d’Olindo Gratton, explique-t-il. J’ai monté sur le toit pour jeter un coup d’œil aux statues. Elles étaient dans un piteux état. Une des ailes étaient cassées. Un coup de vent l’aurait emportée.»

La paroisse et l’archevêché sont alertés, et les deux ensembles sont conservés dans les voûtes de la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde, lieu de culte pour lequel Gratton avait créé douze des treize statues qui ornent sa façade. Les anges tombent peu à peu dans l’oubli.

Alors qu’il se promène à vélo dans le Mile-End, Kevin Cohalan entend les cloches de l’église Saint-Enfant-Jésus sonner. «C’était en 2007, le curé se félicitait de la restauration récente des cloches. Il m’apprend que l’église allait célébrer le 150e anniversaire de sa construction l’année suivante. Je connaissais l’histoire des statues. Je me suis dit que l’occasion était belle pour redonner vie aux anges.»

La communauté prépare le retour
Le projet mobilise aussitôt les paroissiens et la société d’histoire. Une somme de 90 000$ est amassée. Le Conseil du patrimoine religieux du Québec a allongé 70 000$, tandis que les paroissiens, la Caisse populaire des Versants du Mont-Royal et une mystérieuse fondation philanthropique ont fourni la somme manquante.

Le Centre de conservation du Québec offre son expertise pour restaurer les statues. L’entreprise s’avère plus ardue que prévu. «On a découvert que le bois qui sert de structure aux feuilles de cuivre était complètement pourri», explique M. Cohalan.

Cette délicate mission est confiée à l’artiste Fabien Pagé, bien connu pour ses statues du Général de Gaule et de René Lévesque sur la colline parlementaire à Québec.

«Le défi technique était d’ôter le bois pourri sans déformer les tôles, un peu comme si on voulait vider un œuf sans briser la coquille, relate M. Pagé, qui a son atelier à Donnacona. J’ai utilisé la technique du  »sapin ». C’est un squelette de métal qui sert d’armature aux statues.»

«À l’époque, les paroisses n’avaient pas assez d’argent pour créer des bronzes. Les artistes sculptaient le bois pour ensuite le recouvrir de feuilles de cuivres étamées. Après 75 ans, il faut les restaurer, parce que l’eau s’infiltre par les joints», explique celui qui a redonné vie à la statue de Saint-Jacques qui orne le pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM, également une œuvre de Gratton.

Pour Fabien Pagé, la sensation de retoucher l’œuvre d’un artiste majeur comme le fût Olindo Gratton à son époque est unique. «C’est un bon feeling. Pendant le travail, on se met dans la peau du sculpteur parce qu’on veut le respecter. Il y a une forme de continuité d’artiste en artiste.»

Une fois sortis de l’atelier de Fabien Pagé, les anges ont pris la direction du Musée Pointe-à-Callière qui les a accueillis pour son exposition sur la vie du Plateau qui s’est terminée en janvier dernier.

Presque quatre décennies plus tard, les anges retrouvent leur place dans le Mile-End, près d’une troisième statue, celle-là jamais retirée, de l’Enfant-Jésus, explique M. Cohalan.

«Leur réunion permet de mieux comprendre le message de l’artiste, qui a offert une mise en scène unique Québec. D’un côté, un ensemble représente le début avec la Nativité, et de l’autre, la fin avec l’ange du Jugement dernier. Le cycle est complet.»

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