Leslie Meuraillon/TC Media Ces petites boules noires sont ingérées par les oiseaux qui, via leurs fientes, les dispersent un peu partout autour des zones touchées par le nerprun.

Arbuste exotique envahissant venu d’Europe, le nerprun commence à prendre de plus en plus de place sur l’île-de-Montréal. Il a d’ailleurs déjà touché le parc du Mont-Royal ou encore le Bois de Liesse. Au parc Thomas-Chapais du quartier Mercier-Est, un comité a décidé de lutter en appelant les citoyens à se joindre à leur troisième corvée d’éradication de ce végétal qui menace la biodiversité.

Situé à l’angle du Boulevard Pierre-Bernard et de la rue Grosbois, le parc Thomas-Chapais est un espace vert méconnu de l’Est de Montréal. Grand de plus de 15 hectares, il renferme plus de 35 essences d’arbres différentes, comme des chênes, des érables à sucre, des charmes de Caroline, ainsi qu’une faune et une flore variées. C’est l’un des endroits les plus frais de Mercier-Est, parfait pour lutter contre les îlots de chaleur.

Seulement cet écosystème est en danger à cause de la propagation du nerprun bourdaine et cathartique.

Le problème ce sont les fruits.
Ces arbustes peuvent atteindre jusqu’à 6 mètres de haut. Ils captent le soleil  et empêchent les autres arbustes et petites plantes au sol de se nourrir. Elles finissent donc par mourir et petit à petit le nerprun prend le contrôle de la forêt.

Ses fruits, de petites boules noires, sont en partie responsables de sa propagation détaille Patrick Boivin, de l’Institut de recherche en biologie végétale : « Les graines tombent au sol et continuent à vivre pendant près de 5 ans. Leur taux de germination est très élevé. Elles sont aussi dispersées par les oiseaux. Ce qui rend le contrôle de la propagation du nerprun, très complexe. »

Le nerprun se multiplie aussi lorsqu’il est coupé puisqu’il va faire des rejets. Toutefois, il est quand même possible d’en venir à bout, rassure M. Boivin : « À force de couper les rejets, l’arbre va s’épuiser. Et sa présence va se diminuer avec le temps. Pour les petits individus, le mieux est encore l’arrachage. »

Nerprun marqués pour être coupé

Encore et encore
Épuiser les arbustes. C’est la solution qu’a choisi le Comité du parc Thomas-Chapais. Deux fois par année, il lance un appel aux citoyens pour mener au mieux ses corvées d’éradication. La première fois, ils étaient huit. Pour la corvée suivante en avril dernier, 20 volontaires se sont mis au travail.

Cette fois-ci, le Comité espère rassembler encore davantage, explique Daniel Chartier, membre : « Nous faisons avec les moyens que nous avons. Si nous sommes une trentaine samedi, nous pourrons être plus efficaces. Sinon, nous nous contenterons de cibler les arbres reproducteurs. Les petites tiges seront coupées au printemps. »

Travail main dans la main avec l’arrondissement
L’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve soutient les citoyens dans leur démarche. Il a d’ailleurs donner l’autorisation au Comité de toucher aux arbres, ce qui est normalement interdit.

Comité du parc Thomais-Chapais

Les ouvriers du secteur horticulture de l’arrondissement se chargent eux de couper les plants de nerprun dont le diamètre fait plus de 10 cm. Mais leur action est insuffisante : «L’arrondissement manque de personnel, il fait ce qu’il peut ici. Le parc, à lui-seul, représente à peu près la moitié des arbres de tout l’arrondissement. Pour nous aider, le personnel de MHM nous prête du matériel comme des gants ou des sécateurs », indique Michel, un des membres du Comité. La solution réside donc plutôt dans la sensibilisation du grand public à participer aux corvées.

Un parc visité par beaucoup
Le parc Thomas-Chapais rassemble beaucoup de visiteurs, été comme hiver. Amoureux de la nature, famille, personnes âgées… le bois est très visité à la fois par les habitants de Mercier mais aussi par ceux d’Anjou puisqu’il est situé à la frontière des deux arrondissements. Michel et Daniel, du Comité du parc, aimeraient donc que l’arrondissement d’Anjou soit lui-aussi sensible à son devenir. Mais surtout, les deux hommes voudraient que des organisations soutiennent ce « site exceptionnel et pas encore reconnu comme il devrait l’être » et financent la lutte, presque sans fin, qu’ils ont entreprise contre le nerprun bourdaine et cathartique.

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