Membre des forces canadiennes durant près de 30 ans, René Coté a servi aux côtés des Casques bleus dans différents pays du monde. Entre horreurs, bombardements et espoir, l’ancien militaire n’arrive pas à masquer ses larmes.

Son épouse nous avait prévenus. Alors que son mari multiplie les blagues avec ses acolytes tout en posant pour quelques clichés, elle nuance les sourires et rires son compagnon: «Vous verrez, il rigole beaucoup pour masquer toutes les choses horribles qu’il a vécues. C’est très dur pour lui d’en parler».

Près d’une heure plus tard, sa prédiction se confirme. D’abord affable, enjoué et radieux, René Coté plie les yeux et retient ses larmes tout en désignant sa conjointe, rencontrée à la fin de sa carrière militaire, assise à quelques mètres de lui. «J’ai vu beaucoup trop de choses, soupire-t-il, mais je ne peux pas en parler devant elle.»

D’un coup, son visage s’assombrit. Pendant quelques secondes, cet ex-militaire des Forces canadiennes, entre 1960 et 1988, se tait. Un silence pesant mais nécessaire. René Coté, 71 ans, reprend son souffle et finalement, décrit quelques-unes des «horreurs» vécues tout au long de ses missions avec les Casques bleus, ces forces missionnées pour la sauvegarde de la paix à travers le monde.

Prisonnier puis battu
Présent en Égypte pour la guerre du Kippour en 1973, il raconte être «fait prisonnier par les Arabes pendant 8h». «J’étais au mauvais endroit, au mauvais moment. On m’a battu car j’avais une grande gueule. Je leur disais qu’ils n’étaient pas capables de frapper un soldat de l’ONU. On nous prenait pour des espions, ils pensaient qu’on travaillait pour les Juifs. J’ai eu une poche sur la tête», décrit-il, avant de stopper cette conversation. On n’en saura pas plus.

De Damas au plateau de Golan, en Syrie, en passant par Tel-Aviv, Jérusalem et Sharm-el Shek, René Coté multiplie les anecdotes, mais surtout évoque les drames auxquels il a assisté alors qu’il était en charge d’acheter dans différents pays du Moyen-Orient les matériaux et services nécessaires «pour prendre soin des troupes.»

À Tel-Aviv, en 1984, un kamikaze s’explose dans un bus truffé de femmes et d’enfants. Sous ses yeux. Vingt ans plus tôt, lors de l’une de ses premières missions à proximité du Caire, il découvre «un marché d’esclaves où l’on vendait des femmes et des enfants de 8 à 12 ans». En Syrie, un homme se fait lapider à quelques mètres de lui. Ailleurs, encore, il apprend la misère d’une mère, qui a volontairement crevé l’œil de son petit de cinq mois pour mendier.

Des farces pour oublier
«Je fais encore des cauchemars, révèle-t-il, la voix feutrée. Mais j’ai compris que si tu grattes tout le temps un bobo, il ne guérira pas. C’est pour ça que je fais des farces, que je fais tout pour paraître tout le temps de bonne humeur», indique celui a commencé sa carrière militaire par hasard, afin d’échapper à un destin qui collait à la peau de cet adolescent turbulent.

«Je ne peux pas tout dire, mais disons que j’avais de mauvaises fréquentations et que j’étais doué pour certaines choses, rigole-t-il. Pour éviter de me ramasser en prison, un copain m’a proposé d’aller dans l’armée. J’ai eu de la chance, j’ai vraiment aimé cette fraternité et j’ai tout fait pour aider ces femmes et ces enfants que je voyais souffrir.»

Le ton est moins grave. Presque guilleret. René Coté assure avoir eu «une belle carrière», parle de son petit-fils de 19 ans qui veut suivre ses pas et des bienfaits, selon lui, d’un passage à l’armée pour les jeunes «afin d’apprendre la survie, faire à manger et son linge». Avec un large sourire, il assure avoir «la tête dure», plaisante sur ses deux divorces avant de rencontrer «la femme parfaite», avec laquelle il partage un appartement dans une résidence pour aînés à Montréal-Nord.

Son béret bleu sur la tête, René Coté repart pour de nouvelles blagues. Pour tenter d’esquiver, encore, ce passé si douloureux.

Aussi dans Actualités :

blog comments powered by Disqus