Nicolas Ledain / TC Media Emilio Hernandez commercialise des sauces, snacks et gâteaux à base d’insectes.

L’entomophagie, la consommation d’insectes, est une tendance culinaire qui fait de plus en plus d’adeptes. Une entreprise de Montréal-Nord profite de cet engouement avec des snacks, condiments et désormais gâteaux faits de grillons ou sauterelles.

Dans le sous-sol de sa maison, Emilio Hernandez présente avec fierté les nouveaux produits de sa marque nommée La Mexicoise. C’est depuis ce bureau modeste qu’il s’est lancé dans la vente de produits à base d’insectes il y a quelques années et son pari a fonctionné puisque son entreprise est désormais en plein essor. Ce Mexicain d’origine a multiplié son nombre de points de vente par dix en deux ans et est désormais présent dans une cinquantaine de boutiques au Québec.

«Quand j’ai commencé avec des produits importés, c’était difficile. Il y avait une barrière à manger des insectes qui existe encore, mais les gens sont plus informés. Provigo a même fait rentrer de la poudre de grillons et ça fait un boom», se félicite le fondateur de La Mexicoise.

Depuis que le Guide lui a parlé en mars 2017, M. Hernandez ne se limite plus à l’importation, puisqu’il produit ses propres snacks, sauces et vinaigrettes et propose même depuis peu des brownies à base de grillons. Ces préparations sont réalisées à Montréal par un chef cuisinier et elles sont analysées par un nutritionniste.

«Je suis sûr que l’engouement va continuer. Je reçois des appels de partout au Québec, alors qu’avant c’était seulement à Montréal que les gens s’intéressaient», se réjouit Emilio Hernandez.

Cette croissance de l’entomophagie se manifeste surtout dans les magasins bio et zéro déchet qui ont rapidement embarqué dans cette nouvelle tendance. Depuis quelques semaines, l’enseigne Mega Vrac propose notamment les produits de La Mexicoise et ces insectes à croquer attisent la curiosité.

«On voulait faire un test pour voir comment les gens prennent ça. C’est inimaginable, c’est fou ce que ça marche bien. Les gens sont curieux, ils en achètent et ils reviennent en acheter. En un mois, j’ai déjà fait quatre commandes pour me réapprovisionner», s’enthousiasme Sam Belkheir, gérant du Mega Vrac de la Promenade Masson.

«Le travail commence à avoir des résultats. Avant, tout le monde faisait “beurk”, maintenant les gens goûtent.»
Emilio Hernandez, fondateur de La Mexicoise.

Une tendance durable?
Depuis 2016, l’entomophagie est citée chaque année parmi les tendances alimentaires du Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. De plus, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture encourage ce mode de consommation qu’elle considère comme la solution pour diminuer l’insécurité alimentaire face à la croissance de la population mondiale. Les insectes présentent un intérêt nutritif, mais aussi écologique.

«Les grillons sont très riches en protéines et vitamine B12. Il est largement admis que la plupart des espèces d’insectes sont également riches en acides gras de type oméga-6, en fibres, en sodium et en plusieurs minéraux. Il est reconnu que l’élevage nécessite beaucoup moins d’eau, de nourriture et d’espace, en plus de produire moins de gaz à effet de serre que toutes les autres sources de protéines», explique le nutritionniste Hubert Cormier, auteur du livre Les Conseils d’Hubert.

S’il reconnaît l’évolution de cette tendance, ce dernier estime qu’il faudra diversifier les recettes pour développer encore cette consommation. Il pointe aussi plusieurs limites à l’entomophagie.

«L’industrie alimentaire devra aligner ses prix, car à l’heure actuelle le produit est trop niché et dispendieux. Qui plus est, pour démocratiser ce nouvel aliment sur nos tables et en avoir une meilleure opinion, un travail d’éducation en nutrition et en écologie sera nécessaire», croit Hubert Cormier.

Emilio Hernandez est conscient de ces enjeux et pour mieux maîtriser sa production et faire baisser les prix, il travaille actuellement au développement d’une ferme de grillons qui pourrait voir le jour d’ici quelques mois dans la région de Montréal.

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