(Photo: gracieuseté) (Photo: gracieuseté)
Il y a quelques décennies, l’assistance à la messe de minuit était considérée comme un témoignage de réjouissances religieuses plutôt que l’accompagnement obligatoire d’un devoir chrétien. «À Noël, vous devez assister à la messe solennelle du jour comme un dimanche pour satisfaire aux préceptes de l’Église, à moins d’avoir  une raison grave de vous en abstenir.» Cet ordre était lancé aux prônes du dimanche précédent par le curé.

Le matin de la fête, tous les paroissiens s’encapotaient  (revêtir son manteau) de nouveau, sans regimber, pour se conformer aux usages établis. Ensuite, on se laissait glisser dans le traîneau tiré par le cheval. Ce devoir religieux favorisait aussi les invitations à la porte de l’église. Le jour de Noël, c’était grande fête. Les parents ressentaient le besoin de s’aimer davantage. Au souper, un grand nombre de convives se réunissaient autour de la longue table. Et on se quittait qu’après une soirée à laquelle tous avaient contribué en faisant montre de ses talents: chansons, harmonica, jeux de société, blagues.

Toute la parenté manifestait sa joie débordante à l’arrivée de chaque famille. Les victuailles répandaient un arôme appétissant. Les femmes se couvraient d’un grand tablier blanc pour faire le service de la table. Les convives se régalaient de ragoût, de pommes de terre, de rôti de lard, de tourtières, de tartes à la pichoune, de gâteaux, de confitures. Il y en avait pour tout le monde. Ce soir-là, les hommes parlaient haut et fort. Inévitablement, la conversation s’engageait sur les exploits extraordinaires de leurs chevaux ou sur la politique. Dans ce cas le terrain était sensible, car l’esprit de parti ne permettait aucune concession.

Le jour de l’An était une fête à caractère plus solennel. La veille, le sommeil des enfants avait été troublé par la possibilité de ne pas avoir d’étrennes. Et cette crainte était bien justifiable car, pour avoir la paix, la mère a souvent lancé l’avertissement suivant «Si vous êtes encore tannants, le petit Jésus, qui vous voit, va vous punir, puis il va passer tout droit au jour de l’An.» Un silence inhabituel imprégné de gêne et d’émotion régnait dans la maison d’ordinaire si grouillante. C’est que le père venait d’entrer après le train de l’étable. La nouvelle année s’amorçait par la bénédiction paternelle, symbole du respect de l’autorité. Le chef de famille, dans un maintien solennel, se tenait debout, le visage fixé sur la croix noire. Tous les enfants s’agenouillaient en face de lui, de même que la mère. «Papa, voulez-vous nous bénir?» Selon la coutume, cette demande était formulée par l’aîné. D’un ton pathétique, la bénédiction de Dieu descendait sur cette famille respectueuse de sa religion et de ses traditions.

Après les travaux ménagers de tous les jours, on se gréyait pour la grand-messe. Tout joyeux, les enfants s’entassaient dans la carriole avec l’espoir de recevoir les étrennes du curé. Certains prêtres offraient un cadeau aux petits de la grande famille paroissiale. Après l’office, les jeunes couraient jusqu’au presbytère. Le curé ouvrait la porte. La table était garnie de sacs bien rangés qui contenaient une orange, des bonbons français, des tuques en chocolat, etc. La ménagère, souriante, essayait de calmer les ardeurs en disant: «Poussez pas, les enfants, vous allez tous en avoir.» Le curé satisfait observait l’admiration de ces enfants qui jetaient un regard dans le sac avant de le fermer avec leurs deux mains.

La fête du jour de l’An n’aurait pas été complète sans la visite chez le grand-père.

Les grands-parents accueillaient avec émotion la nombreuse famille. Après les premières salutations, les vieux passaient dans le «p’tit salon», grand-mère allumait la lampe à l’huile, puis sa fille s’agenouillait pour recevoir la bénédiction de son père.

Après cette deuxième bénédiction et de décapotage – le fait d’ôter son manteau et ses bottes d’hiver – , c’était la ronde des pognées de mains, des embrassades, des souhaits.

Les festivités continuaient jusqu’aux Rois. Autrefois, les parents entretenaient des liens d’amitié. La distance n’était pas un obstacle, car le cheval, a toujours conduit ses maîtres à bon port. C’est ainsi que les histoires, les légendes, les contes, les chants, les danses traditionnelles et autres traditions se sont transmis d’une génération à l’autre.

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