Depositphotos Les victimes qui sont prises dans le cycle de la violence conjugale ressentent de la peur, de la honte, de la culpabilité, du doute et de l'impuissance. Elles n’ont plus confiance en elle, ni d’estime.
Lundi dernier Halte-Femmes a appris la tragique nouvelle de l’assassinat d’une jeune femme, Pamela Jean, à Montréal-Nord. Les causes de son décès ne sont toujours pas connues, mais son ex-conjoint a été arrêté et formellement accusé le 7 janvier de meurtre au second degré. Cet homicide s’ajoute aux tragiques évènements du 10 juillet 2012 (tentative de meurtre d’une jeune mère frappée à coups de marteau par son ex-conjoint), du 3 mars 2012 (meurtre de Justine Macéna Blaise, poignardée par son conjoint) et du 11 octobre 2010 (meurtre de Marie Altagracia Dorval, poignardée par son ex-conjoint).

Oeuvrant depuis 29 ans en tant que centre de femmes spécialisé en violence conjugale, Halte-Femmes tient à dénoncer l’utilisation des mots drame conjugal/familial ou passionnel, pour décrire la violence conjugale ainsi que la quasi-inexistence, dans les médias, de la réalité de la violence conjugale postséparation.

Afin de dénoncer la violence conjugale, elle doit être désignée de manière précise. Les expressions drame conjugal/familial et passionnel ne désignent pas clairement le crime commis ni ses victimes. Ces expressions rendent la violence vécue banale, sans réelle importance. Le crime n’est pas décrit comme faisant partie d’un phénomène social, mais comme un événement isolé, un simple fait divers. Utiliser le bon vocabulaire est un premier pas dans la création d’une conscience collective de la réalité. N’ayez donc pas peur de dire la simple vérité : il s’agit d’un crime, du meurtre d’une femme qui tentait de récupérer du pouvoir sur sa vie en se séparant d’un conjoint qui voulait garder le pouvoir sur elle. Il s’agit de violence conjugale postséparation.

De plus, poursuivre les travaux de sensibilisation des médias au traitement approprié d’évènements tragiques tels que les homicides intrafamiliaux figure parmi les recommandations du Rapport du Comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux publié le 22 novembre 2012.

Dans un contexte social où les femmes luttent pour que cessent les actes de violence à leur endroit, Halte-Femmes considère également urgent de démystifier certains mythes et stéréotypes associés à ce phénomène aux conséquences inacceptables :

La violence conjugale n’est qu’une simple chicane de couple. FAUX! En fait, dans une chicane de couple, l’un des conjoints tente de convaincre l’autre de son point de vue et veut gagner son point. Dans le cas de violence conjugale, le conjoint violent impose sa volonté afin de gagner plus de pouvoir sur l’autre.

L’homicide conjugal est un acte de désespoir. FAUX! C’est un meurtre, souvent prémédité. Il est l’aboutissement d’une longue relation de domination violente. Il ne s’agit pas d’une perte de contrôle ni d’une preuve d’amour, mais bien d’une prise de contrôle allant jusqu’au meurtre. 

Les femmes qui restent avec un conjoint violent sont des masochistes. FAUX! Dans les faits, plusieurs facteurs (souvent tous présents en même temps) expliquent pourquoi une femme demeure avec son agresseur:

-Les victimes qui sont prises dans le cycle de la violence conjugale ressentent de la peur, de la honte, de la culpabilité, du doute et de l’impuissance. Elles n’ont plus confiance en elle, ni d’estime.

-Elles ont peur des représailles pour elles et leurs enfants ; elles ont peur de ne pas être crues ou d’être jugées comme responsables de briser la famille.

-Elles ne connaissent pas les lois qui les protègent ou n’en ont pas confiance ; elles ne connaissent pas les organismes qui pourraient les aider.

-Elles subissent de la violence économique, n’ont pas accès à l’argent, sont sans travail et ne voient pas comment elles pourraient se débrouiller seules.

La violence cesse une fois que la femme se sépare de son conjoint violent. FAUX! L’annonce d’une rupture suscite, chez certains conjoints, des réactions vives qui se transforment en une escalade de la violence. Le risque d’homicide ou de tentative de meurtre augmente considérablement dans la première année suivant la séparation. Plusieurs femmes prises dans une relation de violence le savent et ont peur de quitter. Malheureusement, plus de la moitié des homicides intrafamiliaux se produisent dans un contexte de séparation conjugale, réelle ou appréhendée; rupture souvent non acceptée par le responsable de l’homicide. Selon Statistique Canada, les données actuelles confirment que la séparation ne met pas nécessairement un terme à la violence conjugale et que la majorité des femmes (57 %) qui ont commencé à être victimes de violence après une séparation ont été battues, étranglées, menacées avec une arme à feu ou un couteau, ou agressées sexuellement.

L’ignorance et les préjugés de notre société face à ce type de violence donnent beaucoup de pouvoir aux agresseurs et nous croyons qu’ensemble, nous pouvons changer les choses. Au cours des dernières années, le nombre de demandes et services auprès de femmes violentées et leurs enfants a augmenté. Pourtant, bien des gens pensent que cette violence est chose du passé. Malheureusement, beaucoup de violence est encore perpétrée envers les femmes et cela se termine souvent en meurtre, chaque année, ici même au Québec.

Si vous avez des inquiétudes pour vous-mêmes ou pour un proche vous pouvez appeler, de manière confidentielle, S.O.S. Violence conjugale au 514 873-9010, et ce 24 h sur 24 et 7 jours par semaine, ou encore Halte-Femmes au 514 328-2055, durant ses heures d’ouverture. Si vous craignez pour votre sécurité, appelez le 911!

(Source : Halte-Femmes)

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