Dans les dernières semaines, une forme de discrimination inédite a fait les manchettes, celle qui vise la culture hip-hop. L’affaire a éclaté lorsqu’un bar de Pointe-Claire s’est vu imposer une condition surprenante pour l’obtention d’un permis d’alcool : la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec exigeait que le bar n’organise aucun spectacle de hip-hop ou rap.

D’entrée de jeu, il pertinent de citer le directeur du CRARR, Fo Niemi, qui figure parmi ceux qui ont dénoncé de telles pratiques. «Ce sont des cas où la liberté d’expression est bafouée. Cela fait penser aux fondamentalistes chrétiens qui associaient le rock’n’roll à la musique du diable» a-t-il déclaré à une journaliste de La Presse

Selon les informations qui ont circulé, c’est le service de police de Montréal qui aurait demandé à la Régie d’imposer cette condition, prétextant que la musique rap attirerait des gangs de rue.

Les autorités gouvernementales n’ont rien trouvé de mieux que d’obtempérer à cette consigne discriminatoire. Pour combattre les gangs de rue, on a donc choisi de stigmatiser bêtement toute une culture.

Rappelons que la culture hip-hop existe depuis maintenant plus de 40 ans et que le rap n’est que l’un de ses quatre éléments originaux. Les trois autres « éléments » sont le break-dance, le graffiti et le disc-jockey (DJ). Depuis ses débuts, la culture hip-hop a systématiquement été dévalorisée et considérée comme une musique à bannir. Il s’agit pourtant d’un l’un des phénomènes culturels majeur ayant surgit des métropoles de notre civilisation dans la deuxième moitié du XXe siècle.

À l’origine, lorsque les policiers new-yorkais voyaient des jeunes s’adonner au break-dance dans le Bronx, ils les arrêtaient pour avoir troublé la paix croyant qu’ils se battaient !  Pourtant la danse associée au hip-hop est un chef-d’œuvre de créativité et les « bboy » et « bgirls » qui l’exécutent ont développé un art qui est maintenant pratiqué partout dans le monde.

Ce n’est qu’un exemple puisque ces anecdotes sont infinies dans l’histoire mondiale de la culture hip-hop. De fait, ce courant culturel a subi le même ostracisme à travers le temps que le jazz, considéré à l’origine comme vulgaire et de mauvais goût, puisqu’on y a d’abord entendu une musique subversive des Noirs aux États-Unis. On connaît la suite, le jazz est devenu une musique huppée !

Le rap a connu une phase nommée « gangsta » qui a considérablement nuit à son image. Pourtant, il ne s’agissait que d’une phase qui ne devrait pas éclipser toutes les autres, particulièrement l’origine festive et même pacificatrice de la culture hip-hop. Elle ne devrait pas non plus confondre l’esthétique du gangster avec la criminalité elle-même.

Après tout, les artistes ont des antennes connectées dans le social et ils renvoient au cœur des êtres d’une société ce qu’elles sont dans leur essence, y compris ce sur quoi elles voudraient fermer les yeux. Tant dans son esthétique gangsta, ou dans son volet plus poétique, ou encore celui plus engagé, le rap est un art fascinant.

Les sociétés occidentales reconnaissent généralement cela à notre époque. Signe que les temps ont changé, le président Obama lui-même a invité un rappeur à la Maison blanche lors d’une cérémonie. À São Paulo, où j’ai eu le privilège d’étudier la variante brésilienne de cette culture globale, le musée de la langue portugaise reconnaît que les rappeurs sont aujourd’hui les artistes qui assurent la vitalité de la langue du pays. On pourrait continuer longtemps la liste des médailles qu’a reçues la culture hip-hop.

Le plus important demeure néanmoins de reconnaître que la culture est le reflet d’un mode de vie. La changer ou la museler ne change pas le mode de vie qui l’a fait naître. En la censurant, on risque même de bloquer l’expression d’une communauté, ce qui est pourtant vital. Et à Montréal-Nord, les rappeurs sont d’ailleurs les maîtres de la représentation de la vie dans les quartiers périphériques, comme je l’écrivais dans l’une de mes toutes premières chroniques.

Il fallait vraiment des policiers montréalais et des fonctionnaires bornés pour assimiler toute la richesse de la culture hip-hop au phénomène des gangs criminalisés.

Heureusement, plusieurs artistes se sont regroupés pour dénoncer ces pratiques discriminatoires qui, reconnaissons-le, ne passeraient pas le test de la Chartre des droits et liberté si on les contestait devant les tribunaux. Espérons qu’il ne soit pas nécessaire d’aller jusque-là.

Pour me joindre : ted_hebert@yahoo.fr

 

Guillaume Hébert

 

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