Kevin Leclair et Massimo Costarella-Serra étaient tous les deux en troisième secondaire à l’école Henri-Bourassa lorsqu’ils ont embarqué dans le projet Étudiants dans la course. L’année qui a suivi a été parsemée d’épreuves, mais le 25 septembre dernier, ils ont franchi la ligne d’arrivée du Marathon de Montréal.

En deuxième secondaire, Keven Leclair a failli tout lâcher, mais l’école Henri-Bourassa l’a retenu. Keven a dû recommencer son année et au terme de cette année, la Commission scolaire de la Pointe-de-l’île lui a remis une bourse et a inscrit le jeune à des cours de combat. C’est à ce moment qu’il a senti que les gens commençaient à croire en lui.

Né dans un milieu défavorisé, Keven habite seul avec sa mère, ses quatre frères et sœurs ayant tous quittés la maison, et il dit suffoquer dans cet environnement. Il a récemment fait une demande pour partir en appartement supervisé et il en attend toujours des nouvelles. L’adolescent veut se distancer de sa mère. Il ne veut plus être témoin de ses mauvais choix, nous dit-il. Elle aussi est prête à le laisser partir; elle a approuvé sa demande de déménagement.

Son compagnon de classe, Massimo Costarella-Serra, vit lui dans un environnement plus paisible. Ses parents ne sont plus ensemble, mais demeurent dans le même complexe, alors l’adolescent se promène de chez l’un à l’autre. Massimo se rappelle de son primaire comme d’une époque très sombre. Il se servait souvent de ses poings et à l’approche du secondaire, il songeait au suicide. Aujourd’hui, il dit ne pas se souvenir d’où lui provenait toutes ses pensées noires, mais il affirme qu’il lui manquait quelque : la confiance en soi.

Étudiants dans la course

Jean-François Bouchard, directeur de l’école secondaire Henri-Bourassa, a été approché pour participer au projet-pilote Étudiants dans la course alors qu’il en avait très peu entendu parler. Lancé en 2010, le programme met au défi les jeunes provenant de quartiers à risque de Montréal de s’entraîner pour courir le marathon de Montréal. Au-delà de l’exploit physique, c’est un périple mental qui requiert une bonne dose de discipline.

Amateur de projets de cette envergure, M. Bouchard l’a mis en branle dans son école. Keven Leclair s’est greffé à la petite équipe et en a ensuite parlé à Massimo, qui a fini par se joindre à eux. Chaque coureur a été jumelé à un mentor qui l’a suivi tout au long de l’aventure. Pour Kevin, ce mentor était Vicky Léveillé, professeur de mathématiques à l’école Henri-Bourassa. M. Léveillé a suivi le cheminement de son « p’tit gars », comme il l’appelle, de près. Keven est d’ailleurs le premier à dire que M. Leveillé joue un peu le rôle de son père. « Il n’a pas peur de me remettre à ma place », dit-il, sourire en coin.

Le jour du marathon, Keven, Massimo et Carlos Larocque, le troisième jeune de l’école Henri-Bourassa, étaient fin prêts à aller jusqu’au bout de l’épreuve. Pourtant, au kilomètre 27, les jambes de Massimo n’ont plus voulu avancés. Il a alors songé à abandonner. Son niveau d’énergie au plus bas, il a utilisé sa force mentale pour se motiver. « J’ai pensé à tous les sacrifices que j’avais fait dans la dernière année, les entraînements du dimanche matin surtout, et j’ai gardé l’œil sur le but », confie-t-il. Keven aussi a vécu un dilemme semblable, mais trois heures et cinquante-huit minutes après avoir traversé la ligne de départ, il a finalement terminé son premier marathon. À la toute fin, M. Léveillé retrouve son jeune, l’enlace et lui répète qu’il est fier de lui. Massimo a atteint son objectif après 4 heures 27 minutes. Ses parents sont venus l’encourager et les frères et sœurs de Keven étaient là pour féliciter leur frère, mais la plus grande fierté provenait des jeunes eux-mêmes.

Cet automne, Keven et Massimo se sont inscrits dans l’équipe d’athlétisme. Leurs projets à long terme sont encore flous, mais cette leçon de persévérance devrait les suivre toute leur vie.

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