J’ignore où en sera le mouvement au moment de la publication de cette chronique – tout va tellement vite ces jours-ci – mais alors que j’écris ces lignes, la Loi spéciale du gouvernement flotte au-dessus du Québec comme un gros nuage gris, opaque, chargé. L’orage menace. Le Québec entre dans une phase de son histoire qui rejoindra en intensité celle de la Révolution tranquille.

On se disait pourtant que le péril réel était à Ottawa. Harper et ses intégristes chrétiens ou ses amoureux de la royauté refondent le Canada sur des bases qui nous nous ressemblent guère. Mais le Canada, il n’agit pas sur notre tissu social québécois. J’ai souvent affirmé qu’il n’existe pas de société canadienne. Nous vivons dans une société québécoise qui appartient à une confédération d’États (provinciaux) qui s’appelle le Canada (Avez-vous remarqué que le Premier ministre canadien n’a pas émis la moindre déclaration sur la crise socio-politique majeure que connaît le Québec ? Comme s’il s’agissait d’un pays étranger…). 

On croyait donc que la principale menace à nos libertés fondamentales viendrait d’Ottawa. Et bien non. Par l’adoption d’une loi spéciale liberticide, le Premier ministre du Québec Jean Charest vient de lancer le Québec dans une dérive extrêmement dangereuse.  Il a d’ailleurs rompu définitivement avec une vision du Québec.

Après quatorze semaines de grève étudiante, le mouvement s’est considérablement élargi et le peuple québécois est entré en ébullition. Après avoir tenté des mois durant d’ignorer cette grogne, le gouvernement a ouvert des discussions que plusieurs ont jugé factices, transformant cette contestation en colère populaire.

Le gouvernement de Jean Charest a finalement tranché une fois pour toute en faveur du dépôt d’une « loi matraque » pour museler l’opposition. Ce choix, c’est celui d’un chef de gouvernement qui a décidé de polariser un débat plutôt que de le tempérer. C’est la méthode Harper appliquée à une société déjà en ébullition. Le mélange est explosif. La polarisation est inédite.

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Les citoyen-ne-s du Québec doivent être inquiets. Très inquiets. Des commentateurs et des analystes conservateurs ou néolibéraux, bref, proches des classes dominantes, évoquent de plus en plus les «problèmes» du vote en démocratie. Les populations, jugent-ils, sont irresponsables et ne votent pas bien. Le vote de tout le monde, suggèrent-ils alors, n’est peut-être souhaitable. Vous pensez que je l’invente ?

Retenez votre souffle, et lisez par exemple Tasha Kheiriddin dans le National Post :

It’s worth remembering that democracy initially did not extend participation to everyone: most of the time, it was the privilege of the haves, not the have-nots. […] At the same time, welfare states – and their politicians – need to re-examine the culture their policies are creating, or risk sliding into the quagmires now confronting Quebec and Greece.

Pour écrire sa Loi spéciale, le gouvernement du Québec s’est manifestement inspiré de ce type de propos qui trahissent une haine de la démocratie. Ils ont transformé en politique les propos de conservateurs extrémistes. Infiniment plus dangereux que les soi-disant casseurs dont certains médias font leurs choux gras.

Que se passera-t-il maintenant qu’on attaque le droit à l’éducation pour tous et toutes, le droit de manifester, le droit d’association…? Trop tôt pour le dire, il faudra d’abord se pincer et admettre qu’on est vraiment en train de vivre ça au Québec. Ensuite, on reconnaîtra que c’est un terrible recul en arrière. C’est un geste de répression inédit contre une nation en pleine régénérescence de par sa jeunesse. Le gouvernement va-t-il vraiment l’écraser ? Osera-t-il faire cela ?

Ce que nous vivons marquera l’avenir du Québec. Pour le meilleur, ou pour le pire ? Ça dépens de la réaction des citoyennes et des citoyens. Là, tout de suite, maintenant.

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Pendant ce temps, à Montréal-Nord, mis à part les courageux étudiant-e-s du Cégep Marie-Victorin, ça été le silence radio durant des mois. Dans notre arondissement, les organismes communautaires ne sont pas trop attristés de voir qu’on ajoute des barrières à l’accès aux études universitaires. Le secteur communautaire québécois s’est mis en grève sociale la semaine dernière, appuyant le mouvement étudiant comme l’avaient fait également les associations de travailleurs. Mais à Montréal-Nord, non.

À Montréal-Nord, ça été le silence jusqu’à la démission de la députée Line Beauchamp. Dès que ça s’est produit, une quinzaine d’organismes nord-montréalais sous le choc ont signé une déclaration demandant à la ministre démissionnaire… de rester !

Sans commentaire. 

Guillaume Hébert

 

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