Pendant que les casseroles résonnent au Québec dans la foulée de l’un des plus vastes mouvements sociaux que notre peuple ait connu, que les conservateurs ont Canada poursuivent leur refonte de la fédération et que les Étasuniens devront bientôt décider s’ils confient un deuxième mandat à Barack Obama, l’Europe continue d’être la région du monde où les événements des prochains mois sont les plus susceptibles de faire basculer l’ordre actuel du monde.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que notre époque est mouvementée. Il est toujours trop tôt pour prédire si les transformations en cours permettront d’améliorer le monde en solutionnant le problème des changements climatiques ou encore la pauvreté et la misère qui s’accroissent ici et ailleurs. Mais au moins, on aura bel et bien une chance de voir s’éveiller les consciences.

« Savoir lire judicieusement la conjoncture ». C’était la première qualité qu’on prêtait à François Cyr, un militant qui en avait pourtant beaucoup d’autres. François, qui a été pour moi une grande inspiration, est décédé d’un cancer le mois dernier. Dire que c’est maintenant qu’on le plus besoin de sa sagesse. C’est infiniment triste.

Tentons tout de même de peser et sous-peser les éléments d’actualité pour mieux comprendre l’univers du possible. Il y aurait beaucoup à décortiquer, notamment les éventuels impacts électoraux du conflit étudiant au Québec, mais j’aimerais dans cette chronique remonter un peu plus loin, en Europe, où la crise de la dette souveraine se poursuit.

Rappelons-nous des faits. Suite à la crise de 2007-2008 (celle-là venait des États-Unis), les États européens ont renfloué leurs banques et stimulé la retour à la croissance économique à grand coup de milliards d’euros. Les immenses dettes que contractèrent alors les gouvernements pour éponger les dégâts causés par les banques privées surviennent alors que les déficits budgétaires sont déjà courants dans l’Union européennes. Les finances publiques deviennent très fragiles.

Le premier pays à mettre un genou au sol est la Grèce en 2009. Elle sera suivie peu après par des difficultés majeures en Irlande, au Portugal, en Espagne et en Italie. Pour recevoir l’aide de l’Union européenne, les pays adoptent des plans d’austérité à répétition.

Qu’est-ce qu’un plan d’austérité ? C’est une mesure d’urgence censée redresser brusquement les finances publiques d’un État. Elle se réalise en sabrant dans les dépenses de l’État (principalement les services publics; éducation, santé…), en congédiant les travailleurs de l’État, en privatisant les sociétés d’État (qui passent à des mains privées), en flexibilisant le code du travail (en retirant les gains historiques des travailleurs en termes de droits et protection), en prélevant de nouvelles taxes, etc. Ce type de mesure est évidemment extrêmement impopulaire et ne peut être imposé que dans un moment politique de panique généralisée ou de traumatisme.

Or, les plans d’austérité n’ont pas servi à grand-chose en Europe. Ils ont été si agressifs qu’ils ont étouffé l’économie et depuis, on ne compte plus les phases critiques où l’on frôle l’effondrement économique qui surviendrait advenant la faillite d’un pays.

Depuis quelques mois, alors que la Grèce est de nouveau le pays au centre de l’attention, on évoque plus régulièrement l’avenir incertain de l’Union européenne elle-même. Cette Union sera-t-elle en mesure de se maintenir ou implosera-t-elle ? Les rivalités entre l’Europe du Nord (notamment l’Allemagne) et les pays du Sud (Grèce, Espagne, Italie, etc.) exacerbent les envolées nationalistes et parfois même racistes. On évoque de plus en plus souvent l’expulsion de la Grèce hors de l’Union. Il faut comprendre que suite à une telle expulsion, la Grèce ne pourrait vraisemblablement pas éviter la faillite et à partir de là, on ignorre quelle serait ampleur de la crise économique qui en découlerait. Chose certaine, elle entraînerait tous les pays du monde dans un ralentissement économique et sans doute bien pire.

Il faut également comprendre que peu importe comment la crise de la dette souveraine se soldera en Europe, l’onde de choc se transportera jusqu’ici. Si l’austérité l’emporte au bout de plusieurs mois ou années et que l’Europe recouvre une quelconque stabilité économique, d’autres pays subiront le même sort et on nivellera toujours plus vers le bas les acquis, les droits et les avoirs des peuples au profit d’une élite économique insatiable. Si on contraire l’austérité échoue, la crise deviendra rapidement politique et bouleversera l’ordre établit. Nous verrons alors surgir de toutes nouvelles options politiques en rupture complète avec le néolibéralisme qui à l’heure actuelle domine outrageusement les politiques de tous les États occidentaux. Cette réponse pourrait être conservatrice, voire fascisante (comme en Hongrie), ou elle pourrait être anticapitaliste. En Europe présentement, et en Grèce en particulier, on observe le raffermissement de ces deux options et leurs éventuels gains électoraux influenceront des courants de pensée et des partis politiques partout dans le monde.

Notons enfin que selon un point de vue de plus en plus répandu, la crise actuelle n’aurait pas pour véritable enjeu de satisfaire les marchés financiers qui demandent plus de stabilité mais plus fondamentalement des élites économiques qui veulent tirer profit d’une conjoncture où les peuples sont ébranlés et plus susceptibles de consentir à des sacrifices qui nous ramènent parfois cent ans en arrière si l’on évalue la situation à travers d’un point de vue de justice sociale. De justice tout court, est-on tenté d’ajouter.

L’économie l’exige apparemment. On connaît chanson, « il faut créer la richesse avant de la distribuer ». Certains sont de cet avis. Ça n’importe plus guère. Ce qui est important désormais, c’est que de moins en moins d’êtres humains avalent ce subterfuge et se disent que finalement, les humains eux-mêmes sont plus important que l’économie. Et à partir de là, la porte du changement social s’ouvre comme il se produit de temps en temps dans l’histoire.

Ironie du sort, la Grèce et l’Allemagne, deux protagonistes opposés dans la crise européenne, s’affronteront cette semaine dans les quarts de finale de l’Euro 2012. Espérons que ça n’aiguise pas davantage les nationalismes et ne brouille pas le bon sens des peuples européens devant une structure qui menace de les déposséder plus que jamais.

Guillaume Hébert

 

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