(Photo: Isabelle Bergeron) La ceinture noire de karaté sœur Chantal Desmarais est sensei et fondatrice du dojo Ookami situé dans l'église Saint-Camille de Montréal-Nord.
Sœur Chantal Desmarais peut casser quatre blocs de béton avec son coude. La sensei du dojo Ookami utilise l’art de la guerre pour enseigner l’art de la vie harmonieuse.

Trois fois par semaine, la religieuse de 50 ans troque sa tenue ecclésiastique pour son kimono de karaté. Dans son dojo, situé à même l’église Saint-Camille de Montréal-Nord, la ceinture noire de karaté enseigne à ses 70 disciples de 6 à 77 ans de toute confession religieuse.

« Je suis consciente qu’il semble y avoir une contradiction entre la religion, ou même l’art, et la guerre, admet Mme Desmarais. Mais dans le fonds, il n’y en a pas, si on adapte le message à la vie moderne. Le karaté nous enseigne à combattre nos pires ennemis, ceux qui sont à l’intérieur de soi », précise sœur Desmarais.

Des valeurs universelles

La religieuse estime d’ailleurs que les valeurs des moines japonais, soit la dignité, le respect et la courtoisie, rejoignent celles de la Bible. Elle insiste beaucoup sur l’importance « de maintenir un équilibre spirituel, mental et physique ».

Même si elle se défend bien de recruter de nouveaux chrétiens par l’entremise de ses cours, sœur Desmarais admet prêcher les valeurs de l’Évangille en tout temps.

Plusieurs de ses disciples fréquentent d’ailleurs son dojo pour la couleur spirituelle que lui donne la soeur.

« J’ai fait quelques écoles de karaté avant de rencontrer sœur Chantal. La différence c’est qu’elle a une vision très philosophique et très traditionnelle du karaté. Il n’y a pas d’esprit de compétition, c’est véritablement un art martial. Elle l’enseigne comme un art », explique Luc Coulomb, un disciple depuis 11 ans.

« Ici, le principe n’est pas de s’entretuer, mais de parer les coups. On nous enseigne à faire de la conciliation plutôt que de la violence », ajoute un autre participant, le doyen de l’école de karaté.

Une vocation sportive et spirituelle

Sœur Desmarais avait la vocation du sport avant même de joindre la congrégation des sœurs de la Charité, à l’âge de 18 ans. Avant son noviciat, elle pratiquait notamment le judo.

« J’hésitais entre les forces armées et la vie religieuse, explique Mme Desmarais. Dans les deux cas, il y a une donation à la cause. »

« Elle a toujours été très sportive, ajoute soeur Pierre-Anne Mandato qui a enseigné la novice alors qu’elle était au secondaire. Un jour, elle est venue me voir pour me dire qu’elle voulait s’engager dans l’armée, mais pas n’importe laquelle : celle du seigneur. »

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si sœur Desmarais a choisi une congrégation qui encourage l’activité physique depuis sa fondation. Ses supérieures l’ont d’ailleurs encouragée à poursuivre ses études en éducation physique, une discipline qu’elle a ensuite enseignée à l’école Marie-Clarac.

Quelques années après avoir fondé son dojo, en 1993, sœur Desmarais a obtenu sa certification de ceinture noire au Japon.

Le hockey

Le karaté n’est pas le seul sport que pratique sœur Desmarais. Deux dimanches sur trois, elle joue également au hockey à Boucherville, un sport pour lequelle a été entraîneuse des élèves de l’école Marie-Clarac.

« J’ai besoin d’activité physique, soutient l’ailier. L’équipe est sympathique et m’accepte comme je suis. Quand j’ai commencé, je cherchais une ligue non compétitive. Je voulais jouer au hockey sans avoir de pression. Jouer au hockey m’aide à garder la santé. Ma maxime de vie est « un esprit sain dans un corps sain ». Ça prend un équilibre. »

Pour la religieuse, le sport est d’ailleurs une façon de se rapprocher du monde.

« Les gens s’imaginent encore que les religieuses sont au couvent à prier, mais on doit être présent dans la communauté », affirme sœur Desmarais.

« Lors du réchauffement, il arrive qu’une coéquipière vienne me voir et me demande de penser à elle dans mes prières parce qu’elle vit des moments difficiles. D’autres viennent se confier ou demander conseil », ajoute la religieuse.

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