La pire crue des eaux printanière en 55 ans s’est poursuivie, dimanche, dans l’Ouest-de-l’Île. À l’Île Bizard, la situation a continué à s’aggraver tout comme à Pierrefonds où trois digues riveraines ont cédé pendant la nuit.

Alors que l’armée canadienne a débuté  son déploiement dans la nuit de samedi à dimanche, le maire de Montréal, Denis Coderre a déclaré, en milieu de journée, l’état d’urgence jusqu’à mardi dans plusieurs secteurs de l’agglomération, dont Sainte-Anne-de-Bellevue, Senneville, L’Île-Bizard – Sainte-Geneviève, Pierrefonds-Roxboro.

«L’eau a monté de 10 centimètres aujourd’hui et doit monter de 10 autres centimètres dans les prochaines 24 heures. Nous avons à faire face à une situation critique. Mardi matin, il y aura un renouvellement. Mardi matin, il y aura un conseil d’arrondissement, soit pour faire un bilan ou pour étendre de cinq jours ce décret», a  fait savoir le maire.

L’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville a également été visé par cette mesure.

L’armée sur le terrain
Alors qu’on attendait jusqu’à 1200 soldats de l’armée canadienne avant la fin de la journée dimanche entre Gatineau et Trois-Rivières, un escadron d’environ 70 soldats du 12e régiment blindé s’affairait depuis 2h à renforcer une dizaine de digues sur des rues du nord de Pierrefonds, qui jouxtent la Rivière des Prairies.

«Le niveau de l’eau n’arrête pas de monter. Les digues qui étaient là étaient vraiment insuffisantes. On essaie de contrôler ça pour éviter des débordements. On a monté, depuis ce matin, des digues d’un pied de hauteur sur 1,5 km. On a aussi mis des deuxièmes murs pour protéger à l’arrière», précise le lieutenant, Julien Ménard.

Un peloton de 25 réservistes devait d’ailleurs venir appuyer les hommes du lieutenant Ménard en plus de deux autres sections de sept soldats.

Pierrefonds-Roxboro
Les militaires de l’armée canadienne ont été déployés vers 4h du matin, dimanche afin de donner un coup de main aux résidents affectés à Pierrefonds-Roxboro.

Trois digues importantes ont cédé le matin même le long de la Rivière des Prairies sur les rues Lauzon, de Boulogne et l’avenue du Château-Pierrefonds. Sur cette avenue qui forme un cul-de-sac en bordure de la Rivière des Prairies, l’eau atteignait le boulevard Gouin, à quelques centaines de mètres de là.

Aline Michaud, qui habite à l’intersection de Gouin et de Château-Pierrefonds, n’avait pas encore évacué sa maison, un peu avant 11h, dimanche, bien qu’on y avait déjà l’eau aux chevilles, au sous-sol.

«On n’aura pas le choix à un moment donné de partir parce qu’on n’a pas d’eau chaude parce que le réservoir d’eau chaude est au sous-sol où il faut fermer l’électricité.  On peut vivre un petit peu en haut, mais on n’as pas d’eau chaude», raconte-t-elle.

L’Île-Bizard
En après-midi, les autorités recommandaient à la population d’évacuer le parc de maisons mobiles, notamment sur la rue Roger, où l’eau montait presque aux genoux des résidents qui marchaient sur les rues du parc, où habitent environ 150 personnes.

«On évacue des gens depuis jeudi. Il y a des gens qui ne veulent pas partir. Il faut qu’ils sortent parce qu’ils sont vraiment exposés au vent et aux vagues. Il n’y a rien pour ralentir les vagues. Les maisons construites sur le bord de l’eau sont beaucoup plus problématiques pour l’instant», indique le conseiller municipal Jean-Dominic Lévesque-René rencontré sur place.

Michel Ouellette a quitté sa demeure vers 14h30 dimanche avec sa chienne Kaya. Il a pris le strict minimum avec lui et est parti se réfugier au Centre socioculturel de l’arrondissement, qui a été transformé en refuge pour sinistrés par l’administration. Une douzaine de personnes y avait cherché refuge dimanche.

«Ma maison est située près de l’eau sur la rue Roger. Le niveau de l’eau était rendu à la deuxième marche de l’escalier d’entrée. Mon puits d’eau a été contaminé et ma fosse septique s’est remplie avec la pluie. Je ne pouvais plus utiliser ma toilette ou la douche. C’était vraiment l’enfer», raconte M. Ouellette.

Sainte-Anne-de-Bellevue
Dans la municipalité de l’extrême ouest de l’île de Montréal, la promenade qui borde le Lac Saint-Louis a été inondée. Le propriétaire du bar Phoenix, Basile Papachronis, a vu son sous-sol prendre l’eau. Il appréhende des dommages d’environ 10 000 $.

Plus d’une vingtaine de résidences avaient été évacuées, dimanche avant-midi. La mairesse, Paola Hawa indiquait à ce moment que de nombreux employés de la municipalité étaient sur le pied d’œuvre afin d’aider les citoyens.

«On est en train d’appliquer notre plan de mesures d’urgence. Tout le monde est au travail aujourd’hui: les communications, la trésorerie, tout le monde des travaux publics, le directeur général et les pompiers. Même l’équipe de rugby de la Ville est venue», indique la mairesse.

Cette dernière attendait l’armée également en matinée. Peu après 10h, sur la rue Sainte-Anne, les pompiers procédaient à l’évacuation des 17 personnes âgées de la Résidence Ste-Anne-de-Bellevue.

«Il y a plusieurs personnes en chaise roulante. L’eau n’arrête pas de monter et on s’attend à ce que le niveau de l’eau atteigne un sommet demain. L’évacuation se fait facilement en ce moment, mais s’ils attendent encore, d’évacuer des personnes en chaise roulante en chaloupe, ça ne sera pas drôle», a fait savoir le capitaine Guy Baron de la caserne 52 du Service de sécurité incendie de Montréal (SIIM).

Environnement Canada

Environnement Canada rapportait en début d’après-midi dimanche qu’environ sept millimètres de pluie étaient tombés sur la région depuis la nuit.  On ne s’attendait pas à des accumulations au sol significatives au cours des 24 prochaines heures.

«Il n’y a rien de majeur de prévu. Rien d’inquiétant pour rajouter à ce qui est tombé au cours des derniers jours», indique le météorologue, Bruno Marquis.

La porte-parole d’Hydro-Météo a, quant à elle, fait savoir qu’il fallait s’attendre à ce que le niveau de la Rivière des Prairies puisse grimper de 10 à 15 centimètres d’ici lundi.

«On réévalue la situation et nos précisions à tous les jours. Donc, cette hausse pourrait se prolonger dans le temps», indique la porte-parole, Annie Lagadec.

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