Marc Lalonde Le défi lancé à la rédaction: suivre le temps d'un «shift» un travailleur de la région, pour découvrir l'Ouest-de-l'Île à travers sa réalité. Les bénévoles sont sans doute les plus valeureux des travailleurs; plusieurs organismes comme les popotes roulantes ne peuvent se passer d'eux. Voici le deuxième article d'une série de trois. Sur cette photo, on voit Dinah Ouderkirk et Suzanne Chartier qui donnent leur temps comme conductrices pour la popote roulante du coin.
Nous sommes en milieu d’une matinée fraîche et lumineuse comme on en retrouve à la fin de l’hiver, et la résidante de Pointe-Claire Dinah Ouderkirk vient d’arriver à l’église unie de Beaconsfield, située dans le village de Beaurepaire. Elle commence son « shift » comme conductrice pour la popote roulante de la région.

À l’extérieur de l’église, elle rencontre sa coéquipière, la résidante de Beaconsfield Suzanne Chartier. À l’intérieur, la cuisinière bénévole Lise Letourneau, une femme de l’île Bizard, cuit le repas du jour. Elle est aidée par Heather Ayre de Beaconsfield, les deux femmes préparent un bœuf et légumes cuits au wok, avec des oignons, des champignons, de la salsa, une patate cuite au four et un morceau de pain d’épices.

Les quatre têtes présentes comparent leurs notes: elles vérifient si tous leurs clients réguliers souhaitent une livraison aujourd’hui, parlent du gâteau de fête d’un client dont l’anniversaire tombe entre les deux jours de livraison du mardi et jeudi, et de ses restrictions diététiques. Bientôt, les repas chauds doivent partir.

Lise Létourneau et Heather Ayre étaient devant les fourneaux depuis deux heures, chaque repas a été préparé à partir de zéro à partir d’ingrédients frais et nutritifs. «C’est toujours préparé avec amour», a dit Lise Letourneau. «Le groupe qui fait les achats (également fait par des bénévoles réguliers) a laissé les ingrédients ici pour nous, et nous arrivons avec quelque chose à servir», explique-t-elle.

 À partir de là, Dinah Ouderkirk et Suzanne Chartier vont livrer 18 plats à des résidants de Beaconsfield qui ont payé 4$ par repas, soit le montant requis pour payer les coûts. «Pour certains de nos clients, c’est à peu près le seul contact qu’ils ont avec le monde extérieur», affirme Mme Ouderkirk. «Et (la situation) est plus critique en hiver. Parfois, nous ne savons pas si la personne est encore en vie si elle ne répond pas lorsqu’on sonne à la porte. Il nous est déjà arrivé d’être coincés dans l’allée d’un résidant et d’appeler son fils en Alberta. Finalement, l’homme était simplement sorti pour un rendez-vous chez le docteur. Mais vous savez, quelqu’un peut tomber ou est malade, et nous sommes parfois les seuls à savoir», explique-t-elle.

Donc, du village de Beaurepaire, le premier arrêt n’est pas très loin jusqu’à la maison d’un homme en fauteuil roulant et qui vit avec des fonctions cognitives limitées. «Si une personne que nous pensons qu’elle va répondre à la porte ne le fait pas, ou n’a pas mis une boîte ou quelque chose pour qu’on y dépose le repas, on fait le suivi. Je pense que nos clients apprécient», affirme Mme Chartier. Pour les grandes occasions, on inclut des surprises avec les plats, pour Pâques ou pour la Saint-Patrick, par exemple. Autour de Noel, le père Noel lui-même s’occupe de livrer la nourriture.

À la prochaine maison sur la route, la cliente Mary Rowan salue chaleureusement la paire de bénévoles. «Au lieu de la popote roulante, c’est le sourire roulant lorsque ces deux-là s’en occupent», dit-elle. «J’adore la nourriture et les bénévoles font ma journée», affirme la femme vivace, en donnant leur donnant la monnaie qui paiera son repas. Le groupe échange des amabilités encore une minute ou deux, puis c’est le temps d’y aller, vers une autre maison. L’opération se poursuit de même, encore et encore.

La réception est presque toujours chaleureuse et amicale, les visiteurs de ce type sont de grande importance pour les aînés avec limitations qui n’ont pas beaucoup de contacts avec l’extérieur. Certains ont été référés par les services sociaux et d’autres par le centre d’action bénévole de l’Ouest-de-l’Île qui administre les différentes branches de la popote roulante de la région, soit à Sainte-Anne-de-Bellevue, à Baie-d’Urfé, Beaconsfield, Pierrefonds, l’île Bizard, Pointe-Claire, Dollard-des-Ormeaux, Dorval Sud et Nord, et trois divisions à Lachine.

La coordinatrice des popotes roulantes au centre d’action bénévole, Madeleine Costigan, s’occupe de coordonner plus de 800 bénévoles qui feront en sorte de livrer les plats chauds du mardi et jeudi. Après avoir livré plus de 31 846 repas chauds plus 10 000 repas congelés seulement l’an dernier, l’organisation a besoin de sang neuf, dit-elle. «On peut toujours en prendre de plus. Plusieurs de nos bénévoles sont aussi des personnes âgées, ils ne pourront pas continuer comme ça toujours. Certains de nos bénévoles à la cuisine de Lachine ont 85 ans. Ils devront être remplacés, éventuellement», explique Madeleine Costigan.

Cet état de fait, Dinah Ouderkirk en est consciente aussi. Certains des gens qui reçoivent les services de la popote roulante ont longtemps été bénévoles pour l’organisme. Et les limitations de la vieillesse ne font pas de discrimination; elles touchent également de vieux leaders de la communauté. L’ancien maire de Beaconsfield Edwin Briggs, qui a servi de 1960 à 1982, ainsi que sa femme Barbara, achètent des plats deux fois semaine. «C’est au moins deux jours où je n’ai pas à cuisiner», explique Barbara Briggs, qui estime qu’elle et son mari font partie du programme depuis au moins trois ans. Ils apprécient les portions généreuses. «On peut éventuellement utiliser les restes pour les combiner à un autre repas le lendemain. C’est très bien cuisiné, même s’ils incluent beaucoup de brocolis cuits et que cela ne plaît pas à mon mari, mais je ne peux pas vraiment me plaindre», dit-elle.

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