Pendant trois décennies, Domenico Mike Meduri faisait partie du paysage d’Outremont et du Mile End. Cet itinérant déambulait sur les avenues du Parc, Laurier et Bernard, accompagné de son vélo avec lequel il trimbalait ses tonnes de sacs et un vieux piano. Trois ans après sa mort, ce personnage attachant du quartier reprendra vie au grand écran.

Intitulé Mike, le surnom de l’homme d’origine italienne, le film s’articule autour de sa réalité d’itinérant et de son amour pour les animaux.

Le court-métrage de 20 minutes est l’idée du producteur outremontais Luke Bélanger, qui croisait souvent Mike lors de promenades avec son chien.

«Je voulais faire un hommage à ce monsieur-là. Il était spécial. Il peignait, il jouait de l’harmonica. Il parlait quatre langues. C’était quelqu’un d’éduqué et de cultivé», décrit M. Bélanger.

Après avoir vécu la guerre, Domenico est arrivé au Canada dans les années 1950 et aurait été boulanger. Personne ne connaît la véritable raison derrière son errance dans les rues jusqu’à sa mort à l’âge de 82 ans, en février 2014. Le choc émotif après la fin d’une relation amoureuse en serait la cause.

Bien qu’il habitait un petit logement, Mike a toujours préféré la rue. «Il ne voulait pas rester dans la maison. Ça ne lui plaisait pas», se remémore son frère, Diego Giovanni, qui voulait l’héberger chez lui à Mont-Saint-Hilaire.

Selon lui, le film permettra que son frère ne tombe pas dans l’oubli.

Deux histoires

Le film de Luke Bélanger est l’amalgame de deux histoires, et non une biographie du célèbre itinérant. Le réalisateur s’est inspiré du moment où il a dû mettre fin à la vie de son chien pour ensuite le transposer à la réalité de Mike.

Le court-métrage raconte l’histoire d’un itinérant octogénaire qui est incapable de laisser partir sa vieille chienne Meg, condamnée à mort. Mais l’homme s’accroche à l’idée qu’il reste une lueur d’espoir alors que la santé de sa seule amie se détériore.

Sans budget, le film a été tourné bénévolement dans différents lieux d’Outremont et du Mile End fréquentés par Domenico.

Les ressemblances entre le personnage, joué par Dino Tavarone, et le vrai Mike sont frappantes, d’après les passants qui ont croisé le plateau de tournage en novembre.

«C’était incessant. Les gens m’interrompaient pour me demander si c’était Mike», mentionne le réalisateur.

L’itinérance et les animaux

Le court-métrage se veut aussi un clin d’œil à l’amour de Domenico envers les animaux et son plaisir à nourrir les chats errants.

«Mike ramassait tous les animaux dans la ruelle. Des chats abandonnés, des oiseaux blessés. Il s’occupait des portées de chats», raconte M. Bélanger.

Aux yeux du directeur général de l’Accueil Bonneau, qui projettera le film lors d’une soirée-bénéfice en mai, Mike représente bien l’attachement des itinérants à leur animal de compagnie. Il s’agit souvent de leur principale relation affective.

«Pour eux, quand l’animal meurt, c’est un drame parce que c’est la perte de quasiment tout», explique Aubin Boudreau.

Selon lui, la présence d’un chien ou d’un chat est bénéfique pour un sans-abri.

«On pense à la zoothérapie, mais quand les gens consomment, parfois ils vont se priver de prendre une bière en moins pour nourrir leur chien. Les personnes en situation d’itinérance traitent bien leur animal», soutient M. Boudreau.

L’Accueil Bonneau prévoit aussi présenter Mike à ses usagers. La première du film aura lieu le 4 mai au Théâtre Outremont.

 

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