Non, le rugby n’est pas roi à Mont-Royal. Le sport a bien du mal à se tailler la part du lion dans le cœur des résidents. Ici et dans tout le Québec, il est loin derrière le hockey, le baseball et même le football américain, bien que la balle soit de la même forme. Mais comme le ballon ovale, dont il est difficile d’apprécier la trajectoire et les rebonds, le rugby vit bel et bien dans la ville. L’Express Mont-Royal est allé à la rencontre de la jeune équipe des moins de 18 ans et de ses dirigeants qui se battent pour l’avenir de leur sport dans le quartier et plus loin encore.

Le sol est sec et quelquefois, la pelouse laisse place à de la terre dure sur le terrain en arrière de l’Académie Lauren Hill, située au 2505, chemin de la Côte-Vertu. En ce 10 juillet, même à 17 h, le soleil est encore brûlant. Cela n’empêche pourtant pas une quinzaine de jeunes joueurs de s’entraîner dans la bonne humeur. L’ambiance est plutôt décontractée. Et pour cause. Samedi dernier, l’équipe a signé une belle prestation face au XV du Montréal Barbarians Club et elle est de repos pour la fin de semaine qui se profile. Adam Mac Lellan, entraîneur des lignes arrière, confie : «Il manque des joueurs. Certains sont partis en vacances pour la semaine. Et puis, il fait très chaud», dit-il en suant à grosses gouttes. Le dernier résultat obtenu est là pour le confirmer. Face à leurs adversaires, ses protégés se sont imposés sur le score sans appel de 57 à 5.

Alors que le Ville Mont-Royal Rugby (VMR) avait entamé sa saison par une défaite, «principalement due au manque d’effectif» comme le souligne M. Mac Lellan, force est de constater qu’un collectif est né avec cette grosse performance. Bobby Bakes, n°9 et capitaine de l’équipe, explique : «Lors du dernier match, nous avons été très bons. Nous avons réussi à bien recycler le ballon et des complémentarités s’établissent. On continue à s’améliorer de jour en jour et je suis confiant pour la suite». L’objectif est clair pour le coach : «Avec notre équipe complète, on sera très dur à battre. Je suis certain qu’on va gagner la Coupe». Ce titre de la ligue de l’été permettrait aux moins de 18 ans de devenir champions du Québec.

Un sport différent…

Fondé en 1955, le club de Mont-Royal voit naître en 2012 sa première équipe de jeunes de moins de 18 ans.  «Officiellement, c’est la première année que nous montons cette équipe et il faut que tout se mette en place», reconnaît Adam Mac Lellan. «Nous avons commencé les entraînements au mois de mai. Le recrutement de nouveaux joueurs s’est fait par bouche-à-oreille. Le mardi, nous effectuons un travail d’endurance et d’habilité individuelle et le jeudi, on se consacre à la stratégie pour préparer le match. Il nous reste encore deux parties à préparer pour atteindre les demi-finales, qui devraient avoir lieu fin juillet début août. Les jeunes qui sont intéressés ont la porte grande ouverte, nous ne refusons personne». Les matchs, qui se déroulent en 75 minutes, soit cinq de moins que les matchs professionnels, «laissent la place à la pratique du vrai rugby», signale l’entraîneur également joueur de l’équipe senior. Par contre, les changements sont illimités ce qui permet un roulement des effectifs et l’entrée  sur le terrain de tous les joueurs.

Visiblement, la confiance engrangée par ce résultat a des effets positifs sur les jeunes hommes lesquels semblent déjà s’entendre parfaitement. Bobby Bakes, jeune demi de mêlée, abonde dans ce sens : «J’ai joué à tout avant de commencer le rugby. Mais je l’ai trouvé différent des autres. C’est un très bon sport de groupe. Personnellement, je ne connaissais qu’un seul joueur lorsque j’ai intégré l’équipe. Aujourd’hui, on a un groupe de bons gars et je sens une fierté de représenter la Ville de Mont-Royal.» Un sentiment que l’on retrouve dans leur cri de motivation qui résonne en début de match.

Mais encore méconnu

Tout ne coule pourtant pas de source. Le coach Mac Lellan déplore que le rugby ne soit pas mieux représenté aux niveaux provincial et national. De plus, la pratique de ce sport est encore chère pour les joueurs. «L’adhésion est à 175 $. Nous sommes obligés de demander de l’argent aux joueurs pour couvrir les frais d’assurances et de transport. Nous ne recevons aucune aide de la Ville. Seuls le Club de la Ville Montréal et des partenaires privés nous permettent de survivre.» Un problème qui réside aussi dans l’éloignement de certaines formations. Certaines équipes ont d’ailleurs dû déclarer forfait faute de moyens. «Cette année, le championnat est passé de six à quatre équipes, ce qui est décevant quand on voit notre nombre d’inscrits. Le club dispose aujourd’hui de 25 joueurs en moins de 18 ans. On envisagerait même de monter une deuxième équipe.» Selon lui, les difficultés que rencontre le rugby, outre le climat et la superficie du territoire, résident dans l’absence d’une ligue, avec des équipes provinciales. Quand on interroge le coach sur sa vision du rugby, celui-ci nous raconte, visiblement ému : «Je suis arrivé à Mont-Royal il y a 17 ans. Je voulais impliquer la Ville de Mont-Royal dans le rugby et contribuer au futur de ma passion ici. À présent, à 34 ans, je pense me retirer de mon poste de joueur. Mais je sais déjà que je continuerai à entraîner. Cette équipe, c’est une communauté à part, une famille». Avant de rejoindre le groupe, il ajoute en se marrant : «Et puis, si on ne joue pas, on ne sait pas quoi faire l’été».

 

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