Bon, ça ne prend pas un grand sociologue pour savoir que le passage au secondaire est un facteur déterminant dans notre développement personnel, autant au niveau académique que social. Les gens que nous côtoyons – élèves et professeurs – influencent grandement notre évolution et notre apprentissage quant aux modes d’interactions interpersonnelles. C’est assez facile à comprendre.

Cependant, il n’est pas toujours aussi évident de quantifier l’importance de l’environnement physique dans lequel nous évoluons. Pourtant, qu’il s’agisse de nos repères visuels ou de l’organisation de l’espace que nous occupons, la stabilité de ces rapports élève-école (au sens de la bâtisse elle-même) est également importante. En d’autres mots, il est aussi primordial d’entretenir de bonnes relations avec les gens qui nous entourent que de se sentir à l’aise dans l’environnement au sein duquel nous entretenons celles-ci.

C’est d’ailleurs cela qui m’a poussé à me pencher sur le cas d’Alexy, qui, comme plusieurs autres élèves du Québec, a dû vivre un changement d’école au cours de ses années au secondaire. Et deux fois plutôt qu’une. Je me suis donc entretenu avec le jeune homme au sujet de ces changements pas toujours faciles à absorber.

D’Hochelaga à Sainte-Anne-de-Bellevue

Difficile d’imaginer un changement de paysage plus marquant que celui qu’a vécu Alexy au terme de sa 2e année au secondaire. Après avoir entamé ses études à l’école Pierre-Dupuis, école du quartier Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, il atterrit à Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont (PGLO), où il doit refaire sa 2e secondaire à nouveau.

C’est dans cette nouvelle école, et dans un quartier bien différent, qu’il découvre également la maison des jeunes. Le changement semble d’ailleurs profitable. Il se fait de nouveaux amis, développe des affinités avec le quartier, et voit ses notes scolaires légèrement améliorées.

Il passe donc les deux années suivantes à PGLO, avant de devoir vivre encore une fois, au cours de sa 4e secondaire, un nouveau changement de paysage. Un changement encore une fois très marqué, puisque c’est à Sainte-Anne-de-Bellevue qu’il traîne cette fois son baluchon.

«D’un côté, c’était un peu ma décision. J’avais des raisons personnelles qui m’ont poussées vers Sainte-Anne, alors c’est sûr que ça n’a pas été un grand choc. Sauf que bien sûr je quittais aussi mon environnement social, mes amis… Disons que niveau stabilité c’était encore un petit coup au ventre.»

Mais un petit coup qui a tout de même eu le bénéfice d’améliorer encore une fois ses résultats académiques. «J’avais beaucoup de distractions à Outremont, et ici [à Sainte-Anne-de-Bellevue] c’est plus facile de rester concentré. Disons que les options de divertissement sont moins nombreuses, surtout à l’extérieur de l’école.»

Un pied à Outremont

Au niveau des interactions sociales, évidemment, il est un peu plus difficile de rester positif. «Je suis plutôt loud comme personne, alors je sais que je dois faire attention. C’est plus facile de prendre des risques, et de prendre de la place aussi, lorsqu’on est entouré de gens qui nous connaissent bien. Ça j’en suis conscient.»

Alors Alexy avance pas à pas dans sa nouvelle jungle. Il essaye de ne pas trop calculer ses moindres gestes, mais de son propre aveu, et de par la nature du concept de «réputation» qui règne autant à l’école Saint-Georges qu’ailleurs, il sait qu’un petit faux pas pourrait lui coûter cher. «Ça fait partie de la game j’imagine.»

Et c’est pour prendre une petite pause de cette game, justement, qu’il revient à Outremont tous les samedis pour voir ses amis de l’ère PGLO. «Au cours de la semaine, c’est Facebook ou le téléphone, mais c’est bien mieux de les voir en personne, c’est sûr.»

Alors Alexy vient passer la journée à Montréal, et bien souvent, c’est à la maison des jeunes qu’il en profite pour revoir tout le monde. J’aimerais pouvoir dire que c’est par attachement aux intervenants du samedi (comme moi!) qu’il leur donne rendez-vous ici, mais c’est plutôt par empathie. Une empathie pour la situation de ses amis, qui, selon lui, ne devraient pas se sentir obligés de le voir.

«C’est sûrement une pression désagréable. Imaginez qu’un de vos amis se pousse et revient une fois par semaine, et là vous vous sentez un peu forcé de le voir à chaque fois, c’est sûr. Je veux leur éviter ça.»

Alors Alexy vient ici, à L’Espace-Temps, et le temps qu’il y passe avec ses amis ne tourne pas autour d’une idée quelconque de retrouvaille. Non. C’est tout simplement comme avant.

«Ils sont ici, je suis ici, mais on n’est pas obligés de faire quoique ce soit de concret ou de spécial… on fait juste comme si de rien n’était le temps d’une journée.»

Et pour la grande finale?

Après autant de changements, il est compréhensif qu’Alexy ne pense pas trop à sa dernière année de secondaire. «Il y a un programme de mathématiques offert à Saint-Georges auquel je tiens, alors je pourrais peut-être graduer ici, mais je ne sais pas encore. La balance pèse plus vers un retour à PGLO pour l’instant.» Pour le reste, il préfère plutôt penser à l’été qui s’en vient, et au moment qu’il pourra passer avec ses amis sans se soucier de l’horaire dicté par le calendrier scolaire. Avec un peu de chance, il en profitera aussi pour passer nous voir de temps en temps.

Francis Baumans pour l’équipe de L’Espace-Temps

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