Mon périple européen se poursuit. Ce week-end, j’ai été à la Chaux-de-Fonds, en Suisse. Belle petite ville avec une belle histoire. Au 19e siècle, c’est ici que les premiers théoriciens et penseurs de l’anarchie sont venus rencontrer des artisans pour les mettre en garde contre l’industrialisation. Dans leurs petites boutiques, des hommes et des femmes faisaient vivre leurs familles grâce au fruit direct de leur travail : l’horlogerie suisse.

De nombreux promoteurs tentaient de convaincre les artisans de devenir des salariés. Les riches ouvraient des usines à montre et ils avaient besoin de la force de travail des artisans. En 1869, Michel Bakounine est venu faire son tour ici, lui aussi pour rencontrer les artisans, mais pour les mettre en garde contre les dangers de cette industrialisation.

Un an plus tard, Bakounine part à Lyon pour participer à la promulgation de la commune de Lyon.

En 1876, c’est au tour de Kropotkine de venir séjourner ici pour y observer comment les artisans résistent, tant bien que mal.

Les industriels ont finalement réussi à faire d’eux des salariés qui ne vivent plus du fruit direct de leur travail, mais de ce que les industriels veulent bien leur laisser, c’est-à-dire le moins possible en échange du plus de travail possible.

Aujourd’hui, on ne trouve plus vraiment d’artisans horlogers à la Chaux-de-Fonds, mais l’aura des premiers penseurs de l’anarchie plane quand même toujours dans le coin.

La séparation

Je ne sais pas pourquoi, mais en suivant depuis ici la crise qui fait vibrer le Québec, je pense souvent au film de Richard Desjardins, L’Erreur boréale.

Souvenez-vous des images à vol d’oiseau qui nous montraient ces forêts dévastées, rasées, coupées, qu’il fallait regarder depuis les airs pour le savoir, pour voir ces bandes d’arbres étroites qui ont été laissées le long des routes.

Une mince frange de mensonge laissé là, au ras de nos pâquerettes, pour que nous ayons l’impression de ne voir que des kilomètres et des kilomètres de forêts qui nous semblent encore vierges.

Impossible de rouler, depuis, sans se demander s’il y a effectivement une forêt derrière la lisière.

En masquant de tous les regards tout le reste, je me demande, vu d’ici, si le gouvernement ne tente pas de faire du conflit étudiant une frange, une bande pour cacher des regards la forêt dévastée.

La violence, par exemple : on nous répète que le mouvement est violent, que le carré rouge est violent, que les étudiants sont violents, que les manifestants sont violents, mais, à moins que certaines images ne se rendent pas jusqu’ici, les seules images de violence que j’arrive à voir sur Internet, ce sont celles de policiers qui tabassent des jeunes.

Pas vu une seule image de jeunes qui posent des gestes violents.

Il y a comme un gros arbre devant la forêt, on dirait.

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